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Grand Prix : tirer les bénéfices des subventions

1 week ago 31

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L'effervescence règne à Montréal cette fin de semaine. Entre le Grand Prix du Canada, événement phare de la métropole, et le match du Canadien de Montréal, qui continue son parcours éliminatoire, les amateurs de sport sont servis. Les tenanciers de bars et de restaurants ainsi que les hôteliers de la ville profitent certainement de ces rassemblements pour se remplir les poches, mais qu'en est-il du gouvernement?

Même pour des événements du genre qui rapportent gros, les divers ordres de gouvernement investissent pour dérouler le tapis rouge aux visiteurs.

Dans le cas du Grand Prix, les gouvernements accorderont au bas mot une vingtaine de millions de dollars par année jusqu'en 2031, montant qui passera ensuite à environ 30 millions par année. Et c'est sans compter les dépenses complémentaires, comme la rénovation des paddocks ou les coûts liés à la sécurité.

Il n'y en a pas de formule mathématique magique qui peut décider pour les gouvernements, explique Richard Legendre, professeur à HEC Montréal et ancien ministre responsable de la Jeunesse, du Tourisme, du Loisir et du Sport. Selon l'expert, de passage aux Faits d'abord, il faut analyser les événements au cas par cas et il ne faut pas s'arrêter simplement aux sommes investies.

L'ancien ministre rappelle que, lorsque l'État québécois a octroyé plus de 5 millions de dollars pour attirer les Kings de Los Angeles à Québec, la décision avait suscité un tollé. Dans d'autres cas, des subventions sont passées à peu près inaperçues, même si les montants étaient plus élevés.

Pour la course de formule 1, Tourisme Montréal fait état de retombées de 90 millions de dollars. D'autres analyses font état de 162 millions $. Le taux d'occupation des hôtels de la ville est de 95 %, selon le même organisme.

Ces dernières années, l'île Notre-Dame a accueilli 350 000 personnes lors de la fin de semaine du Grand Prix, chiffre que les organisateurs espèrent voir passer à 400 000 d'ici 2030.

Une foule internationale

Ce qui différencie le Grand Prix du Canada des autres événements sportifs et culturels qu'accueille Montréal est son aspect international : Près de 80 % de ces retombées proviennent de l'extérieur du Québec. C'est de l'argent neuf dans l'économie de Montréal et du Québec, explique le spécialiste en marketing sportif Jean Gosselin, de passage à ICI RDI.

Ce dernier souligne également que le public actuel de la F1 s'est renouvelé ces dernières années et qu'il représente une véritable manne pour les annonceurs. Depuis le rachat du circuit de course par Liberty Media, il vit une véritable période de renouveau, explique l'expert.

L'ajout de courses de type sprint et l'arrivée de la série Netflix Formula 1: Drive to Survive, qui porte sur les coulisses de ce sport, sont parmi les changements qui font en sorte que plus de la moitié des nouveaux partisans de F1 ont moins de 35 ans, selon les dires de Jean Gosselin. La part des partisans qui sont des femmes serait passée de 35 % à 42 % en quelques années.

Lewis Hamilton au volant de sa Ferrari.

Les courses de formule 1 attirent de nombreux touristes internationaux.

Photo : Reuters / Eric Bolte

La plupart des commanditaires qu'on voit autour du circuit ne sont pas des marques locales parce que ce marché est tellement important que les commanditaires d'ailleurs dans le monde voient une vitrine qui est payante, peu importe où est l'événement, fait valoir M. Gosselin.

Richard Legendre y va cependant d'une mise en garde. Il faut mesurer, les chiffres sont dangereux. Il cite en exemple la Coupe du monde prévue pour cet été, pour laquelle le total des dépenses des différents ordres de gouvernement est estimé à plus de 1 milliard de dollars.

Un million de visiteurs seraient attendus pour les matchs disputés au Canada lors de cette compétition. Or, il y a 13 matchs de 50 000 [spectateurs], ce qui fait 650 000. Ils disent qu'il va y en avoir 350 000 de plus pour l'ambiance. Ça, c'est un peu fort en café.

Et c'est sans parler des visiteurs qui se rendraient dans une ville en temps normal, mais qui l'évitent, justement en raison de la tenue d'événements spéciaux, précise Frédéric Dimanche, professeur à l'École de gestion de l'hôtellerie et du tourisme de l'Université métropolitaine de Toronto, également de passage aux Faits d'abord.

De plus, il faut faire la différence entre un événement récurrent, plus prévisible, et un événement ponctuel, comme la Coupe du monde, ajoute ce denier.

L'ancien ministre Richard Legendre soulève que les gouvernements se doivent d'être responsables fiscalement, même si les subventions attireront des visiteurs. Une Coupe du monde à un milliard, on a beau dire que ça en rapporte quatre, mais il faut tout de même se demander si on peut se permettre d'en dépenser un.

Plus qu'un calcul mathématique

Au-delà des chiffres, il y a bien sûr des retombées plus difficiles à calculer. Il y a aussi un effet de notoriété, ajoute Frédéric Dimanche. Quand on organise un grand événement, [...] on va parler de la ville hôte dans le monde entier. L'attrait touristique d'une ville comme Montréal peut ainsi être mis en vedette, ce qui attire des visiteurs à plus long terme.

Vroum, la mascotte du Grand Prix du Canada, Youppi!, la mascotte du Canadien, ainsi que les deux pilotes de l'équipe Mercredes, George Russell et Kimi Antonelli. Les deux pilotes tiennent des chandails du Canadien qui portent leur nom.

La mascotte des Canadiens de Montréal Youppi! a remis des chandails aux couleurs du Canadien aux pilotes de la F1 cette semaine.

Photo : Reuters / Mathieu Belanger

Richard Legendre va même jusqu'à parler du bonheur intérieur brut de la population, plutôt que du produit intérieur brut (PIB). J’entends beaucoup de gens me dire en ce moment que c'est le plus beau printemps qu'on a jamais eu, souligne-t-il. Pourtant, il n'a jamais fait aussi froid et plu autant.

Alors, est-ce que le jeu en vaut la chandelle? Vu sous cet angle, oui, estime M. Legendre.

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