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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayC’est en brandissant le document officiel signé de la main du ministre de la Justice du Canada que Daniel Jolivet s’est présenté, accompagné par son avocat, devant les journalistes sur le parvis du palais de justice de Montréal vendredi. « Je ne vais pas le lâcher! », a lancé Jolivet, 69 ans, promettant même de faire « le faire encadrer ou laminer ».
Ne pas lâcher, c’est ce qu’a fait Daniel Jolivet pendant les 33 ans qu’il a passés derrière les barreaux pour des meurtres qu’il jure n’avoir pas commis. Le matin même, le ministre Sean Fraser a reconnu qu’une erreur judiciaire s’est probablement produite dans la déclaration de culpabilité de M. Jolivet, en 1994. Il a ainsi ordonné la tenue d’un nouveau procès.
C'est un moment de joie, un moment de bonheur, mais un grand moment pour la justice également, a lancé son avocat, Me Nicholas St-Jacques, qui le représente bénévolement depuis 18 ans.
Devant les caméras, alternant entre les sourires et les larmes, Daniel Jolivet a dit être passé par toute la gamme des émotions depuis qu’il a appris la nouvelle plus tôt cette semaine. Les pleurs, les rires, les tremblements, tout.
Mais il n’est pas pour autant tiré d’affaire, maintenant qu’un nouveau procès se pointe à l’horizon. Craint-il de retourner devant les tribunaux? Pantoute!, a-t-il lancé. J'y tiens, puis j'ai vraiment hâte que ça se produise.
Je veux être reconnu non coupable. Je suis non coupable.

Daniel Jolivet, avec en main la lettre officielle signée par le ministre Sean Fraser.
Photo : Radio-Canada / Mathieu Catafard
En 1994, Daniel Jolivet a été reconnu coupable d’un quadruple meurtre survenu deux ans plus tôt, à Brossard.
Les quatre victimes, deux trafiquants de drogue, dont un bon ami de Jolivet, et deux femmes, ont été retrouvées criblées de balles. Jolivet a été arrêté et accusé des meurtres la semaine suivant les meurtres.
Il a toujours clamé son innocence, même après avoir été admissible à une libération conditionnelle après 25 ans derrière les barreaux.
Depuis, des enquêtes journalistiques, dont celle de Radio-Canada, ont permis de mettre au jour de nouveaux éléments de preuve qui ont attaqué la théorie de la poursuite. Daniel Jolivet a toujours maintenu que les procureurs de l’époque lui avaient caché des éléments de preuves qui auraient pu le disculper.

Daniel Jolivet a toujours clamé son innocence.
Photo : Radio-Canada / Mathieu Catafard
La balle dans le camp du DPCP
Pourtant, la tenue réelle d’un nouveau procès est tout sauf certaine. Les procureurs vont devoir faire une analyse exhaustive de la preuve, et prendre une décision, a expliqué en entrevue le porte-parole du DPCP, Me Lucas Bastien.
Ce processus pourrait prendre plusieurs mois, a-t-il prévenu. Ne pas faire ça, ce serait couper les coins ronds.
Il faut d'abord déterminer si la preuve est suffisante pour qu'un jury puisse conclure à la culpabilité [de M. Jolivet]. Et la deuxième question, c'est "est-ce c'est dans l'intérêt public de poursuivre les procédures?”
Si la réponse est non, alors on aura le pouvoir de mettre fin aux procédures.
Mais ce n’est pas l’issue que souhaite Daniel Jolivet. Je ne veux pas qu'on abandonne les procédures. Pantoute. Je veux un nouveau procès depuis le 14 novembre 1992, a-t-il lancé aux journalistes vendredi.
Il dit ailleurs avoir hâte de témoigner pour sa défense, ce qu’il n’avait pas fait à l’époque.
Pour une victime d'erreur judiciaire comme M. Jolivet, c'est important ultimement d'entendre le mot "acquitté" , parce que ces personnes-là ont passé à travers une dure épreuve, une longue épreuve, remplie d'obstacles, et se sont battues pour leur innocence toute leur vie, a expliqué son avocat, Me St-Jacques.
Arriver au bout du processus et entendre "arrêt des procédures", ça met un couvercle à l'histoire, mais ça ne permet pas d'avoir une fin définitive, a-t-il estimé.
C'est ce qu'il veut entendre, que le procès ait lieu ou non, c’est le mot "acquitté". Il veut entendre un juge lui dire : "Monsieur Jolivet, vous n'êtes pas coupable."

L'avocat de Daniel Jolivet, Nicholas St-Jacques, lors d'un point de presse sur les marches du palais de justice de Montréal le 17 juillet 2026.
Photo : Radio-Canada / Mathieu Catafard
J’étais plus capable
Libéré sous caution en décembre dernier, Daniel Jolivet dit avoir vécu des mois difficiles, dans l’attente d’une décision du ministre de la Justice. C'était pas rose, parce que ça me roulait tout le temps dans la tête, a-t-il dit vendredi.
Il avait d’ailleurs bien failli perdre cette liberté il y a quelques semaines lorsque ses avocats, garants de sa caution, avaient demandé une audience d’urgence pour retirer leur cautionnement, invoquant son état de santé mentale. L’audience avait finalement été reportée, Jolivet ayant été admis dans un hôpital psychiatrique le jour même.
J'étais plus capable.
En attendant le fin mot de son histoire, Daniel Jolivet entend poursuivre sa thérapie afin de se réacclimater au monde libre.
Mais surtout, je vais aller à la pêche, a-t-il lancé . J’ai mon permis. Je me suis acheté des agrès et des lignes de pêche, a-t-il ajouté, visiblement enthousiaste.


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