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En Ukraine, le rêve paralympique comme remède à la guerre

2 months ago 29

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Il y a un an, Vitaly n’aurait pas envisagé qu’il passerait autant de temps sur la patinoire.

C’est la guerre qui l’y a mené.

Le soldat a été blessé par un tir de mortier près de Pokrovsk, dans l’est de l’Ukraine, l’an dernier. Sa jambe gauche a été amputée.

Une prothèse dans un vestiaire, à Kiev.

De nombreux soldats ukrainiens ont perdu des membres en raison de la guerre.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Dans le vestiaire d’un aréna de la périphérie de Kiev, il prend part à ce qui est désormais devenu une routine hebdomadaire. Enlever sa prothèse, puis enfiler le chandail et l’équipement de protection, avant de se rendre, à l’aide de béquilles, vers la glace.

Vitaly est l’un des dizaines de milliers de soldats à avoir perdu un membre sur le champ de bataille qui participent à un programme de rééducation.

Chaque personne a sa propre histoire, mais nous avons un but commun : nous entraîner, gagner et atteindre de nouveaux sommets, lance-t-il.

Vitaly a été gravement blessé l'an dernier dans l'est de l'Ukraine.

Vitaly a été gravement blessé l'an dernier dans l'est de l'Ukraine.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Sur la glace, il rejoint Mikhaylo, un autre vétéran, qui, lui, a été gravement blessé lors de la contre-offensive ukrainienne de 2023.

C’est comme dans l’armée. Nous sommes une équipe et nous devons défendre un but.

Dans ces séances sportives, il retrouve la solidarité qui a marqué son passage dans les rangs de l’armée.

Ils voient d’autres personnes qui sont dans la même situation et leur parlent, explique l’entraîneur Nikita Gerya, qui assure voir beaucoup plus de sourires après les entraînements qu’au moment de sa première rencontre avec les joueurs.

En ce mercredi matin, l’affrontement entre joueurs vêtus de bleu et ceux vêtus de jaune est amical. Mais des parties contre d’autres équipes sont aussi organisées. Et le but de certains de ces joueurs est d’éventuellement participer à des compétitions internationales.

Pour eux, c’est un rêve de pouvoir participer à des championnats du monde, voire aux Jeux paralympiques.

L'entraîneur Nikita Gerya constate l'importance du sport comme outil de réadaptation.

L'entraîneur Nikita Gerya constate l'importance du sport comme outil de réadaptation.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Un pays qui se démarque aux Jeux

Si des hockeyeurs ukrainiens n’ont jamais foulé la glace paralympique, le pays s’est démarqué dans de nombreuses autres disciplines.

Dès les années 1990, l’Ukraine a accordé de l’importance au parasport. Le président du Comité paralympique ukrainien, Valeriy Sushkevych, y voit une manière de se démarquer de l’Union soviétique (URSS), à laquelle appartenait Kiev jusqu’à son indépendance, en 1991.

En URSS, les handicapés étaient absents. On ne les voyait pas dans les rues. Cela faisait partie de la propagande, explique celui qui est aussi aujourd’hui député à la Rada, le parlement ukrainien.

Valeriy Sushkevych, président du Comité paralympique ukrainien.

Valeriy Sushkevych, président du Comité paralympique ukrainien, dénonce la présence d'athlète russe aux Jeux de Milan-Cortina.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Valeriy Sushkevych est bien placé pour savoir de quoi il parle. Atteint de la polio, il se déplace en fauteuil roulant. Dans sa jeunesse soviétique, il a rencontré bien des embûches pour pouvoir organiser des entraînements de natation pour personnes handicapées.

Depuis des décennies, il dirige le Comité paralympique ukrainien et supervise les victoires de son pays.

Après une première participation aux Jeux paralympiques d’Atlanta, en 1996, l’Ukraine n’a cessé d’impressionner, jusqu’à récolter 117 médailles en 2016 à Rio et terminer en troisième position au classement, devant les États-Unis.

Des athlètes ukrainiens ont manifesté contre l'invasion de leur pays lors des jeux d'hiver de Pékin, en 2022.

Des athlètes ukrainiens ont manifesté contre l'invasion de leur pays lors des jeux d'hiver de Pékin, en 2022.

Photo : Getty Images / Comité international paralympique / Alex Davidson

Si l’Ukraine sera bel et bien représentée à Milan-Cortina, ses ambitions sont réduites par les impacts de la guerre qui frappe le pays depuis plus de quatre ans.

Dès l’annexion de la Crimée, en 2014, l’Ukraine a perdu l'accès à un grand site d'entraînement aux abords de la mer Noire. Puis, de nombreuses infrastructures sportives ailleurs ont été frappées par des missiles ou des drones, forçant parfois les athlètes à s’entraîner à l'extérieur des frontières du pays.

C’est sans compter les défis financiers que pose la guerre.

Il n’y a pas d’argent aujourd’hui, parce que l’argent va à la guerre, à notre défense.

Des jeunes s'entraînent devant le stade endommagé de Chernihiv, en Ukraine.

Plusieurs infrastructures sportives, comme le stade de Chernihiv, ont été endommagées par la guerre.

Photo : Reuters / Maksym Kishka

Dans son bureau, non loin du stade olympique de Kiev, Valeriy Sushkevych ne cache donc pas sa frustration à l’idée de voir des athlètes russes défiler sous leur bannière et leur hymne, alors qu’ils en étaient privés depuis 2022.

Les athlètes ukrainiens, imités par ceux de Finlande, la Pologne et l’Estonie, boycottent la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques, à Vérone.

Mais l'Ukraine entend bel et bien être au rendez-vous sur la glace et les pistes pour obtenir des médailles.

Ce rêve de faire rayonner à l’étranger leur pays abîmé par de nombreuses années de guerre anime d’ailleurs de nombreux sportifs amateurs, comme Vitaly et Mihaylo.

La Fédération ukrainienne de hockey a reçu un appui canadien.

La Fédération ukrainienne de hockey a reçu un appui canadien.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery

Sur les murs de leur aréna de la périphérie de Kiev, on aperçoit un unifolié. Sa présence rappelle l’aide canadienne à la Fédération ukrainienne de hockey, signe que, malgré les difficultés, ces joueurs peuvent compter sur des appuis.

Âgé dans la cinquantaine, Vitaly ne croit pas qu’il pourra participer aux Jeux paralympiques. Mais il espère que son parcours et sa rééducation inspireront de plus jeunes victimes de cette guerre, qui a privé de membres des dizaines de milliers d’Ukrainiens.

Je veux qu’ils voient que, malgré les épreuves, on peut continuer, lance-t-il.

Pour de nombreux blessés de guerre comme lui, il s’agit d’une victoire qui vaut bien des médailles.

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