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L’abolition du prix plancher a-t-elle fait baisser les prix de l’essence au Québec?

3 hours ago 4

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Après un an, l’abolition du prix plancher sur la vente de carburant n’aurait pas eu les effets escomptés d’encourager la concurrence et de faire baisser les prix à la pompe au Québec. La situation actuelle du marché mondial, plombé par la guerre au Moyen-Orient, complique cependant l'évaluation de la portée réelle de la mesure.

L’impact de l’abolition du prix plancher a été extrêmement marginal, voire localisé, indique le responsable des communications à la Régie de l’énergie du Québec, Benjamin Bourque.

Dans un rapport publié fin janvier, l’organisme réglementaire notait une baisse du prix de l’essence en 2025, bien avant la remontée des dernières semaines causée par la guerre en Iran.

Cette diminution ne découlait toutefois pas, à son avis, de l’abolition du prix plancher, le 7 juin 2025, puisqu’elle avait plutôt débuté bien avant, en 2024.

Pour nous, selon nos observations, l’abolition du prix plancher n’a pas eu d’effet direct.

La Régie notait toutefois des diminutions légères de prix pour les six premiers mois suivant son abolition dans la Capitale-Nationale et en Chaudière-Appalaches, deux régions qu’elle surveille parce que l’essence s’y vend généralement plus cher qu’ailleurs au Québec, ainsi qu’au Saguenay–Lac-Saint-Jean, où les prix sont anormalement bas.

Même son de cloche auprès du CAA-Québec, qui était en faveur de l’abolition du prix minimum, dont la plus grande conséquence aurait été une baisse des prix à la pompe.

Or, le choc pétrolier des derniers mois, où les États-Unis et Israël sont entrés en guerre avec l’Iran, est venu brouiller les cartes, soutient son porte-parole Simon Bourassa.

Au cœur du conflit : le détroit d’Ormuz, où circule en temps normal le cinquième de la production mondiale de pétrole brut. Son blocage a entraîné le prix du baril au-dessus des 100 $ US sur les marchés, faisant bondir à leur tour les prix de l’essence.

Cette remontée fulgurante complique, à son avis, l'analyse de l’effet réel de l’abolition du prix plancher pour sa première année.

Dans son bilan annuel, CAA soulignait aussi que l’année 2025 avait été marquée par une baisse généralisée des prix à la pompe. Les prix ont reculé d'environ 6 % comparativement à 2024, parce qu’il y avait eu une baisse des indicateurs pétroliers, entre autres le Brent et le WTI, indique Simon Bourassa.

En 2025, notre constat était qu'il y avait des prix raisonnables [par rapport à 2024] dans l'ensemble des marchés au Québec, mais c’était bien avant les bouleversements qu’on connaît.

Néanmoins, CAA considérait que le Québec, en général, payait encore trop cher l’essence, et ce, avec ou sans prix plancher, surtout dans des régions comme Montréal et Laval, où le volume de ventes élevé devrait normalement conduire à des prix réduits.

Contrairement à la suspension de la taxe d’accise fédérale sur le carburant, qui s’est traduite par un rabais immédiat de 10 ¢ le litre à la pompe en avril, l’effet de l’abolition du prix plancher demeure plus difficile à démontrer.

La taxe d’accise, qu'on ne voie plus trop son retrait, c’est dû au fait qu’il y a eu une remontée assez spectaculaire du coût du baril, souligne Benjamin Bourque, de la Régie de l’énergie. Mais elle est là, sauf que le marché est très volatil et, clairement, la matière première joue pour beaucoup.

Une mesure jugée « inutile »

Le prix plancher, soit un prix minimum auquel l’essence peut être vendue, avait été instauré en 1997 au Québec afin de protéger les détaillants indépendants. Il empêchait les gros joueurs de vendre leur carburant presque à perte et d’encourager une concurrence déloyale.

En reste-t-il vraiment, des vrais de vrais indépendants au Québec? On peut se poser la question, s’interroge Simon Bourassa, chez CAA-Québec.

Sur les 3000 indépendants que comptait le marché à l'époque, il n'y en a plus que 72 aujourd’hui, soit 2,7 % du marché, d'après le plus récent recensement des essenceries au Québec.

Non seulement le nombre total de stations-service a chuté dans la province, mais le marché s’est aussi concentré davantage entre les mains de cinq principaux joueurs – Couche-Tard, Parkland, Sobeys, Harnois et Suncor –, qui contrôlent 72 % du marché, et ce, malgré le prix plancher.

Cette concentration pourrait limiter la concurrence et influencer les prix, indique, dans son rapport, la Régie de l’énergie du Québec.

Et la taxe carbone?

En 2025, une autre mesure a eu un effet à la baisse sur le prix de l’essence partout au Canada, sauf au Québec. Le 1er avril, le gouvernement fédéral a aboli la taxe carbone, tout comme la Colombie-Britannique. Seul le Québec a maintenu son Système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre, un outil de développement durable visant à réduire les émissions de GES et à rendre l’économie plus sobre en carbone et moins dépendante des hydrocarbures, mais privant les consommateurs de la baisse d’environ 20 ¢ le litre observée ailleurs au pays.

La Régie de l’énergie du Québec a toutefois noté une légère diminution de prix dans certaines régions limitrophes de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick, où l’essence se vendait alors moins cher.

La décision de Québec d'abolir le prix plancher, en amendant son projet de loi 69 sur l'énergie, découle d’un rapport réalisé par Robert Clark, professeur d’économie à l’Université Queen’s, et déposé en mai 2024.

Il estimait lui aussi que le prix plancher n’avait pas réussi à empêcher la sortie d’un grand nombre de petites stations-service ni à maintenir les prix plus bas que dans d’autres régions du Canada et recommandait son abolition.

Dans l’ensemble, il n’est pas clair quels sont les avantages de la réglementation des prix planchers, et encore moins si les avantages l’emportent sur les coûts.

Le prix plancher décourageait, à son avis, l’entrée de stations-service à bas prix au Québec et empêchait les entreprises plus compétitives de fixer des prix plus faibles.

Dans un autre rapport, publié en 2020, le professeur expert Patrick Gonzalez soulignait à son tour que le prix plancher empêchait les distributeurs de refiler aux consommateurs les escomptes qui leur étaient consentis par les raffineurs à l'achat de gros volumes d’essence.

Laissons jouer la concurrence sans limite vers le bas, indique-t-il, bien qu’il ne croie pas non plus que la mesure ait eu un effet énorme pour le moment.

Mais en fixant leurs prix librement, les détaillants pourraient dorénavant stimuler la concurrence entre eux, quitte à vendre à perte pour attirer des clients.

C’était une règle caduque et on l’a abolie. Est-ce qu’on verra un effet plus concret de ça dans le futur? Peut-être, répond Simon Bourassa de CAA.

Règle générale, la réglementation dans le marché de produits pétroliers, que ce soit l'imposition d’un prix plancher ou plafond, a normalement pour effet de stabiliser les prix, sans pour autant encourager des prix plus bas.

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