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France : le mouvement des lycéens force les candidats présidentiels à prendre position

4 days ago 2

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À six mois de l'élection présidentielle française, la fronde des lycéens bouscule les stratégies des prétendants à l'Élysée, contraints de prendre position sur l'état de l'école et des services publics, mais aussi sur les violences qui émaillent les manifestations, dans une bataille politique pour séduire la jeunesse.

Parti mi-septembre de la région parisienne, le mouvement, qui réclame un plan de 10 milliards d'euros (près de 16 milliards $ CA) pour les lycées, a progressivement gagné tout le pays.

Mardi, entre 161 500 (selon les autorités) et 480 000 (selon l'intersyndicale de la jeunesse) manifestants ont défilé dans toute la France pour dénoncer les pénuries d'enseignants, les classes surchargées et les bâtiments vétustes.

Jusque-là, les candidats à la présidentielle d'avril-mai 2027 n'en avaient que pour les aînés qui, historiquement, votent davantage, et les débats portaient surtout sur les retraites, l'immigration ou les problèmes de sécurité.

Mais désormais, nul ne peut ignorer l'ampleur de la contestation et le sérieux des revendications, veut croire Gabriel, un lycéen de 15 ans croisé dans une manifestation à Clermont-Ferrand : Nous faisons cela pour être écoutés. [...] On parle de nous à l'étranger, donc le mouvement peut avoir un impact sur la campagne.

Jean-Luc Mélenchon, le leader de la gauche radicale qui a fait de la jeunesse une priorité de son programme, a un coup d'avance. Avec des promesses comme l'abaissement du droit de vote à 16 ans ou la gratuité de l'éducation jusqu'à l'université, il est crédité de plus de 40 % des intentions de vote chez les 18-25 ans.

Son parti, La France insoumise (LFI), est de toutes les manifestations, où ses élus sont régulièrement applaudis – et accusés par leurs rivaux d'instrumentaliser la contestation.

#LaFrancedeMacron

Les autres candidats multiplient eux aussi les interventions destinées à cet électorat, à l'image du social-démocrate Raphaël Glucksmann, qui soutient les revendications lycéennes et propose des mesures de lutte contre le chômage et le remplacement systématique des professeurs absents.

Pour les deux anciens premiers ministres d'Emmanuel Macron – Gabriel Attal (centre) et Édouard Philippe (centre-droit) –, la crise ravive le bilan de deux quinquennats en matière d'éducation sur fond de restrictions budgétaires.

La génération Z a popularisé sur Instagram ou TikTok le mot-clic #LaFrancedeMacron évoquant les difficultés du quotidien entre hausse des prix, précarité étudiante et difficultés d’accès au logement.

Le 10 octobre, Gabriel Attal (37 ans) a présenté un projet de nouveau pacte pour la jeunesse prévoyant notamment la revalorisation des salaires des enseignants et la révision des rythmes scolaires.

À l'extrême droite, la favorite des sondages, Marine Le Pen, privilégie une lecture sécuritaire du mouvement en dénonçant les violences.

Elle cherche à incarner le parti de l'ordre, car elle n'est qu'à 20 % d'intentions de vote chez les 18-25 ans, contre 33 % dans l'ensemble de la population, souligne Antoine Bristielle, directeur de l'Observatoire de l'opinion au centre de réflexion Fondation Jean-Jaurès.

Un manifestant court lors d'une manifestation au milieu de la fumée des gaz lacrymogènes avec la tour Eiffel en arrière-plan.

Un manifestant court lors d'une manifestation au milieu de la fumée des gaz lacrymogènes avec la tour Eiffel en arrière-plan.

Photo : Getty Images / AFP / LOU BENOIST

Abstentionniste

À contre-courant de la plupart des jeunes invités sur les plateaux de télévision, la jeunesse de droite a un nouveau visage : Louise Montangon, étudiante à Bordeaux, qui oppose partisans du chaos et majorité silencieuse, prônant la culture de l'effort, la culture du mérite.

Les blocus de lycées ont été émaillés d'affrontements avec les forces de l'ordre qui ont fait des blessés des deux côtés – plusieurs mineurs ont été grièvement touchés. Selon l'IFOP, 21 % des 18-25 ans considèrent que, dans certaines circonstances, la violence contre des personnes est un moyen acceptable de défendre ses idées.

Mais la jeunesse passera-t-elle de la rue aux urnes?

C'est la grande question, reconnaît Antoine Bristielle, rappelant que les moins de 25 ans sont les plus abstentionnistes, même s'ils se déplacent davantage pour la présidentielle que pour les scrutins locaux. Et une partie des lycéens mobilisés n'aura pas encore l'âge de voter.

La mobilisation actuelle, spontanée et diffusée via les réseaux sociaux, se démarque des mobilisations étudiantes passées, où les syndicats étudiants de gauche étaient très structurés et connectés aux partis, souligne le chercheur. Est-ce qu'ils considèrent que leur vote peut changer les choses ou est-ce qu'ils privilégieront d'autres formes d'expression?

À Strasbourg, Maël Ceherigui, étudiant en classe préparatoire, résume l'incertitude du moment : J'ai énormément de mal à me projeter pour 2027. Je ne me reconnais vraiment nulle part, dans aucun parti politique. [...] Et pourtant, je sens bien que c'est très important.

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