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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayEn attaquant l’Ukraine il y a quatre ans, Vladimir Poutine a déclenché un mouvement qu’il n’avait pas anticipé : une accélération sans précédent de la transition vers les énergies propres en Europe.
Longtemps perçue comme un enjeu purement climatique, la question énergétique est rapidement devenue un impératif de souveraineté et de sécurité pour l'Union européenne.
Grands consommateurs d’énergie, mais dépourvus de ressources fossiles sur leur sol, les pays européens ont toujours noué des relations étroites avec leurs fournisseurs de gaz, de pétrole et, dans une moindre mesure, de charbon.
Après la chute du mur de Berlin, le démantèlement de l’URSS et la fin de la guerre froide, le commerce avec les ennemis d’alors est devenu un gage de paix.
Angela Merkel, qui a dirigé l’Allemagne pendant 16 ans, entre 2005 et 2021, avait fait de cette approche le cœur de sa politique diplomatique, entraînant avec elle une bonne partie des pays européens.

Angela Merkel et plusieurs dirigeants européens ont favorisé le commerce avec la Russie de Vladimir Poutine comme outil de paix.
Photo : via reuters / POOL
Convaincue que le commerce favorise la paix, l’Allemagne a lié son destin énergétique à la Russie de Vladimir Poutine, en en faisant son principal fournisseur de gaz naturel. Cette stratégie a instauré une relation de dépendance énergétique envers Moscou.
En 2021, Moscou fournissait 45 % des besoins gaziers de l'UE. Mais la guerre a tout changé : en l'espace de quatre ans, cette part a chuté à seulement 12 %.
Ce pourcentage pourrait sous peu frôler le zéro.
Dès mai 2022, un mois après l’invasion de l’Ukraine, la Commission européenne lançait le plan REPowerEU pour interdire les importations de gaz russe d’ici l’automne 2027, un objectif rendu contraignant en janvier par les 27 de l’Union européenne.
Adieu le gaz russe, bonjour le gaz américain
En coupant le robinet du gaz russe, les Européens ont toutefois remplacé une dépendance par une autre, en se tournant vers les États-Unis.
En janvier dernier, 60 % du gaz naturel importé par les Européens était américain. Si rien ne change, ce taux pourrait atteindre 75 % à 80 % d’ici à 2030, selon une étude de l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA).

Un des huit terminaux de gaz naturel liquéfié aux États-Unis, à Sabine Pass, en Louisiane
Photo : Reuters / Joel Angel Juarez
Sous l’administration de l’ancien président Joe Biden, les États-Unis sont devenus les plus gros exportateurs de gaz naturel au monde, grâce au boom du gaz de schiste et aux infrastructures pour liquéfier cette énergie fossile.
En étant liquéfié, le gaz devient transportable par bateau et exportable partout dans le monde.
Pour arriver à ce pourcentage élevé, l’étude tient compte notamment de la décision toute politique de l’Union européenne de s’engager à acheter pour 1000 milliards de dollars canadiens d’énergie américaine sur trois ans dans l’espoir d’amadouer un président américain prompt à imposer des tarifs à ses anciens alliés commerciaux.
Souveraineté énergétique grâce aux énergies renouvelables
Mais si l’Europe a, dans l’urgence de l’invasion de 2022, troqué une dépendance énergétique contre une autre, ses États membres n’en sont pas pour autant restés inactifs.
L’année 2025 a marqué une victoire symbolique importante sur le chemin de la souveraineté énergétique : pour la première fois de l’histoire dans l’Union européenne, l’électricité produite à partir de l’énergie éolienne et solaire (30,1 %) a dépassé celle produite par les énergies fossiles, nocives pour le climat (29 %), selon le dernier rapport du groupe de réflexion Ember.
Depuis le début du conflit en Ukraine, plusieurs pays ont déjà franchi ce seuil à l’échelle nationale, dont la France, le Portugal, l’Espagne et l’Autriche, en 2023. L’Allemagne l’a fait en 2024, et les Pays-Bas l’année dernière.
Ce moment historique montre à quelle vitesse l’UE évolue vers un système énergétique reposant sur l’éolien et le solaire.
Alors que la dépendance aux énergies fossiles alimente l’instabilité dans le monde, les enjeux de la transition vers les énergies propres sont plus évidents que jamais, a dit Mme Petrovich à l'AFP.
L’énergie solaire a connu la croissance la plus importante en Europe, faisant un bond de 20 % en un an, entre 2024 et 2025.
Le soleil génère aujourd’hui près de 15 % de l’énergie européenne, et va jusqu’à peser pour plus d’un cinquième de l’assiette énergétique dans des pays comme la Hongrie, Chypre, la Grèce ou l’Espagne.
Les Pays-Bas illustrent bien cette mutation. En 2025, ce petit pays a été le plus grand acheteur de GNL américain dans le monde, devant l’Allemagne ou la France.
Quinze pour cent du GNL exporté par les États-Unis est allé aux Pays-Bas l’année dernière.
Mais cela ne doit pas masquer le fait qu’une véritable petite révolution y est en cours. En 2019, la presque totalité des maisons néerlandaises étaient chauffées au gaz, et 80 % de l’électricité était générée par les énergies fossiles. Mais depuis l’an dernier, l’électricité produite par les énergies renouvelables domine sur les énergies fossiles.

Un parc d'énergie solaire flottant à Deest, aux Pays-Bas
Photo : afp via getty images / FRANCOIS WALSCHAERTS
Plus d’un cinquième de son énergie provient désormais du soleil, et le quart provient de l’éolien. On installe des panneaux solaires partout, dans les champs cultivés ou les pâturages pour le bétail (parcs agrovoltaïques), dans les bassins d’eau (parcs solaires flottants), dans les stationnements, sur le terrain des aéroports, sur les gares, etc.
Les Pays-Bas ont désormais la plus grande capacité d’énergie solaire par habitant en Europe.
Ils hébergent aussi le plus grand parc éolien en eau douce au monde, le Windpark Fryslân (nouvelle fenêtre), qui alimente en électricité plus de 500 000 foyers.
Allié imprévisible et tensions croissantes
Les récentes secousses géopolitiques ont dissipé les dernières illusions des Européens quant à la pertinence de dépendre des Américains pour leur approvisionnement énergique.
Avec l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États‑Unis et les velléités de Donald Trump sur le Groenland, l’Europe a pris la mesure de sa vulnérabilité face à un allié historique devenu imprévisible.
C’est un signal d’alarme clair (a clear wake-up call), a estimé le commissaire européen à l’Énergie, le Danois Dan Jørgensen.

Le commissaire européen à l'Énergie, Dan Jørgensen, à droite, en compagnie de la commissaire à la Transition propre, Teresa Ribera, et le commissaire à la Croissance propre, Wopke Hoekstra
Photo : afp via getty images / NICOLAS TUCAT
Le conflit en Iran accentue ces tensions. Il ravive les craintes d’une nouvelle crise énergétique liée au blocage du détroit d’Ormuz lundi, étroit passage reliant le golfe Persique à l’océan Indien. Environ 20 % de la production mondiale de pétrole, provenant notamment de l’Irak, du Koweït, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis ou de l’Iran, transite par ce couloir stratégique.
À cela s’ajoute le fait que le Qatar, un des plus grands exportateurs de gaz naturel liquéfié après les États-Unis, a réduit sa production en raison des risques de représailles de la part de l'Iran, ce qui a fait grimper les prix du gaz en Europe.
Mais la transition énergétique en cours sur la planète, notamment la présence croissante des véhicules électriques, pourrait déjà minimiser l’effet des possibles soubresauts du marché pétrolier.
L’indépendance par le vent
Le recours massif aux combustibles fossiles importés apparaît désormais comme une faiblesse stratégique majeure et un enjeu d’indépendance politique.
C’est dans cet esprit que neuf pays européens ont annoncé en janvier dernier une accélération sans précédent du déploiement de l’énergie éolienne dans la mer du Nord.

Les dirigeants de neuf pays européens (Danemark, Allemagne et Belgique sur la photo) ont annoncé le déploiement du plus grand bassin énergétique en mer au monde, un parc éolien, dans la mer du Nord, comme pilier de la souveraineté énergétique.
Photo : Getty Images / Morris MacMatzen
L’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, l’Irlande, le Danemark, la Norvège et le Luxembourg veulent faire de cette zone maritime aux vents réguliers un pilier de l’indépendance énergétique européenne.
Le projet a pour objectif d’installer 15 gigawatts par année à partir de 2031, pour disposer, d’ici à 2050, de parcs éoliens d’une capacité de 300 gigawatts, assez pour alimenter 140 millions de foyers.
Ce serait le plus grand bassin énergétique en mer au monde.
C'est dans ce contexte que le mégaprojet d’usine de GNL de la compagnie Marinvest, à Baie-Comeau, soulève des interrogations.
Le projet prévoit la construction d’un gazoduc de plusieurs centaines de kilomètres pour transporter le combustible venu de l’Ouest canadien afin de fournir l’Europe en gaz naturel liquéfié.
Même si le projet prenait la voie accélérée des projets d’intérêt national, instauré par le gouvernement Carney, il ne verrait le jour que dans plusieurs années.
Où en sera la demande européenne en gaz alors?
Certes, la diversification des sources d'énergie n’est pas un long fleuve tranquille.
Pour les responsables politiques européens qui refusent d’admettre les bénéfices climatiques de la transition énergétique, celle-ci pourrait néanmoins s’imposer comme un pilier de la souveraineté énergétique et politique du continent.


3 months ago
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