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Haïti à la Coupe du monde de soccer : fierté, souvenirs et espoirs à Montréal

6 hours ago 5

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Tous les jours, à la pause du midi, le grand terrain de gazon synthétique se remplit derrière l’école secondaire Antoine-de-Saint-Exupéry, à Montréal. Des élèves avalent leur lunch en vitesse, quittent leurs chaussures et se font des passes, parfois pieds nus ou en chaussettes.

Depuis les gradins, Stanley Moiseau observe la scène. D’origine haïtienne, il a grandi dans ce quartier, Saint-Léonard, avant de devenir entraîneur aux États-Unis et au Québec.

Depuis de nombreuses années, il encourage les jeunes à poursuivre leurs rêves, comme leurs études, au sein du club de soccer AS Brossard et à titre d’éducateur du programme de concentration soccer de l’école secondaire Antoine-Brossard, sur la Rive-Sud.

L'entraîneur Stanley Moiseau, devant un terrain de soccer.

L'entraîneur du club de soccer AS Brossard et recruteur pour Haitiana International, Stanley Moiseau, que nous avons rencontré dans le quartier qui l'a vu grandir, Saint-Léonard.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Ça me rappelle de beaux souvenirs, dit celui qui jouait ici au ballon rond avec ses amis. On a été recrutés dans la cour de l'école en jouant comme ça. Et moi aussi, je recrute maintenant dans les cours des écoles.

Stanley Moiseau repère notamment de jeunes talents qui pourront être soutenus et encadrés par Haitiana International. Cet organisme québécois sert de tremplin vers la sélection nationale d’Haïti.

En effet, depuis la qualification de ce pays à la Coupe du monde de soccer, une première depuis 1974, les jeunes issus de la communauté haïtienne sont davantage intéressés par l’idée de représenter Haïti, à défaut de jouer dans l’équipe canadienne.

Woodmaël, 14 ans, joue dans l’équipe des Braves d’Ahuntsic. Là, je viens juste de les rejoindre, j’ai fait les tests et puis ils m’ont choisi, dit-il avec fierté.

Woodmaël à l'extérieur sur un terrain.

Woodmaël, un jeune joueur de soccer du quartier Saint-Léonard, à Montréal

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Le jeune footballeur trouve incroyable qu’Haïti, qui n’avait pas réussi à se qualifier depuis longtemps, participe cette année à la Coupe du monde. Ça montre que tout est possible. Même s'ils n’ont pas l'équipe parfaite, ils ont quand même mis l'effort pour se qualifier, et ça me rend heureux, dit Woodmaël.

C'est des gens qui sont un peu comme moi, c'est inspirant, renchérit Enzo, 13 ans, qui, pour le moment, joue au soccer pour le fun et pour s’amuser, sans faire partie d’un club. Mais tous les rêves sont permis.

Si un jour il a le niveau, Woodmaël aimerait rejoindre l'équipe haïtienne, plutôt que la canadienne. Parce que mon père, il va m'encourager à jouer pour Haïti, et ça va m'encourager. Et parce que je suis déjà allé là-bas et c'était vraiment incroyable. Puis j'ai plein de famille là-bas.

Stanley Moiseau remarque que des jeunes commencent à s’intéresser davantage au pays de leurs parents et à la culture haïtienne. Ils vont faire des recherches maintenant. Ils vont aller chercher le positif en Haïti, que ce soit sur le plan culturel, sur le plan sportif, sur le plan des jeunes qui brillent partout dans le monde.

Ils ont pu voir qu’une jeune Haïtienne de Jacmel, Abigaïl Alexandre, a gagné un concours d’éloquence en France, tandis que l’influenceuse Ariana était la championne d’une compétition d’entrepreneuriat, en Afrique (House of Challenge).

Je vois des jeunes maintenant avec le chandail de la sélection nationale haïtienne, se réjouit Stanley Moiseau. Avant, ils portaient le chandail du Brésil, de la France ou de l’Argentine.

Le reportage de Myriam Fimbry sur la présence d'Haïti à la Coupe du monde de soccer sera diffusé à l'émission Tout terrain, ce dimanche de 10 h à midi, sur les ondes d'ICI PREMIÈRE.

La fierté retrouvée

La Coupe du monde de la FIFA sera un moment de rassemblement, voire de communion, pour toute la diaspora haïtienne. En particulier dans la région de Montréal, où elle compte près de 150 000 personnes, ce qui en fait la deuxième en importance après celle des États-Unis.

Wesner Goyo, à La Perle retrouvée, sur la scène devant la salle communautaire.

Wesner Goyo, bénévole à La Perle retrouvée, devant la salle où seront projetés plusieurs matchs de la Coupe du monde de soccer, en particulier ceux joués par les équipes d'Haïti et du Canada.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Dans le quartier Saint-Michel, Wesner Goyo nous accueille à La Perle retrouvée, lieu d’entraide et de partage tenu à bout de bras par des bénévoles de la communauté haïtienne depuis 30 ans.

L’organisme est situé au pied de l’autoroute 40, dans une ancienne église. Devant le parvis, des statues personnifient les héros de la révolution haïtienne, qui ont libéré le pays de l’esclavage : Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Alexandre Pétion...

En tant qu'Haïtiens, on est toujours fiers, assure Wesner Goyo, membre du conseil d’administration de La Perle retrouvée. Un peuple noir qui se bat contre un empire et qui réussit le premier à se libérer de l'esclavage, cette fierté existe encore. Tout part de là.

L’homme de 38 ans, né en Haïti, élevé à Montréal et devenu conseiller financier, est attristé par les malheurs qui frappent la perle des Antilles, du tremblement de terre dévastateur de 2010 à la guerre actuelle des gangs criminels à Port-au-Prince.

Dans ce contexte, lorsque les Grenadiers, surnom donné aux membres de l’équipe nationale haïtienne, se sont qualifiés pour la Coupe du monde, son téléphone n’a pas dérougi. Tout le monde appelait tout le monde, ce n'était que des rires, de la joie, du nouveau, du bonheur, de l'énergie, dit-il, en cherchant le bon mot.

C'est une équipe qui s'est qualifiée en ne jouant aucun match à domicile, à cause de l'état actuel du pays. Donc, pouvoir participer à un événement majeur comme celui-ci, pour un petit pays comme Haïti, avec toutes les difficultés qu'il traverse en ce moment, je ne peux pas vous mettre en mots l'importance que ça peut avoir.

« Toup pou yo! »

À La Perle retrouvée, assis autour de tables aux nappes rouge et bleu, les couleurs du drapeau haïtien, des aînés prennent plaisir à évoquer leurs souvenirs de la Coupe du monde de 1974 en Allemagne.

Un groupe d'aînés haïtiens.

Serge Isidore se souvient de la Coupe du monde de 1974, la dernière à laquelle Haïti a participé.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Serge Isidore, 76 ans, a perdu la vue, mais il revoit très bien dans sa tête le but spectaculaire marqué par l’attaquant haïtien Manno Sanon contre l’Italie. Oh là là! C’était formidable! Il y a eu l’euphorie à Port-au-Prince! s’exclame-t-il. Manno a aussi marqué un but contre l’Argentine, resté dans les annales de la FIFA.

La Coupe du monde, c’est pour moi la grandeur d’âme des Haïtiens. C’est le sport le plus populaire en Haïti.

Il entonne, à la demande générale, la chanson fétiche de la Coupe du monde de 1974, en créole : Manno Sanon, toup pou yo! (Manno Sanon, et c’est le but!)

L’expression toup pou yo! est devenue un cri de ralliement et de fierté nationale. Nul doute qu’on l’entendra beaucoup au moment des projections des matchs sur écran géant, dans le sous-sol de l’ancienne église Saint-Damase.

Wesner Goyo prévoit que la salle de 300 personnes sera pleine. Il va y avoir de l'animation, des casquettes, des chandails, des drapeaux. Vraiment, on va se mettre dans l'esprit de la Coupe du monde comme si on était au stade.

Saintano Nicolas, dans le quartier Saint-Michel à Montréal.

Saintano Nicolas, bénévole à l'accueil de La Perle retrouvée, dans le quartier Saint-Michel à Montréal

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Je ne pensais pas que je pourrais voir quelque chose comme ça! s’exclame, ému, Saintano Nicolas. L’homme de 89 ans a grandi en Haïti. Il se souvient qu’enfant, il jouait au foot dans la rue avec une boîte de lait vide. Les sacs d’école servaient de buts.

C’est la chose la plus importante de ma vie, de dire qu'à 89 ans, j'ai l'occasion de voir les joueurs haïtiens, qu'ils perdent ou qu'ils gagnent, voyez-vous, à la Coupe mondiale.

Peu importe la victoire ou la défaite d’Haïti, on entendra dans les rues de Montréal du « rara », de la musique traditionnelle haïtienne, à la fin de chaque match.

Pour galvaniser une foule, pour célébrer, pour porter la joie et l'esprit haïtien, il n'y a rien de mieux que le rara, assure Wesner Goyo. Donc ça commence à jouer et ça prend, on se retrouve à parcourir des rues et à danser. Vous savez, les Haïtiens, ça ne nous prend pas grand-chose pour faire la fête!

Un rara, groupe de musique traditionnelle haïtienne, est représenté sur cet élément de décor de l'organisme La Perle retrouvée.

Un rara, groupe de musique traditionnelle haïtienne, est représenté sur cet élément de décor de l'organisme La Perle retrouvée.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Des chances de victoires?

Haïti fait partie du groupe C, dans lequel se trouvent des adversaires de taille. Le pays va affronter l’Écosse, le 13 juin à Boston, le Brésil, le 19 juin à Philadelphie, et le Maroc, le 24 juin à Atlanta.

Plusieurs aînés de La Perle retrouvée disent très sérieusement qu’ils vont prier pour les Grenadiers. L’équipe porte aussi les espoirs de nombreux jeunes passionnés de soccer de la communauté haïtienne.

Il y a juste la défense qu'ils peuvent améliorer, mais sinon, ils sont très forts, dit avec admiration Woodmaël. Je pense qu'on peut au moins aller chercher une victoire, ajoute Enzo avec confiance.

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