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De Long Plain à l’Assemblée des chefs du Manitoba, l’ascension de Kyra Wilson

2 months ago 17

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Élue l’année dernière grande cheffe de l’Assemblée des chefs du Manitoba (ACM), Kyra Wilson n’a pas chômé depuis sa nomination.

D’origine anishinaabe (ojibwé) et nehiyaw (crie), cette travailleuse sociale de formation est la deuxième femme à diriger l’ACM, après Cathy Merrick, morte subitement en septembre 2024.

À 39 ans, elle est l’une des plus jeunes grands chefs du pays. Ses priorités : les enfants, la protection de la jeunesse et la santé mentale, des questions fondamentales pour les Premières Nations.

Espaces autochtones l’a rencontrée en marge du Sommet de l’Assemblée des Premières Nations sur les infrastructures et le développement économique, à Montréal.

C’est justement sa préoccupation pour la protection des enfants qui, de fil en aiguille, a amené Kyra Wilson en politique.

Je cherchais ma voie, raconte-t-elle. Je voulais devenir décoratrice d'intérieur. Sa tante, qui est travailleuse sociale, l’a plutôt convaincue de suivre ses pas pour venir en aide aux membres des Premières Nations dont les enfants sont placés en famille d'accueil.

Le passage en politique s’est fait tout naturellement, après plusieurs années dans la protection de l’enfance. Quand je travaillais dans les services à l'enfance et à la famille, je pensais que je pourrais changer le système de l’intérieur, dit-elle. Mais j'ai constaté que c’est impossible, parce qu’on se heurte à des politiques et à des lois.

À une occasion, on lui a demandé de placer un bébé dès sa naissance, simplement parce que la mère refusait de parler aux travailleurs sociaux. En tant que mère, cette demande, qu’elle trouvait injuste, l’a profondément remuée. J'avais vraiment du mal avec ça et je ne voulais pas faire le travail qu'on me demandait.

Après des discussions avec le grand chef de l’ACM de l’époque, Derek Nepinak, elle lui a fait part de ses doutes. Je lui ai dit : ''il faut trouver une façon de faire les choses différemment pour nos familles''. Le chef a alors créé le Bureau de défense des familles des Premières Nations, pour lequel elle a commencé à travailler.

Kyra Wilson parle à un micro.

Kyra Wilson lors de l'Assemblée générale des Premières Nations à Winnipeg, en septembre 2025.

Photo : La Presse canadienne / John Woods

Ce contact plus étroit avec le gouvernement, les chefs et les communautés l’a incitée à se lancer en politique, en briguant le poste de cheffe de sa communauté de Long Plain, située 95 kilomètres à l’ouest de Winnipeg, en avril 2022. Un rôle qu’elle a assumé pendant un peu plus d’un an et demi, mais qu’elle a trouvé difficile.

Quand on est chef, on a des ressources limitées, remarque Mme Wilson. On doit constamment demander au gouvernement de débloquer des fonds.

Il faut également toujours être prêt à répondre à toutes sortes de demandes.

Chaque jour, lorsqu'on ouvre les yeux, on ne sait jamais ce qui peut vous tomber dessus. Quand on décroche le téléphone, on ignore quelle crise on va devoir gérer.

Lorsqu’elle était cheffe, elle s’est notamment battue pour obtenir justice pour deux femmes de sa communauté retrouvées mortes dans un dépotoir.

Être chef, c'est un travail colossal, plus que pour n'importe quel autre fonctionnaire du gouvernement, à mon avis. Les chefs sont sur tous les fronts.

Son mandat s'est terminé de façon un peu brutale en décembre 2023 lorsqu'un tribunal a accepté la contestation d'un ancien chef, David Meeches, qui demandait la tenue d'un nouveau scrutin, alléguant qu'une tempête de neige avait empêché certains membres de la communauté de voter. Kyra Wilson ne s'est pas représentée à cette élection partielle, qui a été remportée par M. Meeches.

L’Assemblée des chefs du Manitoba a été fondée en 1988 par les chefs de la province afin de défendre les intérêts des Premières Nations du Manitoba face aux gouvernements fédéral et provincial. Elle représente les 63 Premières Nations de la province, soit plus de 172 000 membres, environ 12 % de la population du Manitoba.

Grande cheffe de l’ACM

Kyra Wilson a présenté sa candidature à la chefferie de l’ACM après la mort inattendue de son amie et mentore Cathy Merrick. Elle a été élue en janvier 2025 et assume depuis ce rôle qui lui permet de se concentrer sur ce qui la passionne : le changement systémique à grande échelle.

Kyra Wilson et Cathy Merrick.

Kyra Wilson lors d'une conférence de presse avec celle qui était alors la grande cheffe de l'Assemblée des chefs du Manitoba, Cathy Merrick.

Photo : Radio-Canada / Victor Lhoest

J'ai toujours cherché à avoir une vision globale, note-t-elle. Lorsque j'étais cheffe, j'étais très attachée à la communauté. Mais dans ce nouveau rôle, c'est passionnant de pouvoir analyser les systèmes et de réfléchir à la manière de les transformer.

La grande cheffe est satisfaite de sa première année au pouvoir, même si elle trouve frustrant de se heurter quotidiennement à la bureaucratie. Ça a été le plus grand défi jusqu'à présent, observe Mme Wilson. Je constate chaque jour la complexité de choses qui pourraient être si simples.

Le fédéral, dit-elle, prend toujours des décisions à la place des Premières Nations. Il a ainsi récemment annoncé qu’il réduisait le financement de certains programmes de santé mentale destinés aux Premières Nations et d’autres pour les survivants des pensionnats, sans consulter les principaux intéressés.

Elle trouve cependant que la relation est bonne avec le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, qui est lui-même d’origine anishinaabe.

J'ai vraiment insisté auprès de notre premier ministre pour que les Premières Nations soient impliquées dans tout ce qui concerne les terres et les ressources du Manitoba.

Kyra Wilson revient tout juste d’une mission commerciale au Mexique avec une délégation manitobaine composée de représentants du gouvernement et de dirigeants d’entreprises. Une formidable expérience d'apprentissage, observe-t-elle. Dans un monde en mutation, nous devons ouvrir de nouvelles portes, avait-elle déclaré à son retour.

Kyra Wilson pose pour la photo.

Kyra Wilson réagissant au budget du gouvernement Carney en novembre 2025.

Photo : (Jaison Empson/CBC)

Elle est également heureuse d’avoir été invitée au discours du Trône prononcé par le roi Charles III à Ottawa en mai dernier, et attend impatiemment la rencontre entre les premiers ministres des provinces et des territoires et les chefs des Premières Nations promise par Mark Carney.

Être une femme en politique, est-ce difficile?

Le système est encore fondamentalement patriarcal, observe Mme Wilson. Elle-même a déjà reçu des menaces et a vu d’autres femmes en recevoir. Certains ne veulent vraiment pas nous voir dans ces rôles de pouvoir, remarque-t-elle, mais elle est heureuse de voir de plus en plus d’appuis, notamment des hommes de la communauté. Ils nous soutiennent, nous donnent de l’amour et de la bienveillance, et c'est bon à voir.

Il y a encore de nombreux obstacles auxquels les femmes en politique, nous devons faire face, mais à chaque génération et, grâce à chaque femme dirigeante, nous continuons de réduire un peu plus cet écart chaque jour.

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