PROTECT YOURSELF with Orgo-Life® QUANTUM TECHNOLOGY
Orgo-Life the new way to the future Advertising by Adpathway« On attend », lance platement l’enseignant Luc Papineau quand on lui demande si le réseau scolaire s’adapte à la réalité, à l’ère de l’intelligence artificielle (IA). « Certains enseignants sont dans le déni et font comme si l’IA n’existait pas. D’autres, comme moi, se disent qu’il faudrait bien que quelque chose se passe. »
L’enseignant de français dans une école secondaire de la région de Lanaudière se dit convaincu et conscient que les élèves sont nombreux à faire un usage non réglementaire ou non éthique de l’IA, comme le démontrent d’ailleurs les résultats du sondage SOM-Radio-Canada publié en janvier dernier.
Ça se manifeste, par exemple, par des travaux où l’on retrouve un niveau de vocabulaire bien supérieur à celui habituel des adolescents. Des collègues voient des termes, des expressions, qui se retrouvent dans les travaux, mais que les élèves ne connaissent pas et qu’ils sont incapables d’expliquer, confie l’enseignant. L’IA, c’est une façon de tricher sans les parents par moment, résume-t-il.
Il explique n’avoir reçu, depuis trois ans, aucune formation sur le thème de l’IA et encore moins de balises ou de lignes directrices émanant de sa direction d’école, de son centre de services scolaires (CSS) ou du ministère de l’Éducation (MEQ).
Sur le terrain, on ne sent pas une grande préoccupation au sujet de l’IA. (...) Mais si on ne regarde pas ça en face, ça va nous poignarder dans le dos.

Luc Papineau est enseignant de français au secondaire depuis de nombreuses années.
Photo : Courtoisie de Luc Papineau
Devant le nombre de défis que doit surmonter le réseau scolaire, comme la violence dans les écoles, les problèmes de personnel ou encore de vétusté des bâtiments, l’IA est reléguée au second plan, à son avis. On est constamment en train d’éteindre des feux dans les écoles. Et le feu de l’IA ne semble pas prioritaire pour l’instant.
Une consultation aux résultats éloquents
Beaucoup des éléments du discours de l’enseignant recoupent certains résultats d’un sondage interne de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) auquel plus de 5400 enseignants ont répondu, et qui ont été présentés la semaine dernière au colloque trisannuel de l’organisation.
Deux tiers des répondants (67 %) jugent n’avoir qu’une connaissance de base ou très faible des outils d’IA. Près de la moitié des répondants (46 %) disent n’avoir reçu aucune information de leur direction ou de leur centre de services scolaire au sujet de l’IA. Moins d’un sur cinq (19 %) indique avoir reçu certaines balises d’utilisation de cet outil.
Une proportion importante de répondants demandent donc des outils pour leur permettre d’intégrer l’IA dans leur enseignement (73 %), des balises d’utilisation claires (51 %) et des formations sur différentes questions entourant l’IA (49 %).
C’est une technologie qui est prometteuse, selon nos enseignants, pour leur donner un coup de main dans leurs tâches professionnelles et administratives, explique le président de la FSE-CSQ, Richard Bergevin. Mais malheureusement, on se retrouve présentement avec des élèves qui utilisent [l’IA] et des enseignants qui n’ont pas suffisamment d’informations pour être capables de bien s’adapter à cette réalité et bien encadrer le recours à l’IA.

Richard Bergevin, président de la Fédération des syndicats de l'enseignement
Photo : Radio-Canada / Louis-Philippe Arsenault
L’intelligence artificielle et les élèves vont plus vite que le ministère ou les centres de services scolaires. (...) Les enseignants se sentent trop souvent laissés à eux-mêmes.
M. Bergevin précise que ses membres n’ont pas besoin qu’on leur dicte comment faire les choses, mais plutôt qu’on leur offre un coffre à outils qui pourra les aider dans leur rôle d’enseignant.
Crainte d’impacts sur l’apprentissage des jeunes
Sylvain Martel, porte-parole du Regroupement des comités de parents autonomes du Québec (RCPAQ), craint pour le développement et les apprentissages des enfants. Il faut que les élèves comprennent que c’est un outil et sachent l’utiliser comme un outil et non pas comme un raccourci, affirme-t-il.
Ça demande un grand chantier qui remette en cause les façons d’enseigner et d’évaluer. Et je ne pense pas que ce chantier-là soit en vue. Mais va falloir le faire. Parce que l’IA ne s’en ira pas.

Sylvain Martel, porte-parole du Regroupement des comités de parents autonomes du Québec
Photo : Gracieuseté de Sylvain Martel
L’enseignant Luc Papineau a des inquiétudes similaires. L’IA est un bon valet, mais un mauvais maître. Elle ne doit pas se substituer à l’intelligence naturelle, à la formation du raisonnement chez les élèves, plaide-t-il.
La paresse intellectuelle, le plagiat et la tricherie sont d’ailleurs aux premiers rangs des préoccupations désignées par les enseignants répondants du sondage interne de la FSE-CSQ. À un moment donné, ce sont les élèves qui vont frapper un mur au niveau de leur développement intellectuel, prévient Richard Bergevin.
Le professeur et chercheur à l’Université de Montréal Normand Roy a participé, ces dernières années, à la préparation de plusieurs initiatives en matière d’IA pour le compte du ministère de l'Éducation (MEQ). Il estime que le réseau de l’éducation est en phase de transition. Et il reconnaît que les enseignants sont dans une situation bien délicate en ce moment.
Si l’enseignant ne sait pas quel outil il peut utiliser, s’il n’a pas eu de formation, comment est-ce qu’il peut modifier son évaluation en conséquence? Comment est-ce qu’il peut former ses élèves s’il ne sait pas comment fonctionne l’outil pour lequel il doit les former?
Peu d’informations émanant du MEQ
Radio-Canada a obtenu la liste des documents produits par le MEQ depuis la démocratisation de l’accès à l’IA générative, il y a un peu plus de trois ans.
Trois documents et un webinaire ont été diffusés dans le réseau scolaire, indique le MEQ, dont un guide sur l’utilisation pédagogique, éthique et légale de l’IAG et le webinaire L’IAG au service de l’éducation visionné 2400 fois.
Des outils dont Luc Papineau et bien d’autres enseignants ont peu entendu parler. Ça ne s’est pas rendu sur le terrain, confirme Richard Bergevin, président de la FSE-CSQ, qui les trouve par ailleurs très incomplets.
Le milieu scolaire n’est pas adapté à la réalité de l’IA et on ne sait même pas quel chemin on va emprunter pour s’adapter, explique le représentant syndical. C’est clair, on est en retard. Il va falloir prendre les bouchées doubles.
Et il ne faudra pas oublier de fournir aux enseignants, déjà surchargés, les conditions nécessaires pour se former à l’utilisation de l’IA et adapter leur enseignement et leurs évaluations à la réalité de l’IA, insiste M. Bergevin.
Par exemple, il faudra prévoir plus de temps en classe pour les évaluations, pour s’assurer de bien mesurer les apprentissages des élèves sans qu'ils puissent accéder à l’IA, explique-t-il.
C’est pourtant l’inverse qui se passe présentement, assurent M. Bergevin et l’enseignant Luc Papineau. Il y a eu récemment une diminution des périodes gelées ou bloquées pour les examens de fin d’année. Ça ouvre la porte au plagiat avec l’IA, affirme M. Papineau.
Un déblocage à venir, espère un expert
Concrètement, ni les enseignants ni les élèves ne reçoivent de formations sur l’utilisation de l’IA. Ou bien cela se fait à géométrie variable, lorsque des conseillers pédagogiques mettent sur pied des initiatives dans certains centres de services scolaires.
Une lenteur à agir qui ne surprend pas le représentant de comités de parents Sylvain Martel. Il est un habitué des comités ministériels et des longs délais de la machine administrative. Il affirme tout de même avoir été témoin d'un travail sérieux du MEQ au sujet de la question complexe de l’IA, surtout ces derniers mois, pour permettre un rattrapage.
Il est toutefois temps de passer à la vitesse supérieure, à son avis. Le réseau de l’éducation va devoir effectuer un grand réveil face à l’IA et collectivement, on va devoir faire face à cette situation-là, invoque-t-il.
Le chercheur Normand Roy pense toutefois que le Cadre de référence de la compétence numérique en éducation fraîchement mis à jour, sur lequel il a lui-même travaillé, constitue un pas important dans la bonne direction. Le cadre dit maintenant explicitement que les enseignants doivent se former et devenir compétents dans l’utilisation de l’IA.

Normand Roy, professeur à l'Université de Montréal et directeur du Groupe de recherche interétablissement sur l’intégration pédagogique des technologies de l’information et de la communication (GRIIPTIC)
Photo : Courtoisie de Normand Roy
Et puisque la compétence numérique est l’une des treize compétences professionnelles obligatoires, ce nouveau cadre oblige les enseignants à avoir une littératie en IA et à pouvoir la transmettre à l’élève, explique M. Roy.
Conséquence : le MEQ et les universités qui forment les enseignants devront emboîter le pas, et il pourrait aussi être nécessaire de modifier le Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ) en tenant compte de cette nouvelle réalité, selon le chercheur.
Ça ouvre la porte à réfléchir concrètement à ce qu’on veut de nos élèves là-dedans. On doit réfléchir à quel impact ça va avoir dans le cours de français, de mathématiques, d’univers social. Et ces travaux-là doivent arriver plus tôt que tard, souligne-t-il.
L’enseignant Luc Papineau, lui, se dit préoccupé par le manque de proactivité du ministère, mais il n’est pas défaitiste pour autant. Je pense que le réseau est capable de faire des merveilles, pensons à l’enseignement à distance qui s’est installé en peu de temps pendant la pandémie. Mais il faut qu’on lui donne les moyens, insiste-t-il.
Le premier mandat de l’INEÉ sur l’IA, dit Sonia LeBel
La ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, confrontée aux données du sondage de la FSE-CSQ, repousse les critiques quant à la lente adaptation du réseau scolaire à l’IA.
On est très proactifs, car les élèves ont déjà accès [à cet outil] et nous devons nous adapter. Je viens d'ailleurs tout juste de donner le premier mandat à l'INEÉ afin qu'il se penche sur la place du numérique dans nos écoles
L’Institut national d'excellence en éducation (INEÉ) devra se pencher sur l’usage pédagogique du numérique et de l’intelligence artificielle pour identifier les situations où l’usage du numérique a une valeur pédagogique ajoutée et celles où ces outils peuvent s’avérer nocifs pour les élèves, apprend-on dans une lettre datée du 17 avril dernier, adressée au PDG de l’INEÉ, Lucien Maltais.
Sonia LeBel ajoute, outre la mise à jour du Cadre de référence de la compétence numérique, la nouvelle obligation d’inclure de manière prioritaire 2 des 30 heures de formation continue à la compétence numérique.


1 month ago
150




















English (US) ·
French (CA) ·
French (FR) ·