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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayIls sont médecins ou avocats originaires d’Haïti, formés notamment au Canada et parfaitement francophones. Mais ils sont dans l’impossibilité de faire une demande d'asile. Et sans possibilité non plus d'exercer leur profession. « On est bloqués », résume Ariel Lalanne, un médecin de Port-au-Prince, désormais installé sur la Rive-Nord de Montréal.
Arrivé au Canada l’an passé, en compagnie de sa sœur avocate, Gwenaëlle Lalanne, et de leur amie Christine Hilaire, également médecin, Ariel Lalanne et ses collègues sont victimes d’une mesure passée globalement inaperçue dans l’ensemble des nouvelles règles d’immigration mise en place par le gouvernement fédéral de Mark Carney.
Leur tort? Être venus au Canada par le passé pour une formation. Un séjour professionnel de quelques semaines qui les prive finalement de la possibilité de faire une demande d’asile. C’est kafkaïen, résume leur avocate québécoise Paule Robitaille.
Une demande d’asile non recevable
Pour parfaire et valider leur diplôme, ces professionnels haïtiens ont effectué un stage dans des établissements québécois en 2024. À l’issue de ce dernier, ils sont cependant repartis en Haïti, malgré la violence locale qui se perpétue depuis plusieurs années.
On pensait vraiment poursuivre notre vie en Haïti, on n’avait pas prévu de rester au Canada, indique Christine Hilaire.
Mais leur situation familiale s’est rapidement compliquée. On a reçu des menaces, on a essayé de nous kidnapper et on a donc décidé de laisser Haïti et de jeter les voiles, explique Ariel Lalanne, 29 ans, qui a déjà vu une partie de sa famille immigrer à Montréal.
Problème : la loi C-12, qui vise à renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada, est entrée en vigueur en mars dernier (nouvelle fenêtre), avec une mise en application rétroactive, et leur demande d’asile n’est plus jugée recevable. Elle ne peut ainsi même pas être étudiée.
C’est une situation absurde. Ils sont vraiment tombés dans une craque et on ne peut rien faire.
Selon les nouvelles mesures d’Immigration Canada, les demandes d’asile présentées plus d’un an après l’entrée initiale d’une personne au Canada ne peuvent plus être étudiées par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR).
Dans les limbes
Ils sont dans les limbes, affirme Me Paule Robitaille. Ils ne peuvent pas faire une demande d’asile, mais ils ne peuvent pas être expulsés, car il y a un moratoire visant les personnes d'Haïti. S’ils savaient que leur passage au Canada poserait un problème, ils seraient allés finir leur formation ailleurs, comme en France.
On est donc sans statut et on ne peut rien faire, regrette Ariel Lalanne, qui s’est spécialisé dans les chirurgies mineures.
Le gouvernement a créé une nouvelle classe de personnes qui sont ici, mais qui ne peuvent rien faire et qui ne seront jamais des citoyens canadiens.
Nous comprenons que les personnes touchées par ces changements puissent vivre de l’incertitude et du stress, reconnaît Immigration Canada, qui a pris de nombreuses mesures afin de diminuer le nombre de demandeurs d’asile arrivant au Canada.
Ces nouvelles exigences de recevabilité ont toutefois été mises en place dans un contexte de pressions migratoires mondiales croissantes et d’une hausse importante du nombre de demandes d’asile au Canada, précise un porte-parole du ministère de l’Immigration.
[Ces mesures] visent à préserver la viabilité et l’intégrité du système d’octroi de l’asile afin que la protection demeure accessible aux personnes qui en ont besoin.
Coincés au Canada, sans possibilité d’évolution
Depuis quelques semaines, avec leur avocate et différents organismes, ces professionnels explorent leurs options. En vain. On ne peut pas étudier, on ne peut pas faire de formation, assure Christine Hilaire. Techniquement, on est ici [au Québec], mais on est condamnés à rester entre quatre murs.
Si on n’avait pas continué notre formation au Québec, on aurait pu devenir des réfugiés. C’est absurde, c’est un non-sens.
Pourtant, il manque des médecins, c’est évident, soutient le docteur Harry-Max Prochette, directeur médical au CISSS de Lanaudière, qui tente de venir en aide à ces professionnels haïtiens.
On engage en ce moment des médecins à l’extérieur pour combler des besoins, et là, on se prive de personnes qui pourraient aider, alors qu’ils ont une formation faite ici. Le gouvernement pourrait revenir sur ses mesures et aménager des exceptions, reprend-il.
Le gouvernement refuse de voir le côté humain de cette décision. Il y a des milliers de personnes visées par cette loi. Ce sont des milliers de gens potentiels, des professionnels, qui ne peuvent pas avancer, déplore Paule Robitaille. Ce sont des vies, du vrai monde, qui ont beaucoup de choses à offrir au Canada.


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