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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLe 6 juillet dernier, la plus importante raffinerie de Russie était bombardée par des drones ukrainiens à Omsk, en Sibérie occidentale. Ces bombes volantes lancées depuis l’Ukraine avaient parcouru plus de 2500 kilomètres avant de toucher leur cible.
Deux semaines avant, à Moscou, les raffineries de Gazprom Neft étaient lourdement endommagées lors d’une spectaculaire attaque venue d’Ukraine, à plus 800 kilomètres de là. La raffinerie d'Oufa, à 1000 kilomètres du front, a subi le même sort deux fois à la fin juin.
Autrefois anecdotiques, les frappes ukrainiennes à longue distance sont pratiquement quotidiennes aujourd'hui en Russie.
Partout en Crimée, en mer Noire, de Saint-Pétersbourg jusqu’en Sibérie, les chaînes d’approvisionnement, les usines et les infrastructures énergétiques sont désormais des cibles actives.
Pour Frédéric Labarre, professeur au Collège des Forces canadiennes, ce tournant n’a rien de fortuit. C’est le fruit d’une patiente stratégie pour éliminer les forces antiaériennes russes, explique-t-il.
Pendant des mois, Kiev a préparé le terrain en détruisant des centaines d’installations radars et de brouillage, ainsi que des batteries antiaériennes.
En neutralisant ces défenses, les Ukrainiens ont pu allonger lentement le rayon d’action et la durée de vie de leurs drones et missiles au-dessus du territoire russe.

La moitié des systèmes de défense antidrones Pantsir de l'arsenal russe aurait été détruite par les Ukrainiens au printemps. (Photo d'archives)
Photo : afp via getty images / PAUL GYPTEAU
En mai, les armes sans pilote ukrainiennes ont touché près de 180 000 cibles militaires russes. C’est une hausse de 12,7 % du nombre de cibles détruites et vérifiées par rapport à avril, déclarait récemment le commandant en chef des forces ukrainiennes, Oleksandre Syrsky, sur Telegram.
Au Kremlin, le président Vladimir Poutine a choisi de protéger le pouvoir en concentrant ses défenses antiaériennes autour de Moscou. Ce qui a laissé à découvert beaucoup de cibles ailleurs dans le pays, dont l’industrie pétrolière, explique Frédéric Labarre.
Les infrastructures pétrolières en Russie sont laissées à elles-mêmes. La seule chose que les compagnies pétrolières russes peuvent faire, c'est de garnir leurs installations de filets anti-drones, ajoute-t-il.
L’industrie de guerre ukrainienne en pleine expansion
Mais il n’y a pas que l’affaiblissement des défenses russes qui explique ces percées ukrainiennes, le développement exponentiel de leur production de drones et de missiles y est aussi pour beaucoup.
Certains modèles ont une portée de près de 3500 km.

Le gouvernement ukrainien s'est fixé l'objectif de produire près de huit millions de drones cette année.
Photo : AP / Efrem Lukatsky
Largement propulsée par le secteur privé, l’industrie militaire ukrainienne est très décentralisée, innovante et surtout libérée de plusieurs couches de bureaucratie. Ce qui la rend très agile et réactive.
La production de drones a décuplé et, quand je dis décuplé, ce n’est pas une métaphore. On parle de plusieurs centaines de milliers de drones par mois qui sont livrés aux forces ukrainiennes.
Pour le consultant en aéronautique et défense Xavier Tytelman, qui se trouvait en Ukraine lors de notre entretien, l’efficacité des drones ukrainiens réside autant dans l’innovation technologique que dans leur très faible coût de production.
Fabriqué avec des matériaux du commerce et des logiciels open source, le matériel ukrainien ne coûte qu’une fraction du prix des armes que Moscou doit utiliser pour les détruire.
Ce qui a permis de produire plus de 4 millions de drones en 2025, selon le ministère ukrainien de la Défense, qui prévoit en produire 7 à 8 millions en 2026.
Selon le commandant des forces ukrainiennes, Oleksandre Syrsky, pour chaque drone russe produit, l’Ukraine en produit 1,5.
Ses propres missiles de croisière
En plus des armes qu’elle reçoit de ses alliés, l’Ukraine produit maintenant ses propres missiles de croisière, dont le Flamingo et le Neptune, d’une portée respective de 3000 km et 1000 km.

L'entreprise ukrainienne Fire Point prévoit construire 700 missiles de croisière FP-5 Flamingo cette année.
Photo : AP / Efrem Lukatsky
Selon le commissaire européen à la Défense et à l'Espace, Andrius Kubilius, l’industrie ukrainienne produira bientôt plus de missiles de croisière que l'ensemble des pays européens réunis.
Et si Donald Trump tient parole, Kiev fabriquera bientôt sous licence ses propres missiles intercepteurs Patriot, de conception américaine.
La force du nombre et de l’innovation
Même si les drones sont de plus en plus sophistiqués, une grande partie de leur force réside dans leur nombre. Comme un essaim d’abeilles.
Tirées par centaines à la fois en combinaison avec des missiles, ces vagues d’objets volants débordent les radars et les systèmes de défense de l’ennemi, qui ne peut tous les abattre.
C’est ce que les experts militaires appellent la saturation. Une stratégie largement utilisée par les Russes et que les Ukrainiens ont perfectionnée en affectant des rôles précis à leurs drones, nous dit Xavier Tytelman.

Un groupe de drones AN-196, capables de transporter des charges de 75 kg sur 600 kilomètres, attendent le décollage sur une piste ukrainienne.
Photo : AP / Evgeniy Maloletka
Il y a des drones, par exemple le Chaïka, qui vont servir de leurres. Ils recouvrent le Chaïka d’aluminium pour lui donner un écho [radar] qui est plus gros que les missiles traditionnels. Si bien que les Russes vident leurs défenses aériennes sur des trucs à 500 euros. Et quand les vrais missiles arrivent derrière, ça passe.
D’autres drones aériens servent de relais de communication, car plus les drones s’éloignent de leur base et plus leur signal devient difficile à capter.
Ils se relayent le signal vers l’arrière pour que je puisse avoir un retour vidéo et renvoyer les ordres de pilotage vers l’avant pour que, quand j’arrive sur un aéroport, je puisse taper sur un avion plutôt qu’un parking, explique M. Tytelman, qui était préparateur de mission sur des chasseurs Rafale dans l’aéronavale française.
D’autres drones, simplement faits de carton, sont capables de transporter des charges de 3 kg sur une distance de 150 km. En plus de son faible prix, le carton offre une signature radar pratiquement nulle, ce qui le rend très difficile à détecter et d'une grande simplicité à assembler.
Naviguer sans GPS
Pour contourner les intenses mesures de brouillage déployées par les Russes, les dronistes ukrainiens ont aussi mis au point des appareils capables de naviguer sans GPS.
Grâce à l’intelligence artificielle, ces machines se guident en utilisant des points de repère fixes au sol qu'on appelle des amers qui sont en fait des bâtiments, des routes ou des formations naturelles. Ce qui leur permet de taper sur le huitième étage d’un immeuble ou le pilier d’un pont sans recourir aux signaux satellites, précise notre expert en aviation.
Côté guidage, les Ukrainiens bénéficient aussi du réseau de satellites de basse altitude Starlink auquel les Russes n’ont plus accès depuis des mois, sur ordre du grand patron de SpaceX, Elon Musk.
Malgré leur sous-efficacité, les défenses russes demeurent difficiles à percer.
Seuls 30 à 50 % des drones et missiles ukrainiens atteignent en moyenne leur cible en Russie, estime Xavier Tytelman, qui souligne cependant que dans certaines zones, comme en Crimée, les coups au but atteignent jusqu’à 70 %.
Pourquoi frapper les raffineries?
Dans l’incapacité de chasser les Russes de leur territoire par la seule force de leurs armées, les Ukrainiens ont entrepris de faire plier Moscou en s’attaquant à sa principale source de revenus, le pétrole.
Le premier objectif était d’assécher les finances de l’armée russe, parce que 100 % des exportations d’énergie, c’est le budget de l’armée, explique Xavier Tytelman.
Et de l’argent, il en faut beaucoup pour financer cette guerre qui pompe 40 % du budget annuel de la Russie.

Il fallait attendre longtemps le 8 juillet dernier pour faire le plein d'essence dans la ville balnéaire d'Anapa, au bord de la mer Noire, en Russie. Des policiers sont maintenant déployés dans les stations de service de la région pour éviter les bagarres et les débordements.
Photo : Reuters / Sergey Pivovarov
Isoler le sud
En plus de s’attaquer aux raffineries, Kiev coupe sans relâche les routes d’approvisionnement russes dans le sud de l’Ukraine et en Crimée, où les ponts, les lignes ferroviaires et les bateaux russes sont systématiquement attaqués pour priver les forces russes de ravitaillement.
Depuis le mois de mai, la logistique qui part de la Russie pour alimenter le front vers Zaporijia, Kherson et la Crimée a baissé de 70 %.
En Crimée, le prix du litre d’essence à la pompe atteignait 8,50 $ CA cette semaine et des pénuries de denrées alimentaires étaient signalées. Dans certains secteurs, le carburant est carrément réquisitionné par l’armée.
Le doute s'installe chez les Russes
Entre les pénuries, l’inflation, la perte de 1000 soldats par jour au front, la peur des bombardements ukrainiens et une propagande d’État contradictoire, la colère gronde dans la population russe, selon nos deux experts.
Ils peuvent se distraire, ils peuvent parler d'autres choses, mais pas quand il y a une grosse colonne de fumée noire à l'horizon, souligne Frédéric Labarre.

Les missiles et les drones à long rayon d'action ont permis de porter la guerre jusque dans les grands centres urbains russes où la population était relativement en sécurité auparavant.
Photo : afp via getty images / -
Les Russes commencent à réaliser que non seulement ils ne gagnent pas, mais qu’ils sont peut-être en train de perdre.
Or, la dernière chose dont aurait besoin Vladimir Poutine, en plus d’une guerre qui s’embourbe, c'est une population qui se rebelle.
Mine de rien, la colère de l’opinion publique russe pourrait devenir, sans qu’elle s’en rende compte, une arme de plus aux mains des Ukrainiens pour forcer Vladimir Poutine à mettre un genou à terre et suspendre les combats.


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