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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayC’est ce que les experts appellent le « grand paradoxe chinois » : engagée dans une croissance exceptionnelle de la production de panneaux solaires, d’éoliennes et de batteries électriques qui a fait d’elle une superpuissance des énergies renouvelables, la Chine ne se résout pas à délaisser les combustibles fossiles.
C'est ce que laisse entrevoir le nouveau plan quinquennal de développement national, adopté par Pékin jeudi.
Cette stratégie, qui orientera les politiques énergétiques jusqu’en 2030, témoigne de la volonté du gouvernement chinois d’investir encore et toujours plus dans les énergies propres.
Cette feuille de route claire nous aidera à atteindre progressivement nos objectifs [...] et à jeter les bases solides de la neutralité carbone, a déclaré Wei Yuansong, membre du comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC).

Le président chinois Xi Jinping a été applaudi par les délégués à l'ouverture de la quatrième session de la 14e Conférence consultative politique du peuple chinois (CPPCC), à Pékin.
Photo : Getty Images / Lintao Zhang
Même si la Chine se dit certaine d’atteindre un pic de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 et d'être carboneutre à l'horizon 2060, elle demeure au sommet de la liste des grands pollueurs, devant les États-Unis, l’Inde, l’Union européenne et la Russie.
Bon an mal an, elle est responsable d'environ 30 % des émissions de GES sur la planète.
À quand remonte l’intérêt de la Chine pour les énergies propres?
Si le désengagement du gouvernement américain de la transition énergétique lui a donné le champ libre, Pékin dominait déjà le secteur.
Il y a près de deux décennies, la Chine s’est mise à réaliser des investissements stratégiques dans les énergies propres, alors qu’elle était aux prises avec des problèmes de pollution industrielle, de qualité de l’air et de pénuries d’eau. À la même époque, elle ravissait aux États-Unis le titre de plus grand pollueur du globe.

Une femme pousse un homme dans un fauteuil roulant à l'extérieur, devant une publicité surmontée de panneaux solaires, en février 2001. Pékin avait promis d'installer ces panneaux dans tous les complexes sportifs si la ville était choisie pour accueillir les Jeux olympiques de 2008.
Photo : Getty Images / GOH CHAI HIN
Mais, depuis la signature de l’Accord de Paris, Pékin n’a cessé d’augmenter ces investissements, qui se chiffraient à plus de 625 milliards de dollars en 2024. Aujourd'hui, les énergies renouvelables représentent 11,4 % de son PIB.
Autrefois considérée comme un cancre du climat, la Chine est devenue le principal vecteur de la croissance record de ces énergies partout sur la planète, explique Yaxin Zhou, chercheuse affiliée au Centre d'études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM).
À travers la nouvelle route de la soie de Pékin, les entreprises chinoises vendent leurs technologies aux pays en développement à des prix plus abordables que chez leurs compétiteurs européens ou américains.
Et n’en déplaise au président Donald Trump, qui l’accuse régulièrement de vendre ses turbines sans daigner en utiliser sur son propre territoire, la Chine dispose d’une puissance éolienne supérieure à tous les autres pays.
La Chine est à la fois un très grand exportateur de ces technologies – parce que, contrairement à l’Europe et aux États-Unis, elle s’y prépare sérieusement depuis le début des années 2000 – mais elle constitue aussi le plus grand marché pour tous les produits de la transition énergétique.
Signe que ces efforts portent leurs fruits, la Chine a su inverser la tendance en maintenant – voire en abaissant – ses émissions de GES de mars 2024 à février 2026, selon une analyse de Carbon Brief.

Des panneaux solaires et des éoliennes ponctuent le paysage du Shandong, où est aménagée la centrale Huaneng Binzhou.
Photo : AFP / CN-STR
Le début de 2024 [a marqué] un tournant en Chine : la majeure partie de la croissance de la demande en électricité a été satisfaite par l’énergie solaire, éolienne, hydraulique et nucléaire, note de son côté Qi Qin, analyste des politiques chinoises pour le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA).
Mais ces avancées demeurent néanmoins fragiles.
Les signaux contraires du plan énergétique de Pékin
Malgré sa volonté de développer d’autres technologies à faibles émissions, dont l’hydrogène vert et la fusion nucléaire, d’aménager des parcs industriels zéro-carbone et des corridors de transport de marchandises alimentés à l’électricité, le gouvernement chinois se fait trop prudent au sujet du charbon.
Son plan ne comprend ni cible contraignante ni plafond pour diminuer le recours aux combustibles fossiles.

Un soudeur s'affaire à l'intérieur de la tour d'une éolienne dans une usine de Lianyungang, dans l'est de la Chine.
Photo : Getty Images / AFP/CN-STR
C’est décevant de voir que la Chine n’est pas encore prête à imposer des limites strictes à la croissance des émissions ou à la consommation de charbon, fait remarquer Qi Qin, du CREA. Ces grands absents de la stratégie brouillent le message, estime-t-elle.
La contradiction réside précisément dans le fait qu’on assiste à une croissance massive des énergies propres et, parallèlement, à une dépendance continue au charbon. Le plan veut créer les conditions susceptibles de favoriser la baisse des émissions… mais permet aussi leur augmentation.
De 2026 à 2030, Pékin compte réduire son intensité carbone de 17 %, soit les émissions par unité de PIB. Cette cible est toutefois nettement inférieure à ce qui est attendu de Pékin pour respecter ses engagements en vertu de l’Accord de Paris.
Ce qu’il faut en comprendre, c’est que le but de la Chine n’est pas de réduire la consommation totale d’énergie, mais d’augmenter l’efficacité énergétique de ses industries pour limiter ses émissions, résume Yaxin Zhou.
Les analystes surveilleront de près si la réforme du secteur énergétique qui est en cours permettra aux énergies renouvelables de supplanter le charbon, qui représente à ce jour 60 % de la consommation d’électricité.
Pourquoi la Chine dépend encore autant du charbon?
Or, le changement ne s’annonce pas radical d’ici 2030, la Chine imposant une hausse du recours aux énergies propres de 21,7 % à seulement 25 % sur cinq ans.
Le pays détient pourtant une impressionnante capacité d’énergie grâce à ses immenses centrales photovoltaïques et éoliennes, qui ponctuent le paysage du désert de Kubuqi, en Mongolie-Intérieure, jusqu’aux lacs de Tianchang.
Malgré tout, la production demeure assez faible dans le mix énergétique, constate Qi Qin. C’est pourquoi le gouvernement veut investir massivement dans son réseau de transport de l’électricité.
Acheminer et stocker cette électricité à travers un vaste pays qui compte plus de 30 provinces et régions autonomes sera la prochaine grande priorité de la Chine, croit-elle.

Des travailleurs vérifient des panneaux solaires installés sur un lac à Tianchang, dans la province d'Anhui, dans l'est de la Chine.
Photo : Getty Images / AFP/CN-STR
Mais au-delà du lent déploiement de son réseau, la Chine refuse de faire une croix sur le charbon pour la même raison qui l’a poussée à développer les énergies propres en premier lieu : la sécurité énergétique.
Forcée de se tourner vers d’autres pays pour importer le pétrole et le gaz, Pékin a vu dans la transition énergétique la possibilité de dominer la chaîne d’approvisionnement mondial... et de s'affranchir de ses fournisseurs étrangers.
En cas de guerres ou de conflits, la Chine n’a pour le moment que le charbon pour lui garantir l’autosuffisance. Elle est assise sur 13 % des réserves de la planète.
Selon les expertes, la guerre en Iran vient donner raison à la Chine, qui défend cette indépendance de longue date, et renforce la logique davantage politique qui sous-tend le développement des énergies propres.
Si la Chine n'est pas mue d'abord et avant tout par des considérations environnementales, il serait inutile de s'inquiéter trop longtemps de la sincérité de ses motivations, selon Yaxin Zhou.
Qu’on le veuille ou non, rappelle-t-elle, Pékin est un joueur majeur qui contribue à accélérer la transition dans le monde. Ce qui compte, c'est le résultat.


2 months ago
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