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La dépression serait une maladie différente selon le sexe, démontre le CERVO

1 month ago 166

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Les mécanismes biologiques de la dépression diffèrent beaucoup selon le sexe, d'après les plus récents constats du Centre de recherche CERVO à Québec.

En regardant la dépression sous l’angle des gènes, on pourrait penser à deux maladies qui sont complètement différentes, ce qui pourrait permettre de mieux personnaliser le traitement, selon le Dr Benoit Labonté, directeur du laboratoire de neurobiologie moléculaire des troubles de l'humeur.

Au fil des études, les recherches du professeur en médecine à l’Université Laval ont permis de démontrer que les mêmes gènes chez l’humain ne sont pas impliqués de la même façon dans la dépression selon que ce soit un homme ou une femme qui souffre de la maladie.

Le docteur Labonté sourit à la caméra, dans un corridor rempli de lumière naturelle.

Le Dr Benoit Labonté dirige le laboratoire de neurobiologie moléculaire des troubles de l'humeur du Centre de recherche CERVO.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Les symptômes et la façon de faire le diagnostic sont les mêmes, précise-t-il, mais quand on regarde les mécanismes moléculaires, les gènes en particulier, on peut voir que c'est vraiment différent.

Par exemple, en laboratoire, on a fait des analyses qui étudiaient les différences au niveau des gènes chez les hommes déprimés, chez les femmes déprimées, poursuit le Dr Labonté. Quand on compare ces gènes-là différemment affectés, on voit que le chevauchement entre les deux sexes, c'est environ 5 à 10 %.

C’est donc dire que, selon ces constats, la dépression est différente à 90 % entre les deux sexes.

Le chercheur s’intéresse beaucoup aux circuits impliqués dans le contrôle des émotions. On a identifié des circuits qui vont être hyperactifs chez la femme, mais pas chez l’homme, qui pourraient contrôler par exemple des comportements de types anxieux ou de types désespoir. Et donc en sachant quels sont ces circuits neuronaux-là, qui sont plus affectés dans un sexe ou dans l’autre, ça nous donne encore plus d’indication sur ce qu’on pourrait faire pour traiter la maladie de façon spécifique au sexe, explique le professeur.

Un tricot en forme de cerveau est en montre au centre CERVO.

La dépression est fort différente d'un sexe à l'autre selon les études réalisées au centre CERVO à Québec.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Il renchérit avec cette analogie. Votre auto dépense beaucoup plus d'essence. À un moment donné, la demande sur le circuit de l'automobile est vraiment élevée. Nous, dans le cerveau, c'est un peu la même chose. Il va y avoir des circuits qui vont être hyperactifs, puis qui vont faire en sorte qu’on va gérer l'information comme si on était dans un environnement stressant, même quand on ne l'est plus finalement. Et là ça, sur le long terme, ça donne toute une kyrielle de symptômes qui s'expriment en lien avec la dépression.

L’effet du stress

Le travail réalisé sur des cerveaux humains et de souris par le professeur permet aussi de voir des différences sur la susceptibilité au stress qui expliquent que des effets apparaissent plus rapidement dans un sexe ou dans l’autre.

Sur les deux sexes, les équipes travaillent avec des banques de cerveaux un peu partout dans le monde, souligne le docteur Labonté, et on peut avoir accès à des tissus vraiment super bien caractérisés d'un point de vue clinique. Donc, on peut savoir ce qu'ils ont vécu dans leur vie, comment ils sont décédés, à quel âge, etc. [...] L'adversité au cours du jeune âge, l'abus durant l'enfance, on est capable d'avoir des signatures. [...] Ça crée une cicatrice moléculaire.

Six souris blanches de laboratoire dans une cage.

Des tests comportementaux peuvent montrer l'état de la mémoire des souris.

Photo : iStock / unoL

Chez la souris, la réponse au stress aide à comprendre son effet chez l’humain, qu’on pense à des cas de choc post-traumatique, par exemple. Si on la met dans une situation où elle doit faire un choix, où il faut qu'elle montre un certain niveau de motivation pour avoir un objectif, souvent, les souris qui vont avoir été stressées sur le long terme vont performer moins bien que les souris contrôles, par exemple. Donc, ce n’est pas la dépression en tant que telle, mais on peut étudier quand même des aspects comportementaux qui sont affectés chez les gens qui sont déprimés.

Les chercheurs peuvent ensuite valider leurs observations. Chez la souris, on a des exemples de gènes qu'on a trouvés qui étaient uniquement affectés chez la femme déprimée. Et quand on modifie ce même gène-là chez une souris, on peut voir que ça va augmenter sa susceptibilité au stress chez la femelle mais pas chez le mâle. Donc, ça vient nous donner des indications de ce qu'on observe chez l'humain.

L’espoir de meilleurs traitements

Comme la dépression est une maladie extrêmement difficile à traiter étant donné la complexité et le nombre de facteurs, Benoit Labonté rappelle que les compagnies pharmaceutiques ont songé déjà à délaisser le domaine, voyant le peu de progrès. Les constats récents de distinction entre les sexes pourraient faciliter la suite.

Maintenant qu'on a établi quels étaient les changements qui étaient propres chez les hommes et chez les femmes, ou en tout cas qu’on commence à mieux les comprendre, on va pouvoir commencer à adapter la médication en fonction de ce qui est spécifique à un sexe ou à l'autre, avec l'idée d'être plus spécifique au niveau du traitement, puis avoir évidemment aussi moins d'effets secondaires qui viennent avec avec la médication, anticipe Dr Labonté avec enthousiasme.

Des œuvres d'arts représentant des cerveaux et crânes humains agrémentent les murs du centre CERVO.

Des œuvres d'arts agrémentent les murs du centre CERVO.

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Le docteur Labonté répète que la dépression affecte plusieurs gènes de façon différente.

C'est la somme de ces effets-là qui va avoir un impact au niveau du comportement. C'est dur de cibler une molécule précise pour tout le monde, mais avec les signatures, l'expression des symptômes, l'évolution de la maladie, puis surtout avec le développement de l'intelligence artificielle, on va être capable de développer des modèles prédictifs beaucoup plus précis, propres à chacun, espère-t-il.

Avec la collaboration de Bruno Savard.

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