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L’interdiction du cellulaire à l’école fait bouger les ados

2 weeks ago 9

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C’est l’heure du dîner à l’école secondaire du Tournesol, à Windsor. Une odeur de maïs soufflé flotte dans l’air et on entend au loin des rythmes de musique country.

Dans la cafétéria, les tables sont vides. Sitôt leur dîner avalé, les 650 élèves ont mille et un projets. D’un côté, quelques garçons s’affrontent dans une partie de ping-pong et, de l’autre, un groupe de jeunes synchronise ses pas de danse à la musique que diffusent les haut-parleurs.

Malik, qui terminera bientôt sa cinquième secondaire, se réjouit du dynamisme qui a gagné son école. Ce qui l’emballe le plus, c’est que l’activité physique fait maintenant beaucoup plus d’adeptes.

Les élèves font plus de sport, ils sont occupés. Depuis le printemps, c’est fou : le monde sort dehors, et les terrains de volleyball sont remplis tous les jours.

Si on recule d’un an, l’ambiance était bien différente, se rappelle la directrice de l’établissement, Marianne Couture. Les écrans lumineux des cellulaires étaient partout.

Il y avait quand même un bon pourcentage d'élèves qui étaient sur leurs écrans pas mal toute l’heure du midi dans la salle publique. Ils jouaient à des jeux en ligne ou ils pouvaient utiliser les réseaux sociaux, se souvient la directrice.

L’école du Tournesol de Windsor n’était pas un cas unique. Selon le rapport de la Commission spéciale sur les impacts des écrans et des réseaux sociaux déposé le 30 mai 2025, l’usage du cellulaire était largement répandu. Selon leur constat, plus de 80 % des élèves québécois de première secondaire possédaient un téléphone cellulaire et tendaient à l’avoir en leur possession durant la journée scolaire.

Dans ce même rapport, la Commission recommandait à Québec d’interdire l’usage des cellulaires, des écouteurs et autres appareils mobiles personnels dans l’ensemble des écoles primaires et secondaires. Cette recommandation a été rapidement adoptée à l’Assemblée nationale.

Ça ne faisait pas l’affaire de tout le monde

C’est à la rentrée d’automne 2025 que la transition s'est faite. Conscient que la nouvelle directive était loin de faire l’unanimité, le personnel de l’école s'est mis en position d’écoute.

Quand la loi a été mise en place, ça ne faisait pas du tout leur affaire.

Rapidement, des idées nouvelles ont émergé pour répondre aux envies et aux besoins exprimés par les jeunes. Des joutes sportives s'organisent et la place publique s'est transformée en piste de danse country. Des options sont aussi offertes aux élèves qui préfèrent des activités plus calmes : les enseignants ouvrent leurs locaux pour leur permettre de s’adonner à des activités scientifiques ou de faire de l’artisanat.

On essaie vraiment de répondre à leurs besoins pour leur trouver des activités stimulantes en remplacement du temps d'écran, explique Marianne Couture.

Le Spot offre un coin tranquille pour jouer au billard. Les élèves y tiennent aussi un petit commerce qui propose du maïs soufflé et des thés aux perles aromatisées.

Une affiche est accrochée au plafond, près de la porte du local le «Spot».

Le midi, les élèves sont nombreux à se rassembler au «Spot», une salle de détente gérée par les jeunes.

Photo : Radio-Canada / Katy Larouche

Cette pause technologique amène une réflexion parmi les élèves. Entre la cinquième et la sixième année [du primaire], pas mal tous mes amis ont eu leur téléphone, affirme Maly. L’élève, qui est maintenant en première secondaire, ne fait pas exception : elle possède aussi son cellulaire et elle l’utilise pour communiquer avec ses amis les soirs et la fin de semaine. Mais pas plus que 15 minutes, dit-elle d’un ton enjoué. Je suis trop occupée.

En y réfléchissant bien, elle estime que l’absence du cellulaire a favorisé son intégration au secondaire, l’automne dernier. On aurait moins socialisé et je me serais fait moins d’amis, parce que tout le monde aurait été sur leur cellulaire, croit-elle.

Elle admet néanmoins que l’absence de ces appareils à l’école comporte certains désavantages. Si on avait notre téléphone, on pourrait prendre des photos avec nos amis. Les photos, c’est vraiment le fun.

Deux élèves à la bibliothèque.

Maly et Coralie, deux élèves de première secondaire, s'adaptent bien à l'interdiction du cellulaire à l'école.

Photo : Radio-Canada / Katy Larouche

Le "avant-après", c’est pas pareil du tout. Les élèves sont beaucoup plus en action.

Malik, un élève de cinquième secondaire, est installé à l’entrée du gymnase. Si on le cherche pendant l’heure du dîner, c’est soit dans le gymnase, soit sur le terrain de volleyball extérieur qu’on risque de le trouver. Depuis l’automne, la popularité de ses activités préférées a explosé. Il n’y a même plus de ballon qu’on peut emprunter pour aller dehors. Tout le monde prend du soleil, dit-il, sourire en coin.

Les élèves parlent en vrai, plutôt qu’à travers leur téléphone. C’est beaucoup plus vivant et il y a plus de bonne humeur, constate-t-il.

Ce qu’il préfère par-dessus tout? Les midis, quand on joue contre les profs. C’est vraiment le fun. Ça fait de la compétition et ça nous soude plus ensemble, souligne-t-il.

Des élèves plus disponibles et plus concentrés

À mesure que l’année scolaire avance, les enseignants et la direction remarquent que cet attrait soudain pour le sport et le plein air se reflète dans les salles de classe.

S'ils ne sont pas sur leurs écrans, qu’ils dépensent leur énergie le midi en allant bouger au gymnase ou à l'extérieur, évidemment qu'ils arrivent en classe plus concentrés, constate la directrice Marianne Couture.

On a vu des gains pour certains élèves qui étaient plus problématiques au niveau de l'attention en classe.

Cette attention accrue en classe pourrait-elle se refléter sur les résultats scolaires? La directrice Marianne Couture ne peut pas le confirmer, mais elle estime que, pour certains élèves, on peut en effet s’attendre à des gains.

L’enseignante en adaptation scolaire Marjorie Tremblay est du même avis. Dans ma classe, ils sont plus performants. Ils cherchent à atteindre un niveau supérieur, alors qu'avant, ils s'en foutaient un peu plus, concède-t-elle.

On ne saisit pas plus de cellulaires que par le passé

Si l’entrée en vigueur de la mesure préoccupait bien des établissements à la rentrée, les inquiétudes se sont estompées. La directrice Marianne Couture le confirme : le nombre de cellulaires confisqués n’a pas augmenté.

L’augmentation des interactions sociales a toutefois transformé le travail des intervenants dans l’établissement. Les intervenants avaient énormément d'interventions à faire par rapport à des situations qui s'étaient déroulées sur les réseaux sociaux, soit pendant la journée ou la veille. Ça occupait une grande partie de leur temps, se rappelle Marianne Couture.

Ça pouvait être des insultes qui partaient des messages envoyés sur les réseaux sociaux et ça avait des répercussions à l'école, illustre la technicienne en éducation spécialisée Caroline Fortin.

Maintenant, on voit beaucoup plus d’interventions pour accompagner les jeunes dans leurs situations sociales réelles.

En retirant aux élèves leurs appareils électroniques, l'établissement n'a pas éliminé les conflits pour autant, observe la directrice : Il y a plus d'interactions sociales, donc plus de possibilités de conflits. On accompagne les élèves, ce qui, à mon avis, est bénéfique et formateur pour la vraie vie qui s'en vient, la vie adulte.

Un même constat ailleurs dans la région

Dans les centres de services scolaires de la Région-de-Sherbrooke (CSSRS), des Hauts-Cantons et du Val-des-Cerfs, le constat est semblable : la popularité du sport et des activités sociales est marquée, et la transition s'est opérée en douceur.

Le nombre de décibels est en hausse puisque les élèves se parlent maintenant!

L’implication du personnel et la collaboration des parents ont également contribué à faciliter cette transition, note de son côté le Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs.

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