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Immigration : des tensions et des graffitis haineux en Alberta rurale

2 months ago 12

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Au cours des derniers mois, certaines municipalités rurales de l’Alberta ont constaté une recrudescence des discours haineux à l'égard des minorités visibles. Des voix locales s'élèvent pour dénoncer les propos de chefs politiques qui, en jetant le blâme sur les immigrants, attiseraient les tensions et la haine.

Au cœur des Prairies albertaines, à proximité de la frontière avec la Saskatchewan, se trouve une localité unique. Surnommée la ville aux mille bonjours, Brooks voit près de la moitié de sa population s'identifier comme faisant partie des minorités visibles, selon le recensement provincial de 2021.

La devanture d’un restaurant éthiopien.

Le centre-ville historique de Brooks est constitué de deux rues principales. Des commerces qui offrent des plats aux saveurs des quatre coins du monde y ont pignon sur rue.

Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau

Cette diversité est palpable à chaque coin de rue : les restaurants éthiopiens, indiens et mexicains y côtoient l'emblématique Hôtel Brooks. Établi depuis le début des années 1900, cet établissement demeure célèbre pour sa cuisine centrée sur la viande, sa musique country et ses murs appréciés des lanceurs de fléchettes.

Longtemps la fierté de Brooks, la diversité est aujourd'hui au cœur de tensions au sein de la communauté, au point où la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a ouvert une enquête sur des graffitis haineux qui ont commencé à faire leur apparition dans la municipalité l'automne dernier.

Nous avons recensé environ neuf dossiers impliquant des graffitis et des autocollants de suprémacistes blancs qui ont été apposés à différents endroits, explique la caporale Sharon McCready. La GRC mène l'enquête en traitant l'affaire comme un crime motivé par la haine.

Pour l'instant, nous ne savons pas si nous avons affaire à une seule personne ou à plusieurs individus, précise toutefois la caporale McCready.

Mohammed Idriss devant son ordinateur.

Outre les fonctions de conseiller municipal qu'il occupe, Mohammed Idriss assure la direction régionale des Services d’immigration de Brooks et du comté (BCIS), un organisme qui offre des services d’accueil aux nouveaux arrivants de la région.

Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau

L’attitude du public à l'endroit des immigrants s’est aigrie dernièrement, admet avec regret Mohammed Idriss, conseiller municipal et gestionnaire régional pour les Services d'immigration de Brooks. Il croit que c’est le cas en partie à cause de la situation économique, mais aussi du contexte politique.

En général, notre communauté est accueillante, mais il y a des gens qui voient les immigrants comme des boucs émissaires ou comme la cause des difficultés économiques que certains traversent actuellement.

Un cas loin d'être isolé

Ce n'est pas un problème propre à Brooks, croit M. Idriss : Brooks n'est qu'un petit maillon d'une situation bien plus vaste. Certains dirigeants ne pèsent pas assez leurs mots; ils tiennent des propos qui, d'une manière ou d'une autre, peuvent être interprétés comme un blâme à l'endroit des immigrants pour les problèmes auxquels nous faisons face.

La devanture de l'Hôtel Brooks.

Bien que Brooks soit devenue une ville très multiculturelle, l'Hôtel Brooks est reconnu encore à ce jour pour sa cuisine traditionnelle : les sandwichs à la viande, les burgers maison et son fameux bœuf cuit sur place, entre autres.

Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau

Dans une allocution télévisée qui a précédé le dépôt du budget, la première ministre Danielle Smith a prévenu les Albertains que la province renouerait avec un déficit. Selon elle, cette situation est en partie attribuable à la pression exercée sur les services publics par l’afflux important d’immigrants ces dernières années.

Des propos qui résonnent avec ceux des conservateurs fédéraux.

À Innisfail, une petite municipalité située entre Calgary et Edmonton, la mairesse Jean Barclay a réagi à cette rhétorique sur Facebook : Nous avons aujourd'hui dans notre communauté des gens qui subissent les conséquences de ce jeu de blâme.

Nous devons toutefois être honnêtes quant à nos problèmes budgétaires récurrents, plutôt que de rejeter la faute sur des personnes que l'on a encouragées à venir s'installer ici.

L’élue municipale a tenu à rectifier certains propos entendus dans la sphère publique : Quel que soit leur statut, les immigrants paient des impôts fédéraux et provinciaux, tout comme nous.

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