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L’outil de traduction avec IA du fédéral génère des erreurs

10 hours ago 8

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Radio-Canada a appris que l’outil de traduction du gouvernement fédéral alimenté par l’intelligence artificielle, GCtraduction, a généré de nombreuses erreurs pendant ses six premiers mois d’utilisation par les fonctionnaires.

Un document obtenu par le biais de la Loi sur l’accès à l’information détaille plusieurs incongruités, la majorité concernant des traductions de l’anglais vers le français.

TB (Translation bureau) a ainsi été traduit par Tuberculose. Des expressions couramment utilisées par le gouvernement de Mark Carney, comme projet d’intérêt national, ont elles aussi été mal traduites.

L’outil a parfois traduit indigenous par indigène au lieu de suggérer le mot autochtone, s’alarme une fonctionnaire inquiète de l’utilisation du vocabulaire lié à l’équité, la diversité et l’inclusion.

GCtraduction a même traduit ou changé complètement des prénoms. Par exemple, Mike, utilisé dans un texte en anglais, est devenu Stéphanie dans un texte en français.

Un fonctionnaire a noté que l’outil GCtraduction est incapable de traduire correctement son propre nom. Il a été traduit en anglais par GCtranslation au lieu de GCtranslate.

Dans le document de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) obtenu par Radio-Canada, un fonctionnaire dit être sous le choc en voyant les erreurs générées par l’outil avec du vocabulaire de base.

Une employée du Bureau du conseil privé souligne que le même mot est parfois traduit correctement dans une partie du document, mais différemment ailleurs, ce qui crée une incohérence. Elle ajoute que les acronymes restent en anglais, même lorsque le terme complet a été traduit.

Une conseillère principale en ressources humaines dénonce pour sa part avoir constaté des erreurs dans la traduction de termes couramment utilisés dans le cadre de la dotation.

Le quotidien des traducteurs

Ce sont des exemples vraiment flagrants de ce qu’on voit au quotidien avec les textes passés dans GCtraduction, indique le traducteur Antoine Héberger, qui est vice-président de l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP) pour le groupe qui représente les traducteurs, les interprètes et les terminologues.

Il estime qu’une traduction erronée peut entraîner de graves conséquences pour les contribuables.

S’il y a des erreurs ou des hallucinations qui se retrouvent dans un formulaire d’impôt, ça se peut qu’un francophone n’ait pas accès à un crédit d’impôt auquel un anglophone pourrait avoir accès.

La Défense nationale, qui connaît d’importants investissements, pourrait aussi subir les effets collatéraux d’une mauvaise traduction générée par l’IA, selon lui.

Quelqu’un pourrait se blesser en utilisant une arme, parce que le manuel d’instruction n’était pas adéquatement traduit, illustre-t-il.

Une fonctionnaire devant le Bureau de la traduction à Gatineau.

Le prototype d’IA pour la traduction en langues officielles, GCtraduction, a été déployé en septembre 2025 au sein de six organisations : SPAC, le Bureau du Conseil privé, le ministère des Finances, Patrimoine canadien, le Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada et la Gendarmerie royale du Canada.

Photo : Radio-Canada / Maxim Saavedra-Ducharme

Nuire à la qualité des communications au sein du gouvernement et avec la population canadienne francophone, ce n’est pas améliorer l’efficacité du gouvernement.

L’ACEP demande au gouvernement d’encadrer adéquatement l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la traduction pour que les humains soient réellement impliqués dans son utilisation.

Un outil en amélioration

Comme tous les outils d’intelligence artificielle, GCtraduction peut commettre des erreurs, reconnaît le cabinet du ministre de la Transformation du gouvernement, des Travaux publics et de l’Approvisionnement, Joël Lightbound.

Par exemple, il n’a pas été entraîné à traduire des expressions en langue familière ou des termes très spécialisés. Son objectif est de fournir des traductions instantanées pour les textes courants, explique par courriel l’attachée de presse du ministre, Shahnaz Mouhamou.

Pendant ses six premiers mois d’opérations, GCtraduction était encore à l’état de projet pilote, ajoute-t-elle.

Depuis, d’importants efforts ont été consacrés à améliorer continuellement l’outil qui vise à augmenterl’efficacité de la fonction publique fédérale, selon le gouvernement.

Des traducteurs évaluent aussi la qualité des traductions et les modèles d’intelligence artificielle sont réentraînés périodiquement afin d’en maintenir et d’en améliorer la performance, assure-t-on.

Le Bureau de la traduction continuera à améliorer GCtraduction et à faire en sorte qu’il soit accessible au plus grand nombre de fonctionnaires possible afin de favoriser une utilisation responsable de l’intelligence artificielle pour répondre aux besoins de traduction courants.

Le ministre des Services publics et de l’Approvisionnement du Canada, Joel Lightbound, en conférence de presse.

Le ministre de la Transformation du gouvernement, Joël Lightbound, a annoncé le lancement du prototype d’IA GCtraduction en septembre 2025. Le Bureau de la traduction devait par la suite explorer les possibilités de recourir à l’IA pour la traduction de langues autochtones.

Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby

La commissaire aux langues officielles du Canada, Kelly Burke, estime que l’outil GCtraduction dispose d’un très grand potentiel.

Toutefois, un professionnel qualifié doit superviser l’utilisation de cette technologie afin d’éviter des erreurs graves, telles que des fautes ou des interprétations erronées au niveau du sens, de l’orthographe, du vocabulaire, de la grammaire, du contexte ou des codes et références culturelles, ajoute-t-elle par courriel.

[Un encadrement garantit] que les références et les codes culturels canadiens, tant en français qu’en anglais, sont dûment pris en compte.

Pour Mme Burke, il est urgent d’intégrer les langues officielles dans la Stratégie en matière d’intelligence artificielle pour la fonction publique. Son rapport annuel recommandait un tel changement d’ici la fin mars 2027.

Le cabinet du ministre Joël Lightbound est d’avis que GCtraduction contribue à une augmentation de l’utilisation du français dans la fonction publique fédérale, car environ 30 % des traductions se font du français vers l’anglais, dit-il. Cela est trois fois plus élevé que la proportion habituellement confiée au Bureau de la traduction.

Des problèmes connus

Dans les jours et les semaines précédant le déploiement du logiciel GCtraduction, des fonctionnaires avaient pourtant déjà répertorié plusieurs problèmes.

Une personne déplorait que should et must avaient été traduits par doit, ce qui pourrait causer potentiellement des problèmes juridiques ou légaux, peut-on lire dans le document de SPAC obtenu par le biais de la Loi sur l’accès à l’information.

Un drapeau devant le parlement du Canada.

Une version antérieure de GCtraduction avait été lancée sous le nom de SPAC Traduction en juin 2025. Pendant les trois premiers mois de fonctionnement, 60 millions de mots ont été traduits.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Persons with disabilities était devenu personnes handicapées, plutôt que personnes en situation de handicap.

Dans un autre texte traduit de l’anglais au français, le logiciel avait aussi remplacé le prénom Julia par Stéphanie.

Depuis son lancement, GCtraduction a traduit plus de 725 millions de mots.

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