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Le givre recouvre les arbres le long de la route 216 à Frampton, en Beauce. En route vers le Miller Zoo, le paysage est figé par le froid polaire. Bien loin de la savane africaine, les lions, les hyènes et les léopards ne sont pas en hibernation.
Les animaux exotiques, tout comme leurs colocataires nord-américains, marchent, courent, s’amusent comme des enfants qui profitent au maximum de l’hiver.
« L'hiver dans un jardin zoologique, ça continue toujours, même si on est fermés aux visiteurs. C'est souvent le double d'ouvrage parce que la neige et le froid font en sorte que ça va rajouter plein de contraintes. »

La température ressentie est de -25 degrés Celsius quand Orisha sort le bout de son museau de son bâtiment chauffé. La hyène fait un, puis deux pas sur la neige, lève sa patte droite et se tourne la tête vers la clôture et regarde un visage familier, celui de Cliff Miller, qui fait sa tournée matinale auprès des animaux exotiques.

Souvent les gens pensent que les animaux africains ne peuvent pas aller à l'extérieur, qu’ils ne sont pas capables de supporter ça [le froid et la neige]. C’est complètement le contraire. Les animaux ne se laisseront pas geler à l’extérieur, ils vont juger par eux-mêmes, lance-t-il, pointant la porte du bâtiment chauffé des hyènes toujours ouverte pendant leur promenade extérieure, une réglementation gouvernementale.

Le chauffage va continuer à chauffer et ils vont sortir librement, ils vont se dégourdir, explique le Beauceron, qui relève le défi financier quotidien de gérer un zoo l’hiver.
Les frais étant d’environ 2000 $ de propane pour le chauffage, par semaine.


La lionne Nahla, premier grand félin accueilli au zoo, il y a plus d’une dizaine d’années, grimpe sur l’arbre à chat. Tout près d’elle, son frère Shanghai semble venir à peine de se réveiller, mais le froid aura tôt fait de le ramener dans la réalité hivernale.
Cliff Miller pense installer dès l’an prochain des roches chauffantes pour ces grands félins.

De nos animaux exotiques, c’est probablement nos lions qui aiment le plus aller à l’extérieur, affirme le copropriétaire, en précisant que Sheira, sa tigresse de Sibérie, est, elle, dans son élément avec le froid.

La saison hivernale facilite le partage d’un même espace par diverses espèces tels les léopards, originaires d’Afrique, et le cougar nord-américain.
De la fin octobre à l’arrivée du printemps, chacun à leur tour ils vont à l’extérieur, les léopards plus brièvement vu la température froide, et lorsqu’ils retournent à l’intérieur, ils ne sont séparés que par un simple grillage.

Ouvert en 2013 par Cliff Miller et Émilie Ferland, le zoo s’est transformé au fil des ans. Aujourd’hui, sur plus de 200 animaux, c’est près de 140 qui sortent à l’extérieur en hiver.
La plupart des bêtes se trouvent dans la réserve sauvage, créée il y a quelques années.

On commence la journée. Ici, c’est la grande tournée, lance le soigneur James Tyndall, qui travaille au Miller Zoo depuis plus d’un an.
Le sympathique gaillard originaire de l’Australie est venu s’établir avec sa famille en Beauce, d’où est originaire son épouse.

Dans le conteneur de la réserve, on trouve de la nourriture et des médicaments pour les animaux, mais aussi les notes au tableau de toutes les portions et les soins à prodiguer.

Les rations sont plus élevées en hiver pour plusieurs animaux qui vont à l’extérieur.
Aussitôt que les froids embarquent, les nuits sont froides, on commence à ajuster les rations pour leur faire passer l'hiver , note Cliff Miller, heureux de pouvoir compter sur la dizaine d'années d’expérience de James dans des zoos australiens.

Le soigneur transporte les chaudières de nourriture et commence avec un premier arrêt auprès de Napoléon. Il nourrit le cheval miniature et s’assure que l’élément chauffant de son petit réservoir fonctionne bien. L’abreuvement des animaux est crucial en hiver, il ne faut pas que ça gèle.

« Pour moi, les animaux canadiens, c’est comme un rêve. J’ai soigné des animaux pendant 10 ans en Australie, mais mon rêve, c’était de travailler avec un orignal. »

Il est maintenant temps d’aller rendre visite à Olaf le caribou alors que son ami est décédé cet automne, explique James. Mais le cadenas de la barrière est gelé (encore); les aléas de l’hiver.
Une fois à l'intérieur, le soigneur réalise que le ruisseau où s’abreuve l’animal est gelé. Il sort ses mitaines et sa pioche.


Quand il fait froid comme ça, je me sens en vie dans la nature, je nourris les animaux, je travaille avec des espèces qui peuvent passer un vrai hiver dehors et je me sens plus un Canadien maintenant, lance tout sourire celui qui n’en revient toujours pas de voir un zoo survivre en hiver alors qu’en Australie ils ne ferment qu’une seule journée dans l’année... à Noël.

James Tyndall se rappelle quand son patron lui a dit qu’il allait fermer le Miller Zoo pour l’hiver à la fin octobre.
Comment tu peux survivre? Tu ne peux pas fermer la barrière à l’entrée et dire bonsoir pour six mois.
Les six mois d’opération doivent être exceptionnels pour réussir à faire vivre le zoo, nourrir les animaux, les soigner, chauffer les bâtiments, améliorer le zoo et avoir du personnel, explique Cliff Miller, fier d’être sur sa terre familiale, mais qui blague souvent avec sa conjointe et copropriétaire, Émilie Ferland, qu’ils auraient dû partir un zoo dans le sud.

Loin de la chaleur du sud, en Beauce, le soleil essaie de faire sa part en ce jour de janvier. Ce n’est pas Jeffrey, le bœuf Highland, qui va s’en plaindre, surtout qu’il vient d’apercevoir au loin son repas, une balle de foin enfourchée par un tracteur se dirigeant dans sa direction.
Jeffrey a un bon caractère, il est au paradis pour quelques minutes, lance James, amusé par la scène où l’animal défait la balle de foin avec ses cornes.

Arrivé près de l’enclos des bisons, le soigneur vérifie les grillages. Il y a deux semaines, il y a eu une tempête avec beaucoup de vent et des arbres sont tombés sur le grillage.
Il sort des galettes de luzerne de son véhicule et les lancent dans l’enclos des bisons, qui se rapprochent à ce moment. Pour l’hiver, c’est un foin plus riche avec plus de protéines.

L’équipe du zoo profite d’ailleurs de l’hiver pour agrandir l’enclos des bisons avec une bûcheuse. Quand on bâtit un nouveau parc, bien souvent on va le marcher l'hiver parce qu'il n'y a pas de feuillage, il n’y a rien. On s’est dit "le sol, c’est parfait, on va agrandir", résume Cliff Miller ajoutant réinvestir 100 % des profits annuels dans le zoo depuis son ouverture.

Plusieurs animaux sont regroupés dans la grange de la réserve en hiver, dont des zébus, un zèbre-âne, des cochons Kunekune.
James y termine sa tournée en offrant sa dernière chaudière de moulée à un résident qui ne passe pas inaperçu à l’extérieur, le chameau Aladin, heureux d’avoir de la visite.


La journée de James prend fin avec un compte rendu de sa tournée à sa collègue Justine Beaulé.
La soigneuse passionnée garde un œil sur le parc des loups pour s’assurer que tout est sécuritaire alors que le déneigement des sentiers pour accéder aux bâtiments et aux animaux s’opère.

L’hiver, c’est plus fréquent [les bris] parce que les arbres sont surchargés de neige, et ça se fait de façon hypocrite, la neige tombe et l’arbre descend jusqu’à ce qu’il accote sur la clôture, lance Justine, accroupie près du grillage d’Athena et de son frère Croc-Blanc, avec une petite gâterie pour les deux loups.
La meute vous observe, ajoute-t-elle au sujet des loups plus discrets, mais qui sont bien visibles dans un enclos voisin.

Pour Cliff Miller, il est plus facile d’observer les animaux du zoo en hiver, même si les occasions pour les visiteurs sont limitées. Le zoo est ouvert 10 jours dans le temps des Fêtes et une semaine à la relâche scolaire du début mars.

Les gens qui viennent l’hiver, souvent, vont aimer plus ça parce que les loups [...] tu les vois super bien, même chose pour les lions, ils sont super actifs, c’est plus facile de les observer, c’est juste qu’il faut être bien habillé, relate celui qui se rappelle que les visiteurs ont été moins nombreux en raison des grands froids de la fin décembre et du début janvier.

« Cette année, dans le temps des Fêtes, ç’a été une catastrophe. L’expression "changer quatre trente sous pour une piastre", on ne peut même pas dire ça, on a perdu de l’argent. »

Le copropriétaire précise : On ne fait pas ça pour faire de l’argent, mais s’il n’y a pas d’argent, il n’y a pas de zoo. Ça prend des visiteurs, pour être capables d’améliorer nos installations, avoir plus d’animaux et faire de la réhabilitation.
Un dernier volet crucial pour le Beauceron puisque le Centre de réhabilitation de la faune était là avant la création du zoo.

La mission première est toujours de récupérer, puis aider des animaux de la faune, pour être capables de les réintroduire en nature. Cette mission-là, on ne l'a jamais perdue même si on aurait pu la mettre de côté avec les animaux exotiques, indique Cliff Miller. On s'est toujours dit : "On a commencé comme ça, on dérogera jamais". Il précise que le Miller Zoo procède à la réintroduction d'une centaine d'animaux chaque année.

Le copropriétaire souhaite ouvrir le zoo au public toutes les fins de semaine d’hiver dès l’an prochain.
Les nouveaux bâtiments ont de grandes fenêtres afin de pouvoir observer, entre autres, les babouins.

Les animaux qui n'ont pas accès à l'extérieur pourront être observés de l'extérieur. [...] Ça va permettre aux gens de voir tout près de 100 % des animaux.

En hiver, on va accorder beaucoup plus de temps à enrichir leur environnement [et] leur journée, on a plus de temps pour faire des surprises. Dans les pneus par exemple, on met de la paille, pour les stimuler le plus possible, explique Justine Beaulé, qui vient de réaliser qu’une des rallonges pour réchauffer l’eau des renards est défectueuse.

« Travailler à main nue, à -30 degré, [...] C’est plus difficile sur le body, être soigneur en hiver. »

Mais la Beauceronne garde le sourire en regardant les animaux du zoo. Ce que j’adore de l’hiver, c’est le pelage, il vient tellement beau. Les renards sont un bon exemple. En été, il y a des mottons, la mue, ce n’est pas chic. En hiver, ils sont photogéniques.
Maintenant qu’on a un jardin zoologique, je suis plus à l’extérieur l’hiver que je ne l’ai jamais été, avance Cliff Miller, fier de voir la progression du zoo fondé sur la terre qu’il a achetée à un oncle quand il avait seulement 17 ans.
Admirer, éduquer et respecter, la mission de sensibilisation du zoo se poursuit même à -25 degrés Celsius.



2 months ago
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