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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayPARIS, France - Depuis plusieurs années, des administrations municipales françaises ont fermé les yeux sur des agressions sexuelles et des violences au sein même des services de garde pour la petite enfance. Paris est d'ailleurs devenue l’épicentre de ce scandale et les parents ne décolèrent pas face à l’inaction des pouvoirs publics.
En septembre dernier, Isabelle et Sébastien avaient trouvé ce qu’ils pensaient être un bon service de garde à l’école maternelle pour Jeanne, leur fille de 2 ans et demi.
Avertissement
Des informations contenues dans cet article pourraient heurter certains lecteurs.
Aujourd'hui, dégoûtés par l’école St-Dominique dans le 7e arrondissement, ils ont retiré leur fille du service. Ils témoignent dans l’ombre, à cause du malaise et de la peur de représailles.
Il y avait plein de petits signes qu'on n'a pas voulu voir, auxquels on n'était pas préparés, se souvient Isabelle. C'est-à-dire que notre fille, un peu avant les vacances de Noël, a commencé à refaire pipi au lit la journée.
Depuis, la petite Jeanne bégaie et garde des traces psychologiques de son passage au service de garde, qu’on appelle en France le périscolaire.
Sébastien est désemparé. Notre fille parle d'un loup constamment le soir pendant le bain. Elle nous dit qu’il y a le loup qui va venir la manger et que le loup au dortoir lui a fait du mal à elle et ses copines, raconte-t-il.
Ce qui a mis la puce à l’oreille des parents, c’est un reportage de l’émission Cash investigation diffusée sur France 2, le 29 janvier dernier, notamment sur cette école et d’autres établissements.
On y voit des scènes de violence filmées par une caméra cachée et on y entend des témoignages d’enfants racontant ce qu’ils ont vécu, comme des attouchements sexuels et des agressions.

Un rassemblement de parents et d'enfants sur le parvis de l'hôtel de ville de Paris pour briser le silence qui entoure les abus sexuels dans les garderies périscolaires.
Photo : hans lucas/afp via getty images / AMAURY CORNU
À l’époque, des parents font des signalements, mais ils ne sont pas vraiment entendus. Finalement, neuf animateurs seront suspendus pour des violences, des agressions sexuelles et des viols.
Le plus dur, c'est quand même les bisous sur la bouche en France, explique Sébastien. Un bisou sur la bouche à un mineur, de la part d'un adulte, c'est une agression sexuelle.
Le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, qui faisait partie de l'administration précédente et qui, selon les parents, a aussi fermé les yeux sur le scandale des services de garde, dit vouloir agir immédiatement.
Je ne veux pas vous dire que c'était la faute de l'administration et que je vais couper trois têtes pour faire croire que ça va régler le problème, ce serait me défausser, a déclaré Emmanuel Grégoire.

Le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, dit vouloir prendre le taureau par les cornes dans le scandale des agressions dans les services de garde.
Photo : hans lucas/afp via getty images / RICCARDO MILANI
Avec un investissement de 20 millions d'euros, le maire a annoncé une commission indépendante sur le périscolaire, ainsi qu’une révision des procédures de recrutement et des signalements de cas.
Je n'aurai pas la main qui tremble sur chacun des cas où je considère qu'il y a eu des manquements individuels, précise Emmanuel Grégoire.
Depuis le début de l'année 2026, à Paris, ce sont 78 agents des services de garde qui ont été suspendus, dont 31 pour suspicion de violences sexuelles.
En 2021, Élisabeth Guttman, qui a retiré son enfant d’une école parisienne touchée par le scandale, a décidé de lancer un site Internet pour recenser les signalements d’agression, SOS Périscolaire.
En quelques jours, on a reçu presque quatre ans de témoignages, et c'est là où on s'est rendu compte, vraiment, qu'il y avait une ampleur, mais qu'on ne soupçonnait pas, résume-t-elle.

Le site SOS périscolaire répertorie les signalements d'agressions dans les services de garde partout en France
Photo : Capture d'écran
Aujourd'hui, sur la carte de France, des signalements de parents, il y en a plus de 430 de répertoriés. Néanmoins, il y en a encore 150 qu' on n'a pas encore inclus, donc c'est vraiment une problématique qui est nationale, ajoute-t-elle.
Résultat : des parents s’organisent et préparent des poursuites en justice. Les témoignages que l’avocate Negar Harei a reçus vont de crises de colère d'enfants qui n'étaient pas expliquées jusqu’à une petite fille qui s'est retrouvée avec une lésion anale.
Ce que j'ai vu pendant les trois premiers mois, et ça continue encore, c'est que les parents ont été livrés à eux-mêmes, à essayer de trouver des psychologues qui, tous, ne leur disaient pas la même chose pour comprendre quoi faire. Et donc là, on ne parle même pas à ce stade de la justice, explique-t-elle.

Les témoignages que l’avocate Negar Harei a reçus sont nombreux et variés.
Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould
Aucune recommandation d'accompagnement de professionnels, de psychologues, de médecins, de responsables politiques ou de responsables de l'éducation nationale, par exemple, dont elle attendait des nouvelles, n'est venue. Ces manifestations-là, en faveur des parents d'enfants victimes, n'ont pas eu lieu, déplore-t-elle.
L'avocate, qui représente plusieurs parents de l’école St-Dominique, dénonce la lenteur de la justice pour des familles dépourvues et à bout de patience.
Ça fait trois mois que les faits ont été portés à la connaissance des parents, ça fait trois mois que des parents ont porté plainte. Depuis, on n'a aucune information.
On rapporte des suspensions administratives par les écoles, mais aucune interpellation de suspects, ce qui en dit long sur l’état de la justice en France, selon Me Haeri.
Quelle preuve, outre la parole des enfants, va-t-on pouvoir obtenir pour les mettre en cause? Là, c'est une défaillance majeure de la justice qui n'est pas suffisamment rapide, qui ne mobilise pas suffisamment d'effectifs ni de moyens pour ce genre d'infraction, affirme-t-elle.
De son côté. Isabelle espère malgré tout que les responsables seront punis un jour. Il faut absolument qu' on se dise que tout ça a servi à quelque chose et que cette histoire n'est pas arrivée pour rien, parce que c'est trop difficile, admet-elle.
En attendant, ébranlés, elle et Sébastien cherchent encore un établissement digne de confiance pour leur petite Jeanne.

3:35
Le reportage de Frédéric Arnould


1 month ago
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