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GNL et pipeline : et le bilan carbone du Canada dans tout ça?

3 hours ago 2

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Mark Carney n’a pas caché ses ambitions : il espère faire du Canada une superpuissance énergétique qui accorde une place à ce qu’il appelle les énergies « conventionnelles », soit le pétrole et le gaz.

Jeudi, le premier ministre annoncera officiellement que le nouveau pipeline qui reliera l’Alberta à la côte Ouest sera désigné comme étant d’intérêt national — donc, soumis à un processus d’évaluation accéléré.

Plus tôt cette semaine, il a donné le coup d’envoi de la phase 2 de LNG Canada, qui vise à doubler la capacité d’exportation de l’usine de gaz naturel liquéfié (GNL) de Kitimat, en Colombie-Britannique.

Si le message du premier ministre est clair concernant ses ambitions en matière d'énergie, il l’est toutefois beaucoup moins sur les effets qu’auront ces activités de production d’hydrocarbures sur le bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada.

Un groupe d'hommes et de femmes d'affaires posent avec des documents lors d'un événement de LNG Canada.

Ottawa donne le feu vert à la phase 2 du projet LNG Canada.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Mardi, on lui a demandé directement, lors d'un point de presse, à combien il estimait la hausse des émissions de GES liée à l’expansion de la production de GNL à Kitimat, et comment il comptait la compenser.

Mark Carney a esquivé la question, sans avancer de chiffre, affirmant que le projet était le plus efficace en ce qui concerne les GES à travers le monde. Il a en outre soutenu que le gaz exporté vers l’étranger permettrait aux pays asiatiques de se détourner du charbon, qui est plus polluant.

Cet argument, souvent mis de l’avant par les conservateurs fédéraux, a toutefois été déboulonné par l’Institut climatique du Canada. Dans un rapport publié en 2025, le groupe de recherche indiquait que l’expansion du secteur du GNL canadien fera augmenter les émissions nationales, mais que ses répercussions sur les émissions mondiales sont ambiguës. Il n’y a aucune garantie que le GNL canadien sera en mesure de remplacer celui des autres pays et de réduire les émissions mondiales, écrivait-on.

Impact significatif

Au Canada, les émissions de l’usine de Kitimat sont loin d’être négligeables.

À elle seule, la phase 1, qui est entrée en vigueur en juin 2025, entraînera, selon différentes analyses, une hausse de 4 à 5,5 mégatonnes de GES chaque année. La phase 2, qui doit doubler la capacité d’exportation, pourrait ainsi vraisemblablement générer des émissions de plus de 10 Mt annuellement.

La hausse n’est pas anodine. En 2024, le Canada émettait 685 Mt. Pour respecter l'objectif de réduction de GES que le Canada s’est engagé à atteindre d'ici 2030 dans l’Accord de Paris, il faudrait encore retrancher plus de 250 Mt de son bilan. L’expansion du projet d’exportation de GNL rend les cibles climatiques du Canada encore plus difficiles à atteindre.

Une structure industrielle en acier et du matériel de chantier sont installés près d'une forêt de conifères.

Selon l’Institut climatique du Canada, le pays atteindra son objectif d’émissions pour 2030 avec 20 ans de retard.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Mais il y a plus. Les émissions attribuables à l’usine de Kitimat sont probablement sous-estimées.

Une enquête du média spécialisé The Narwhal (nouvelle fenêtre) a révélé que le torchage de gaz à l’usine de Kitimat dépasse de 15 fois les volumes autorisés normalement par les autorités. Le torchage consiste à brûler l'excès de différents types de gaz, comme le méthane, au cours des activités de l’usine en vertu d’un protocole de sécurité. Selon The Narwhal, un défaut d’équipement était responsable de ce torchage massif... et la résolution du problème pourrait prendre trois ans.

Impossible de savoir pour l’instant combien de GES supplémentaires ont été générés par ce torchage l’an dernier, puisque le plus récent rapport d’inventaire des GES du Canada date de 2024.

Des ouvriers en casques de sécurité raccordent un grand tuyau au fond d'une tranchée de chantier.

Le nouveau pipeline vers l’ouest pourra transporter un million de barils de pétrole par jour.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Difficile aussi de prévoir l’impact précis d’un nouveau pipeline vers l’ouest sur la détérioration du bilan carbone du Canada. L’oléoduc, qui sera inscrit jeudi sur la liste des projets d’intérêt national, doit à terme transporter un million de barils de pétrole brut par jour, de l’Alberta à la Colombie-Britannique, en suivant le tracé actuel de Trans Mountain. Les contribuables en sont les principaux bailleurs de fonds, puisque seule une proportion de 10 % de la construction sera financée par le privé.

On ignore toutefois si ce pétrole sera entièrement issu d’une hausse de production des sables bitumineux ou s’il pourrait simplement permettre au pétrole autrefois destiné à l’exportation vers les États-Unis de prendre plutôt le chemin des marchés asiatiques. Le gouvernement fédéral n’a pas dévoilé ces estimations pour l’instant.

Débat éclairé?

Dans la situation actuelle, l’Institut climatique du Canada sonne l’alarme. Selon ses calculs, le pays pourrait atteindre tout juste son objectif d’émissions pour = 2030... avec 20 ans de retard, soit en 2050.

Le gouvernement de Mark Carney voit dans le contexte géopolitique actuel une occasion à saisir.

Danielle Smith et Mark Carney se serrent la main en souriant devant des drapeaux de l'Alberta et du Canada.

Les relations entre Ottawa et l’Alberta se sont apaisées depuis l’arrivée de Mark Carney.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

L’énergie canadienne est en demande à travers le monde, alors que le détroit d’Ormuz est toujours bloqué et que l’Europe cherche à se détourner des combustibles russes.

L’usine de Kitimat a l’avantage d’être soutenue par le gouvernement de la Colombie-Britannique et par plusieurs communautés autochtones. Le pipeline vers l’ouest, lui, a l’avantage d’apaiser la colère albertaine et de favoriser l’unité du pays.

Les deux projets s’inscrivent dans la vision de Mark Carney de diversifier les marchés d’exportation, d’attirer des investissements étrangers et de bâtir des infrastructures qui ont le potentiel de favoriser la prospérité au pays.

Les Canadiens peuvent débattre de l’opportunité d’exploiter le pétrole et le gaz pour l’économie au pays.

Mais il serait utile de le faire avec toutes les variables en main — incluant l’impact de ces projets sur les émissions de GES produites au pays.

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