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De la glace et du pétrole pour le 17e voyage de Mark Carney

2 months ago 12

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Il y a près d'un an, Mark Carney effectuait son premier voyage à titre de premier ministre du Canada. Jeudi, il s’envole pour une 17e fois en mission à l’étranger avec, sur son itinéraire, la Norvège et le Royaume-Uni. Ce sera du même coup sa septième visite en Europe, mais cette fois-ci, l’économie ne sera pas son seul objectif.

Mark Carney veut montrer aux alliés des pays nordiques et de l’OTAN que le Canada peut aussi être un partenaire fiable sur le plan militaire. Ainsi, seuls le ministre de la Défense nationale, David McGuinty, et le secrétaire d’État à l'Approvisionnement en matière de défense, Stephen Fuhr, l’accompagneront.

Ce message, le premier ministre veut l’adresser à ses alliés tout en rassurant les Canadiens. Le premier ministre assistera à deux exercices militaires. Il fera d’abord un détour par Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, pour rencontrer les militaires qui participent actuellement à l’opération Nanook-Nunalivut. Cet exercice mobilise quelque 750 militaires canadiens et vise à affirmer la souveraineté du Canada dans l’Arctique.

Les membres du 41e Groupe-brigade canadien s'entraînent au sauvetage sur glace à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, le 20 février 2026.

Des membres du 41e Groupe-brigade du Canada au moment de s’entraîner au sauvetage dans le cadre de l’« opération Nanook-Nunalivut », une série d’exercices annuels destinés à démontrer la capacité des Forces armées à défendre l’Arctique canadien, à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, le 20 février 2026.

Photo : Reuters / Carlos Osorio

Puis, dès son arrivée en Norvège, Mark Carney se rendra à Bardufoss, où se déroule depuis lundi le plus imposant exercice de l’OTAN en Arctique. L’opération Cold Response regroupe 25 000 soldats en provenance de 14 pays de l’Alliance atlantique. Mark Carney y assistera en compagnie du chancelier allemand, Friedrich Merz.

Il y a clairement un message destiné aux alliés et une grande partie est destinée à la population canadienne, affirme Stéphane Roussel, professeur à l’École nationale d’administration publique (ENAP). C’est une manière de dire qu’on fait des efforts en matière de défense, qu’on est en train de corriger cette image [selon laquelle] le Canada, trop longtemps, a négligé ses Forces armées, ajoute ce spécialiste de l’Arctique.

Un artilleur conscrit à bord du K N M Thor Heyerdahl au début de l'exercice Cold Response 2026.

Un artilleur conscrit à bord du KNM Thor Heyerdahl assure la défense rapprochée de son navire dans les eaux côtières au large de Harstad, en Norvège, au début de l’exercice Cold Response 2026 sur cette photo non datée publiée par la Défense norvégienne.

Photo : Reuters / Orjan Andreassen / Forsvaret

Souvent perçu comme un dernier de classe par les alliés de l’OTAN pour son sous-investissement historique en matière de défense, Ottawa tente maintenant de refaire sa réputation avec ce voyage qui vise à redorer le blason du pays. Ce qu’il faut en retenir, c’est toute l’importance que nous accordons au renforcement de nos capacités pour défendre notre souveraineté et pour protéger l’intégrité de l’Arctique, évoque un haut fonctionnaire.

Le Canada s’est engagé à atteindre la cible de 2 % de son PIB en investissements militaires d’ici la fin de l’année. Cet objectif semble encore bien modeste par rapport à la Norvège, dont les dépenses militaires atteignent 3,3 % du PIB, ce qui place ce pays scandinave au premier rang des membres de l’OTAN en matière de dépenses en défense par habitant, dépassant même les États-Unis.

Au chapitre des dépenses militaires, l’Allemagne et la Norvège profiteront de la visite de Mark Carney pour promouvoir un partenariat stratégique en vue de l’achat d’une nouvelle flotte de sous-marins auprès de la compagnie allemande TKMS. Ottawa hésite entre ce fournisseur et l’entreprise sud-coréenne Hanwha Ocean.

Les deux entreprises ont déposé leurs offres finales pour obtenir ce contrat de plusieurs milliards de dollars en vue de la construction de 12 sous-marins dont la mise à l’eau est prévue en 2032.

Le premier ministre Mark Carney brandit une maquette de sous-marin lors de sa visite des installations de Thyssenkrupp Marine Systems (TKMS) à Kiel, en Allemagne, le 26 août 2025.

Le premier ministre Mark Carney au moment de brandir une maquette de sous-marin qui lui a été offerte lors de sa visite aux installations de Thyssenkrupp Marine Systems (TKMS), un chantier naval de construction de sous-marins situé à Kiel, en Allemagne, le 26 août 2025.

Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi

Une occasion pétrolière

De plus, il sera impossible d’ignorer la guerre actuelle au Moyen-Orient. Même si la Norvège a adopté une position beaucoup plus critique que le Canada face aux frappes israélo-américaines, les deux pays pourraient y voir une occasion de collaborer dans le domaine de l’énergie. Le Canada et la Norvège sont tous deux des exportateurs d’énergie et de pétrole, fait remarquer un haut fonctionnaire.

Compte tenu de la crise actuelle et de la flambée des prix du pétrole, je crois qu’il y a une occasion pour nos pays de voir comment nous pourrions continuer à soutenir la sécurité énergétique chez nous et peut-être même au-delà, précise cette source.

Des discussions en ce sens auront visiblement lieu alors que les leaders du G7 se sont entendus avec l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour débloquer 400 millions de barils de pétrole et pour faire face aux conséquences du conflit sur l’approvisionnement.

Artur Wilczynski dans un bureau.

L’ancien ambassadeur canadien à Oslo, Artur Wilczynski.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Ancien ambassadeur canadien à Oslo, Artur Wilczynski croit qu’il est possible de voir le même genre d’accord entre le Canada et la Norvège sur la question pétrolière que ceux qu’Ottawa a signés avec l’Australie sur les minéraux critiques. La Norvège est un producteur de pétrole important pour l’Europe. Ils sont en train d'envisager des investissements dans le secteur ici, au Canada, à Terre-Neuve-et-Labrador, souligne-t-il.

La guerre au Moyen-Orient […] a un effet pour rendre les investissements dans le secteur pétrolier de Terre-Neuve-et-Labrador plus intéressants pour les compagnies comme Equinor.

Il évoque le projet Bay du Nord, à 500 kilomètres au large des côtes de l’île de Terre-Neuve, à propos duquel le promoteur norvégien Equinor doit prendre une décision finale d’ici 2027. Ce projet semble reprendre vie depuis que le gouvernement fédéral a annoncé, la semaine dernière, que les promoteurs et la province n'auraient pas à prendre en charge les redevances internationales évaluées à 1 milliard de dollars.

Le premier ministre doit rencontrer des chefs d’entreprise norvégiens lors de sa visite à Oslo. Le bureau de Mark Carney refuse d’indiquer pour l’instant si Equinor fera partie de la liste.

Avec la collaboration de Marie Chabot-Johnson

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