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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLes rues Hart, Tonnancour et Badeaux, sont toutes nommées en l’honneur de familles de notables qui ont contribué au développement et au rayonnement de la ville de Trois-Rivières. Toutefois, un aspect de l’histoire de ces familles réputées demeure méconnu. Au 18e siècle, elles ont toutes participé à la vente et à l’achat d’esclaves noirs, dont certains étaient des enfants.
Les écrits du notaire Jean-Baptiste Badeaux, bien connu à Trois-Rivières, en sont la preuve.
Ces greffes, conservées aux Archives nationales du Québec à Trois-Rivières, contiennent des milliers d’actes notariés, dont certains du 18e siècle. Parmi celles-ci, on trouve des documents portant sur la vente de terres, de biens, mais aussi de personnes noires.
Des personnes qui sont parfois listées dans les inventaires d’un testament, entre deux objets.

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Élaine Bérubé est archiviste-coordonnatrice, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (Trois-Rivières).
Photo : Radio-Canada
Des esclavagistes reconnus, des esclaves oubliés
Le nom de la famille Hart est bien connu à Trois-Rivières. Ceux des esclaves qu’elle possédait le sont moins. Aaron Hart est, au sens propre, un esclavagiste. Il a acheté et vendu plusieurs esclaves, dont un adolescent et un bambin.
L’une de ses transactions impliquait l’achat immédiat d’un jeune garçon noir nommé Pompey, âgé de 13 ans. L’achat a été conclu à la résidence des Hart, pour la somme de 52 livres et 10 shillings, en septembre 1774.

L'origine du jeune garçon de 13 ans ainsi que le sort de ses parents restent inconnus, les documents ne fournissant aucune information à ce sujet.
Photo : Radio-Canada / François Genest
Il est difficile de retracer l’histoire du jeune adolescent, dont le nom a été francisé en Pompée au terme de son rachat.
À l’instar de nombreux esclaves vendus par-devant notaire, tel Jean-Baptiste Badeaux, peu d’informations étaient consignées à propos des individus concernés par ces transactions. Sur les documents sont inscrits leur état de santé, pour assurer leur aptitude à travailler, leur âge, souvent approximatif, et leur nom, qui était parfois modifié.
Jenny, ou Genni, ou Jane
En 1786, Aaron Hart a également acheté Jenny, une femme esclave noire , âgée de 26 ans, 12 ans après l’acquisition de Pompey. Son nom est écrit parfois Jenny, parfois Genni et parfois Jane.
Jenny n’est pas vendue seule. Elle vient avec sa fille de six mois, Mary. Avant de souffler ses trois bougies, la petite Mary fut vendue à trois reprises, toujours en compagnie de sa mère.
En effet, Jenny et Mary ne sont pas restées longtemps la propriété des Hart. Elles ont été vendues à Charles-Antoine Godefroy, chevalier de Tonnancour, issu d'une autre famille bien connue de la ville de Trois-Rivières.

Il est difficile de déterminer avec certitude le nombre exact d'esclaves que possédaient les familles influentes de Trois-Rivières. La documentation est rare, se limitant principalement aux actes de vente conservés dans les minutes des notaires.
Photo : Radio-Canada
La mère et la fille ne sont ni les premières ni les dernières esclaves des familles Hart et Godefroy de Tonnancour. Le chevalier vend Jeny et Mary à son tour, à John Macpherson, en 1788.
Pour par mondit Sieur acquéreur en fair et disposer comme de Choses à lui appartenant
La mère et la fille seront ensuite séparées. Jenny sera rachetée par Zachary Macaulay, gérant des Forges de Saint-Maurice, puis sera incarcérée à la prison de Trois-Rivières.
Jenny est affranchie en 1796, mais on ignore ce qu’il advient de la petite Mary.

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Frank Mackey et la journaliste Naomie Duckett Zamor ont examiné les greffes de Jean-Baptiste Badeaux, un notaire de Trois-Rivières.
Photo : Radio-Canada / François Genest
Un contexte différent
L’histoire de Jenny illustre parfaitement la manière dont les esclaves étaient achetés et revendus sans complexe à cette époque.
Pour comprendre cette réalité, il faut reculer dans l’histoire, à la fin du 18e siècle, époque à laquelle l’esclavagisme était une pratique courante, tant avec les membres des Premières Nations qu'avec les personnes afrodescendantes.
La possession d’esclaves était un signe de noblesse pour les familles aisées.
À l’époque, on achetait des seigneuries, on achetait des esclaves, ça faisait partie du statut social , explique le passionné d’histoire, François Roy.
L’esclave était la propriété de son maître, considéré comme un bien mobilier qui pouvait être donné, prêté, échangé ou vendu. Au Québec, les esclaves étaient principalement affectés à des tâches ménagères.

Selon Frank Mackey, le fait que ces histoires demeurent méconnues empêche certaines personnes afrodescendantes d'avoir accès à l'histoire de leurs propres familles.
Photo : Radio-Canada / François Genest
Ce n’était pas des esclaves comme aux États-Unis, sur les plantations. […] Ce n’était pas caractérisé par la violence qu’on voyait aux États-Unis, explique le chercheur indépendant Frank Mackay.
Cet auteur de deux livres sur l’esclavagisme au Québec précise que ce n’était pas les fouets et les tortures qu’ils enduraient à certains autres endroits.
Il insiste toutefois sur le fait que, même si au Québec, c’était moins cruel physiquement et moralement, les esclaves n’étaient pas libres. Il arrivait que les maîtres les soumettaient à la violence.
L’histoire oubliée de certaines familles nobles
Les familles Hart et Godefroy de Tonnancour n’étaient pas seules à avoir des esclaves à Trois-Rivières et en Mauricie. C’est là un pan de l’histoire locale qui a été peu abordé. D’autres membres de ces familles auraient également eu des esclaves.

Selon François Roy, il est crucial de souligner que le système de valeurs de l'époque était en totale divergence avec celui d'aujourd'hui et que l’esclavagisme faisait partie des mœurs.
Photo : Radio-Canada / François Genest
Le phénomène de l’esclavage est très connu, mais on ne peut pas s’imaginer que c’était applicable dans une petite ville comme Trois-Rivières, souligne François Roy.
La famille Badeaux, célèbre notamment pour avoir compté plusieurs notaires à Trois-Rivières, a pourtant officialisé de nombreuses transactions de vente d’esclaves par des actes notariés.
Il y a une histoire très riche ici, à tous points de vue, et même au point de vue de l’esclavage, et on a tendance à oublier ça.
Pour M. Mackay, il n’est pas surprenant que l’on en connaisse peu sur ces facettes de certaines familles. Les propriétaires d’esclaves n’étaient pas friands des histoires qui parlaient de leur rôle dans l’esclavage, car ce n’était pas un honneur.
Le nombre exact d’esclaves que possédaient les familles influentes de Trois-Rivières est difficile à déterminer avec certitude, comme il existe peu de documentation à cet effet.

On retrouve la mémoire de la famille Hart à plusieurs endroits dans la ville de Trois-Rivières.
Photo : Radio-Canada / François Genest
Contrairement à ces familles célèbres, dont les noms ornent des rues, des édifices et des plaques commémoratives, l’histoire a effacé la mémoire de ceux qui les ont servies. Leur nom ne survit que dans les actes notariés de leur vente.
Certains sont décédés à Trois-Rivières et reposent dans les cimetières de la ville, sans pour autant être répertoriés.
En mars 2025, l’ONU a reconnu la traite des esclaves africains comme le plus grave des crimes contre l’humanité.

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Le reportage de Naomie Duckett Zamor
Photo : Radio-Canada


1 month ago
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