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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayAu lendemain des révélations troublantes sur les circonstances de la mort de Philippe Pinette, un Innu de 40 ans originaire de Uashat, l'onde de choc résonne douloureusement sur la Côte-Nord comme ailleurs au Québec. Pendant ce temps, à l'Assemblée nationale, le drame relance la question du racisme systémique.
Le décès de Philippe Pinette est survenu en 2022, après qu'il eut été sous la garde des établissements de détention de Sept-Îles et de Québec. Un médecin de la prison de la capitale nationale fait aujourd'hui face à une accusation criminelle lui reprochant de ne pas avoir fourni les soins nécessaires à M. Pinette entre les 2 et 11 septembre 2022.

Philippe Pinette est enterré auprès de sa mère au cimetière de Uashat.
Photo : Radio-Canada / Benoit Jobin
Pour la communauté de Uashat mak Mani-Utenam, ces révélations agissent comme l'écho douloureux de drames passés. Par voie de communiqué, le conseil de bande (ITUM) a déclaré que cette affaire ravive des blessures profondes au sein de notre communauté, notamment celles d'une vague de suicides survenue au centre de détention de Sept-Îles dans les années 1990.
Disant prendre acte de la lettre du Protecteur du citoyen et des accusations criminelles portées par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), le conseil précise qu'il est en processus d'analyse et qualifie la situation de délicate.
Sur le plan politique, la députée de Duplessis, Kateri Champagne Jourdain, elle-même originaire de Uashat mak Mani-utenam, a qualifié les faits signalés de profondément troublants. La ministre ne souhaite toutefois pas commenter davantage le dossier, puisque les procédures judiciaires suivent leur cours.

Kateri Champagne Jourdain qualifie de « profondément troublants » les faits entourant la mort de Philippe Pinette. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot
La fin tragique de Philippe Pinette a suscité des réactions jusqu'au plus haut palier du gouvernement. La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a pour sa part qualifié de déplorable la situation qui semble s'être produite.
Je m'attends à ce que ce type de situations ne surviennent plus, a-t-elle déclaré, insistant sur le fait que l'État doit offrir des services adéquats et en temps voulu, quelle que soit la personne.

Christine Fréchette s’attend à ce que ce genre de drame ne se reproduise plus au Québec. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Discrimination systémique?
Du côté de l'opposition, le député péquiste de Jean-Talon, Pascal Paradis, fait part de sa grande tristesse de devoir encore aborder de telles allégations de discrimination au Québec en 2026. Il souhaite toutefois demeurer prudent, puisque le dossier est judiciarisé et que la lettre du Protecteur du citoyen n'a pas été rendue publique.
L’élu réitère que le gouvernement a la responsabilité de s'assurer que les services publics sont offerts sans discrimination et dans le plein respect de la dignité des personnes issues des Premières Nations et des communautés inuit.
Ça ressemble à un cas de racisme systémique, estime pour sa part Sol Zanetti, député et co-porte-parole de Québec solidaire. J’ai hâte de voir ce que le procès va déterminer. D'ici là, il invite la Coalition avenir Québec à revoir sa position par rapport au racisme systémique.
Après ça, le gouvernement peut-il reconnaître que ça existe, le racisme systémique?
C’est inacceptable de mourir dans des conditions comme ça, déplore le médecin-conseil à la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador, Stanley Vollant.

Pour Stanley Vollant, ce drame prouve que la discrimination systémique perdure dans le réseau de la santé. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Guillaume Cyr
Le médecin innu, originaire de Pessamit, trace un parallèle direct avec le décès tragique de Joyce Echaquan survenu deux ans avant celui de Philippe Pinette. Peu avant sa mort, la femme atikamekw avait publié une vidéo en direct sur Facebook alors que des employées d'un hôpital proféraient à son endroit des insultes à caractère racial.
Pour lui, l'affaire de Philippe Pinette est un autre exemple flagrant montrant que la discrimination systémique perdure au sein des réseaux de la santé et de la justice.
Stanley Vollant estime que ce décès aurait pu être évité et déplore le fait que de multiples appels à l'aide du personnel infirmier aient été ignorés. Rejoignant le point de vue de la famille de la victime, le médecin déduit que, si Philippe Pinette n'avait pas été issu des Premières Nations, son état n'aurait probablement pas dégénéré de la sorte.
Interrogé sur les appels à faire reconnaître le racisme systémique par le gouvernement Fréchette, le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Francis Verreault-Paul déplore que la définition actuelle polarise le débat.

Francis Verreault-Paul souligne que les biais inconscients demeurent un problème bien réel au sein des institutions. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Il insiste sur le fait que le racisme systémique ne vise pas les individus ni l'ensemble de la population québécoise, mais s'attaque plutôt à des problèmes ancrés dans le système, à des procédures, à des règlements, à des lois. Le chef souligne également que les biais inconscients demeurent un problème bien réel.
Devant ce constat, Francis Verreault-Paul réitère l'importance de s'attaquer à la racine des enjeux et de changer les structures des services publics pour mieux répondre aux réalités des Premières Nations.
Le Bureau du Principe de Joyce abonde dans le même sens. Par voie de communiqué, l'organisme souligne que ce drame ne peut être analysé hors de son contexte, puisqu'il s'inscrit au sein des mêmes institutions et selon les mêmes violences systémiques que celles ayant mené au décès de Joyce Echaquan.
Le décès de Philippe Pinette démontre des manquements professionnels graves, oui, mais il ne s’agit ni d’un incident isolé ni d’une seule erreur individuelle, il faut le voir comme un échec institutionnel aux conséquences irréversibles.

Jennifer Petiquay-Dufresne estime que la mort de M. Pinette n'est pas un incident isolé, mais une violence systémique. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ximena Sampson
Se disant solidaire de la famille et de la communauté de Uashat mak Mani-utenam, le Bureau pointe du doigt une responsabilité gouvernementale. L'organisme compte poursuivre ses démarches pour que Québec reconnaisse et applique pleinement le Principe de Joyce pour que de tels drames ne se reproduisent plus.
Appel à la sécurisation culturelle
Au gouvernement, le vice-premier ministre et ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Ian Lafrenière, et le ministre responsable des Services sociaux et de la Lutte contre l’itinérance, Lionel Carmant, ont produit une déclaration commune qualifiant les faits de très préoccupants.
Une chose est claire : chaque personne mérite d’être traitée avec respect et dignité.
En marge de ce drame, les deux élus rappellent l'adoption, en 2024, de la loi 32 sur la sécurisation culturelle, qui vise à mieux adapter les soins et les services du personnel de santé aux réalités culturelles et historiques des Autochtones dans toute interaction avec eux.
Si Francis Verreault-Paul admet que la récente loi sur la sécurisation culturelle représentait un certain pas vers l'avant, il rappelle que les Premières Nations avaient prévenu le gouvernement qu'elle n'allait pas assez loin. Le chef avoue que d'entendre ce type d'histoire est extrêmement désolant.
On essaie de faire des petits pas vers l'avant, mais quand ce type d'histoire revient à la surface, ça nous fait faire quelques pas de recul.
Ian Lafrenière et Lionel Carmant concèdent qu'il « reste du travail à faire » pour rendre les établissements pleinement sécuritaires et accueillants.
« Il faut qu'on se remémore M. Pinette et que ça n'arrive plus à d'autres personnes qui seraient dans le même état », conclut Stanley Vollant.


4 weeks ago
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