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Immigration : un « goulot d’étranglement » dans les demandes de CSQ

4 hours ago 3

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« Je suis tanné que ma vie soit comme un bingo », lance l’infirmier Eddy Assaoui. Il est au Québec depuis 2021, a fait ses études en soins infirmiers ici, travaille dans un hôpital de Montréal et souhaite rester pour de bon.

Mais les délais se multiplient. J’ai l’impression que, tous les six mois, la météo change pour les immigrants. C’est stressant. Il a reçu une des invitations convoitées en vertu du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) et attend depuis plus de quatre mois son certificat de sélection du Québec (CSQ). 

Il se décourage lorsqu’on lui apprend que les demandes traitées en ce moment sont celles déposées en janvier. C’est dur à encaisser. Vivre dans l’attente sans rien pouvoir planifier ni bâtir, c’est devenu très lourd à porter. 

Est-ce que je vais un jour pouvoir m’acheter une maison, fonder une famille, vivre ma vie sans dépendre d’une date d’expiration, d’un permis?

Le nombre de demandes de CSQ en attente est en forte augmentation depuis les derniers mois. 

Elles sont six fois plus nombreuses que l’an dernier, alors que le PSTQ en était à son démarrage et que le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) était suspendu. Et elles ont augmenté de 25 % entre la fin de juillet et la fin d'août, alors que Québec réactivait le PEQ de manière temporaire.

C’est sûr qu’il y a beaucoup de gens qui se sont rués vers le PEQ à sa réouverture, explique l’avocat spécialisé en immigration Patrice Brunet. Il y a un effet de goulot d’étranglement.

Attendre plus de huit mois pour recevoir un CSQ, voilà qui est très long, confirme-t-il. Et il se demande quel impact ce surplus de demandes à gérer aura par la suite sur les délais de traitement des demandes de résidence permanente à Ottawa. Le Québec devient beaucoup moins concurrentiel par rapport au reste du Canada.

Ces délais créent non seulement beaucoup de détresse et d’incertitude pour les individus, mais aussi des enjeux opérationnels auprès des entreprises qui doivent mettre à pied des employés essentiels lorsque les permis de travail arrivent à échéance avant l’obtention de leur CSQ, rappelle l’avocat. 

À l’époque du PEQ, le ministère de l’Immigration (MIFI) garantissait un délai maximum de six mois à l’intérieur duquel les demandes de CSQ seraient traitées, mais ce n’est plus le cas.

Pas de priorisation entre le PSTQ et le PEQ, vraiment? 

Pour Léopold Lehmann, les choses se sont déroulées plus rondement que pour Eddy Assaoui. Comme beaucoup d’autres, il s’est dépêché de déposer sa demande le 2 juillet dernier, à la réouverture du PEQ. Il a reçu son CSQ le 14 septembre.

J’étais au travail et j’ai sauté de joie au milieu de mes collègues, se souvient-il. C’était un grand moment de soulagement.

Je me sens extrêmement chanceux, ajoute-t-il. Je comprends tellement que les personnes qui ont déposé des dossiers au PSTQ soient frustrées.

Portrait de Léopold Lehmann.

Arrivé au Québec comme étudiant étranger en 2021, Léopold Lehmann détient un permis de travail postdiplôme.

Photo : Courtoisie

En discutant autour de lui et en lisant des témoignages sur les réseaux sociaux, l’infirmier Eddy a justement remarqué que beaucoup de personnes comme Léopold ont reçu en moins de deux mois leur CSQ par l'intermédiaire du PEQ. J’ai l’impression que le PSTQ a été mis de côté, craint-il.

Il se demande donc s’il ne devrait pas dédoubler sa demande et déposer aussi un dossier au Programme de l’expérience québécoise, auquel il est aussi admissible.

Ça me donne envie de passer par là aussi pour avoir toutes les chances de mon côté. Mais c’est quand même 1000 $ par demande, explique-t-il, hésitant.

Montage de captures d'écran.

Exemples de messages publiés dans un groupe Facebook consacré au PEQ et au PSTQ dans lesquels des personnes qui ont déposé leur demande dans le cadre du PEQ en juillet 2026 affirment avoir déjà reçu le CSQ.

Photo : Facebook (capture d'écran)

Me Brunet confirme le phénomène : Les candidats qui ont fait une demande sous le PEQ dans les premiers jours de sa réouverture sont effectivement avantagés.

Pourtant, le MIFI affirme qu’il n’y a pas de priorisation entre le PEQ et le PSTQ, que les demandes sont traitées en parallèle. Donc, que se passe-t-il? 

Me Brunet y va d’une explication : il y a deux vitesses différentes dans le traitement des dossiers, justement parce que les deux systèmes ne sont pas interconnectés, selon lui. 

La prévisibilité des délais est impossible à assurer en ce moment. Pour être extrêmement prudent, je vais conseiller à mon client [qui est admissible aux deux programmes] de dédoubler ses démarches.

Photo d'un avocat souriant.

Me Patrice Brunet, avocat spécialisé en immigration et membre du conseil d'administration de l'Association canadienne des avocates et avocats en droit de l'immigration.

Photo : Courtoisie de Me Patrice Brunet

Il reconnaît cependant que cela dédoublera les frais pour les clients et la paperasse pour les fonctionnaires pour qu’au final une des deux demandes soit abandonnée de toute façon. Le résultat est un système incohérent, à son avis.

Le passé n’est pas garant de l'avenir, prévient-il toutefois. Si le rythme de traitement des premières demandes par l'intermédiaire du PEQ est très rapide avec son redémarrage récent, il pourrait ralentir, explique-t-il. Les délais de traitement sont appelés à augmenter à court terme avant de se résorber.

L’objectif du ministère est de finaliser un nombre similaire de demandes présentées au PSTQ et de demandes présentées au PEQ au cours de l’automne, indique par écrit le MIFI. 

Le gouvernement sortant muet sur le dossier

Ni l’équipe de la première ministre sortante, Christine Fréchette, ni le ministre sortant de l’Immigration, François Bonnardel, n’ont voulu commenter les informations contenues dans ce reportage.

Le cabinet de la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, a par ailleurs refusé de réagir au récent reportage de Radio-Canada portant sur les employés scolaires, désormais chiffrés à plus de 300 selon nos données mises à jour, dont le statut est précaire en raison d’un permis de travail ou d’études arrivant très bientôt à échéance. 

Le cabinet de la ministre de l'Éducation n’émettra pas de commentaires, nous a-t-on simplement répondu, tout en nous renvoyant vers le MIFI, qui nous a fourni des informations supplémentaires, comme les données dont il est question dans cet article.

Nous avions aussi contacté à plusieurs reprises l’Équipe Christine Fréchette la semaine dernière, sans plus de résultat.

Des enseignants réunis à l'extérieur pour défendre une de leurs collègues qui devra cesser de travailler d'ici quelques jours si elle n'obtient pas son certificat de sélection du Québec.

Des collègues de l'enseignante Imane Benchouk, devant à gauche sur l'image, se sont mobilisés vendredi dernier pour dénoncer le fait qu'elle devra les quitter d'ici quelques jours si elle n'obtient pas son certificat de sélection du Québec, puisque son permis de travail arrive à échéance.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Du côté des partis d’opposition, le Parti libéral du Québec et Québec solidaire nous avaient accordé des entrevues pour réagir au reportage concernant les employés scolaires. Nous n’avions pas eu de réponse du Parti québécois ni du Parti conservateur du Québec.

La députée sortante et candidate solidaire Alejandra Zaga Mendez et le député sortant et candidat libéral André Morin y ont vu tous deux le résultat d’erreurs commises par la CAQ.

Ces personnes-là se trouvent dans une incertitude totale et on ne peut pas leur garantir un futur ici, a affirmé la solidaire. Mais surtout, on ne peut pas garantir dans nos écoles publiques de garder une main-d'œuvre qui est qualifiée, et ça, c'est impardonnable.

André Morin a dénoncé de son côté une absence de planification et de prévisibilité du gouvernement de la CAQ. Il a insisté sur l’importance de prioriser les personnes qui offrent des services à la population.

L’infirmier Eddy Assaoui, lui, est très inquiet de son sort, à moins de deux semaines des élections générales au Québec.

J’ai l’impression qu’avec les élections, une nouvelle roulette va tourner, que les règles du jeu vont encore changer. C’est fatigant.

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