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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayEn 2019, je me suis rendu à Churchill et j’ai pris place dans une petite embarcation sur la rivière Churchill. Des bélugas faisaient surface autour de nous, si près que nous pouvions presque les toucher. Ils étaient curieux, sociables et parfaitement chez eux. Des milliers d’entre eux s’y rassemblent chaque été.
Ce souvenir m’accompagne alors que le gouvernement de Mark Carney fait la promotion de corridors de transport et d’énergie dans le Nord canadien.
Le 15 septembre, j’ai pris la parole à Reclaiming the North, une conférence organisée à Winnipeg par le Frontier Centre for Public Policy, un groupe de réflexion de droite. Je n’ai pas accepté cette invitation pour poser des questions que l’enthousiasme entourant le développement peut facilement reléguer au second plan.
L’une des idées présentées et débattues lors de la conférence était la création d’un corridor de ressources et d’énergie dans le Nord canadien. Un corridor est une voie réservée à la construction future de routes, de chemins de fer, de lignes électriques, de pipelines et de réseaux de communication.
À première vue, l’idée semble pratique : approuver un tracé qui pourrait accueillir différents types d’infrastructures. Le Canada préparerait ainsi un corridor avant même de savoir quelles entreprises l’utiliseraient, quels projets y seraient réalisés ou quels produits y seraient transportés.
C’est également là que réside son principal danger. Consentir à une ligne sur une carte pourrait devenir un chèque en blanc autorisant les gouvernements et les entreprises à décider plus tard de ce qui y circulera.
Robert Falcon Ouellette est un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan. Il se spécialise dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques. Il est titulaire d'un doctorat et de deux maîtrises de l'Université Laval. Il a également servi au sein des Forces armées canadiennes et a été député libéral fédéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019. Il est aujourd'hui professeur agrégé à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa.
Décider avec les Premières Nations
Pour certaines Premières Nations, le développement du Nord peut créer des emplois, attirer des investissements, améliorer les transports et générer des revenus autonomes. Les nations autochtones peuvent devenir propriétaires et investisseuses plutôt que de demeurer spectatrices pendant que les richesses quittent leurs territoires. Nous ne nous opposons pas automatiquement au développement. Nous voulons participer aux décisions qui détermineront ce que signifie réellement ce développement.
Mais un véritable partenariat exige des relations. Les entreprises qui souhaitent construire dans le Nord doivent consacrer du temps et des ressources à ces relations bien avant de demander une autorisation. Elles doivent continuer à y investir après le début des travaux. La consultation constitue le minimum légal. Une réunion, une présentation ou une case cochée sur un formulaire gouvernemental ne peut créer la confiance.
L’an dernier, le gouvernement Carney a adopté à une vitesse extraordinaire le projet de loi C-5, qui a édicté la Loi visant à bâtir le Canada. Cette loi permet au Conseil des ministres de désigner des projets comme étant d’intérêt national, d’accélérer les autorisations fédérales et d’écarter ou de remplacer certaines exigences environnementales.
Je l’ai appelée la Loi sur les Indiens 2.0.
La Loi sur les Indiens repose sur la conviction qu’Ottawa sait ce qui convient aux Premières Nations et peut décider à leur place. Loi visant à bâtir le Canada risque de faire renaître cette habitude au nom de l’urgence économique. Les peuples autochtones redeviennent alors des obstacles au développement ou des risques pour l’investissement. La réconciliation est la bienvenue, mais seulement lorsqu’elle ne retarde pas une mine, un pipeline, un port ou le programme d’un gouvernement.
L’approche de Carney n’accorde pas suffisamment d’importance au processus. C’est au cours de ce processus que les gens s’écoutent, que les désaccords sont abordés et que des relations durables se construisent. Le Canada est un pays composé de nombreuses nations et communautés. Rien d’important ne se construit seul.
Si Carney tente de prendre des raccourcis, les Premières Nations pourraient s’opposer à des projets qu’elles auraient autrement pu appuyer. Non pas parce qu’elles rejettent le développement, mais parce que les gouvernements et les entreprises ne les auront pas incluses honnêtement dès le départ. Une nation doit conserver le droit d’appuyer un projet, de le refuser ou de lui imposer des conditions contraignantes.

Pendant l'été, les bélugas affluent dans la rivière Churchill pour se nourrir, s'accoupler et donner naissance à leurs petits. (Photo d'archives)
Photo : CBC / Darren Bernhardt
Churchill, un écosystème fragile
Prenons le port de Churchill. L’ouest de la baie d’Hudson abrite la plus importante population de bélugas au Canada, estimée à environ 55 000 animaux. Chaque été, des milliers d’entre eux se rassemblent dans les estuaires des rivières Churchill, Nelson et Seal pour se nourrir, mettre bas et élever leurs petits. Il ne s’agit pas d’une voie maritime vide. Il s’agit d’une pouponnière.
Un déversement de pétrole dans cette région ne ressemblerait pas à un accident survenu près d’un grand port du Sud. Churchill est isolée. L’eau, froide, la glace et les conditions météorologiques difficiles compliqueraient le nettoyage. La baie d’Hudson est une mer semi-fermée dont les échanges d’eau par le détroit d’Hudson sont limités. La contamination pourrait persister longtemps après que l’attention nationale se serait déplacée ailleurs.
La plupart des Canadiens ne le remarqueraient peut-être jamais. Les bélugas, eux, le remarqueraient. Les habitants de Churchill aussi. Les Inuit, les Cris, les Dénés et les autres peuples du Nord devraient vivre avec les conséquences.
Le Canada a besoin d’infrastructures et d’une présence plus forte dans le Nord. Mais reprendre possession du Nord ne peut signifier le réclamer de nouveau au profit de gouvernements et d’entreprises éloignés. Les projets réussissent lorsque tout le monde est inclus et que les relations sont considérées comme des infrastructures essentielles.
Avant de demander à quelle vitesse nous pouvons construire, Carney devrait se demander si son gouvernement a établi les relations nécessaires à la réussite, qui prendra les décisions et ce que nous refusons de détruire.
Petits bélugas dans la mer d’un bleu profond
Nagez au large, nagez libres à l’horizon
Le pétrole ne nourrit ni vos corps ni vos chants
Nos profits et nos projets ne sont pas vos tourments.


1 month ago
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