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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayÀ 71 ans, Rita Jackson arpente sa terre avec une énergie intacte, mais un regard lucide sur les bouleversements qui la guettent. Située à North Milton, à seulement 20 minutes de Charlottetown, la ferme qu'elle gère depuis 17 ans avec son mari, James Rodd, est un havre biologique de 104 acres, poétiquement surnommé « 100 Acre Farm », un clin d'œil à l'univers de Winnie l'ourson.
L’exploitation vit principalement de l'élevage de veaux pour la production de viande. Mais la ferme produit aussi des œufs, du miel, des légumes variés, des pommes de terre, et du foin pour le bétail. Un vaste verger accueille des fraises, des framboises, des mûres et de nombreux autres arbres fruitiers.

La ferme de Rita Jackson a subi des dommages à cause de la tempête post-tropicale Fiona. De nombreux arbres de la propriété ont été déracinés.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Fidèle aux exigences de l'agriculture biologique, le couple refuse tout intrant chimique. Pourtant, préserver cet héritage familial établi en 1858 est devenu un défi quotidien face à l'accélération brutale du dérèglement climatique.
Dans ma jeunesse, sur l'île, on n'avait jamais des températures extrêmes, jamais chaudes, jamais froides. Et on avait, en moyenne, un pouce de pluie par semaine, ce qui est parfait pour faire pousser les légumes et les fruits, se souvient Rita Jackson.
Mais c'est de plus en plus sec, de plus en plus chaud, de plus en plus de pluie torrentielle. C'est de pire en pire.
Le traumatisme de la sécheresse de 2025
L'été 2025 restera gravé comme l'année de tous les extrêmes. Privée d'eau durant tout le mois de juillet, la ferme a vu ses récoltes s'effondrer sous l'effet d'une chaleur implacable.
Les mûres, pourtant prometteuses avec une floraison abondante, ont littéralement momifié sur les branches, se remémore Rita Jackson.
Les mûres étaient tellement sèches, il n'y avait rien. On n'a pas eu de récolte.
Le verger de pêches n'a produit qu'un unique panier au lieu des centaines de livres habituelles, tandis que les pommes sont restées invendables.
Sous terre, le constat n'est pas meilleur. Privées d'eau, les pommes de terre n'ont pas grossi, affichant la taille de simples balles de baseball.
À ce manque d'eau généralisé s'ajoute l'apparition de nouveaux nuisibles jusqu'alors inconnus dans la région, qui s'attaquent directement aux cultures racinaires, comme les carottes, les betteraves et les panais, alerte Rita Jackson.

« J'ai peur pour le futur, pour le monde qui doit acheter du manger, parce que ça coûte de plus en plus cher à produire », partage Rita Jackson.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Cette crise s'est traduite par un choc financier majeur. Les revenus de la ferme ont chuté de moitié pour culminer à peine à 20 000 $ sur les quatre derniers mois de l'année.
De 30 à 40 000 $ par année, c'est suffisant pour nous, on n'a pas de gros besoins, parce que la ferme ne nous coûte pas tellement cher, on n'a pas une énorme hypothèque, observe Rita Jackson.
Un équilibre financier inaccessible pour les nouveaux arrivants dans le milieu, selon elle.
Mettons que tu veux commencer comme fermier…Tu as 25 ans, tu dis : "Tiens, je vais m'acheter une ferme de 100 acres". Mais tu regardes, c’est un million de dollars. Ben, c'est pas possible, déplore-t-elle.
L'adaptation et la santé des sols comme boucliers
Refusant de capituler, Rita Jackson et son mari transforment activement leurs façons de faire. Ils misent sur la rotation des cultures, l'installation de panneaux solaires et l'enrichissement du sol en matière organique pour maximiser la rétention d'eau.
Ils ont également planté plus de 20 000 arbres pour modifier le microclimat de l'exploitation. Le couple étudie par ailleurs la mise en place d'un système d'irrigation efficace mais abordable, dans un contexte où tous les coûts d'exploitation grimpent.
Cette dynamique de transition est confirmée à l'échelle provinciale par Judith Nyiraneza, chercheuse à Agriculture et Agroalimentaire Canada à Charlottetown.

« Le sol, c'est vraiment important, il faut en prendre soin pour les générations futures, et je pense que les producteurs en sont conscients », affirme la chercheuse Judith Nyiraneza.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Partout sur l'Île-du-Prince-Édouard, les producteurs adaptent leurs pratiques en limitant le labour intensif, en augmentant la couverture végétale des sols et en adoptant une agriculture de précision pour ajuster la quantité d’intrants chimiques selon les besoins réels du sol.
Les changements climatiques, c'est comme un réveil de dire, ces pratiques culturales sont vraiment importantes maintenant plus que dans le passé, explique Judith Nyiraneza.
Si la santé des sols est améliorée, l’agriculture sera beaucoup plus résiliente aux changements climatiques, parce qu’un sol en santé va agir comme un puits de carbone et une éponge pour l'eau.
La ruée vers l'eau souterraine
Face à des étés de plus en plus arides, l'accès à l'eau est également devenu la priorité de l'agriculture insulaire. De nombreux producteurs de pommes de terre se tournent vers la construction de puits profonds à haute capacité pour protéger leurs récoltes des aléas climatiques.
Le ministère de l'Environnement de la province témoigne de l'ampleur du phénomène : environ 120 demandes de permis d'exploration ont été déposées depuis août 2025, alors que l'île ne comptait que 63 puits de ce type en activité auparavant.
Même si le processus réglementaire est strict et élimine historiquement la moitié des projets, une quarantaine de nouveaux puits opérationnels sont attendus pour la saison de plantation 2026. Une véritable course contre la montre et contre le thermomètre est désormais engagée pour protéger l'agriculture de l'île.


2 weeks ago
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