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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayC'était en 2012. Le soleil de juin brillait sur la colline du Parlement, mais les élus s’étaient enfermés dans la Chambre des communes pour un marathon de votes sans interruption de plus de 24 heures.
Les députés de l’opposition, armés de tasses de café, de sacs de bonbons et de leur oreiller de voyage, avaient entrepris de forcer 159 votes sur des amendements, afin de protester contre le projet de loi C-38 du gouvernement conservateur de Stephen Harper.
L'objectif : attirer l’attention du public sur le document de 400 pages, qui modifiait d’un coup près de 70 lois. En environnement, le projet de loi dit « mammouth » officialisait le retrait du Canada du protocole de Kyoto, accélérait le processus d’évaluation environnementale et diminuait la protection des espèces en danger.
La manœuvre des oppositions – néo-démocrate, bloquiste, mais aussi, alors, libérale – était purement symbolique. Le gouvernement Harper, alors majoritaire, avait rejeté un à un les amendements, et le projet de loi avait été adopté pratiquement sans modification (tout comme C-45, quelques mois plus tard, qui affaiblissait la protection des cours d’eau).

Par de multiples propositions d'amendement défaites en Chambre, les partis d'opposition avaient réussi à montrer les reculs environnementaux du gouvernement de Stephen Harper. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld
Mais la stratégie avait néanmoins touché sa cible : plus personne ne pouvait désormais ignorer les reculs environnementaux que faisaient les troupes de Stephen Harper. Trois ans plus tard, le chef conservateur se faisait battre par Justin Trudeau, et même si l’usure du pouvoir a joué un rôle crucial dans sa défaite, les électeurs sensibles à l’environnement ont également contribué à lui montrer la porte.
Près de 15 ans plus tard, l’ancien ministre de l’Environnement et député libéral Steven Guilbeault lance un pavé dans la mare en insinuant que Mark Carney fait pire que Stephen Harper avait fait à l’époque.
Dans un document de travail dévoilé discrètement vendredi après-midi, Ottawa propose une réforme majeure de la façon d'étudier les projets d’exploitation des ressources naturelles et leur impact sur l’environnement.
Ce qui est proposé, factuellement, en termes de modifications aux différentes lois, va plus loin que ce que le premier ministre Harper avait proposé à l’époque, a déclaré Steven Guilbeault en entrevue à Radio-Canada.
Le public a jusqu’au 7 juin pour s’exprimer sur ce document de 13 pages qui sera rapidement traduit en projet de loi, selon Ottawa.

Le gouvernement Carney prévoit proposer des modifications qui rendraient plus facile l'approbation, et plus rapide la mise en œuvre des projets liés aux ressources naturelles, y compris les pipelines.
Photo : Radio-Canada / Kyle Bakx/CBC
Le gouvernement libéral propose d'exempter les promoteurs de certains projets de leur obligation de protéger les espèces menacées. Il souhaite également donner le droit à ses ministres de modifier les conditions environnementales des projets, lesquels devront être évalués dans un délai maximal d’un an.
Le rôle de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada sera affaibli, au profit de la Régie de l’énergie, dont ce n’est pourtant pas l’expertise. Ottawa veut, par ailleurs, permettre le démarrage d’un projet avant même que l’évaluation d’impact ne soit terminée.
En entrevue à Midi info, Steven Guilbeault a insisté sur le fait que l'évaluation d'impact n’est pas là pour achaler les entrepreneurs, mais pour protéger la population canadienne.
Je ne lance pas des grenades autour de moi, je ne lance pas d'accusations à qui que ce soit. J'essaie de rester sur le fond des choses, a-t-il expliqué.

Steven Guilbeault a quitté son poste de ministre de l'Identité et de la Culture canadiennes en novembre dernier à la suite de l'entente avec l'Alberta pour ouvrir la voie à la construction d'un nouvel oléoduc.
Photo : La Presse canadienne
Quelqu’un pour relayer le message?
Mais, pour l’instant, Steven Guilbeault semble bien seul à tirer la sonnette d’alarme. Il est le seul élu libéral actuel à être sorti publiquement pour dénoncer le contenu du document consultatif.
Où sont les défenseurs de la nature et de l’action climatique? Aucun membre du caucus vert du parti n’a jusqu’à présent relayé son message.
C’est silence radio de la part de la ministre fédérale de l’Environnement, Julie Dabrusin, qui était autrefois sa secrétaire parlementaire.
L’opposition officielle est désormais formée de conservateurs, qui dénoncent depuis des années la réforme de l’évaluation d’impact de Justin Trudeau (connue sous le nom de C-69) et qui ne s’opposeront certainement pas à ce que Mark Carney y mette maintenant la hache.
Ainsi, la mobilisation des tous les partis d’opposition contre C-38 en 2012 ne risque pas de se répéter.
Le Bloc québécois, le Nouveau Parti démocratique (NPD) et les groupes environnementaux ont, pour leur part, commencé à dénoncer les changements avancés dans le document de travail libéral. Ils peuvent certainement plaider que, même si la plateforme électorale de Mark Carney promettait d’accélérer l’approbation des grands projets, rien ne laissait présager de tels reculs en évaluation environnementale.
Mais leur voix portera-t-elle?
Si l’on en croit un sondage Angus Reid* publié lundi, 61 % des répondants estiment qu’en matière de politique énergétique, la croissance économique devrait être priorisée par rapport à la protection de l'environnement (39 %). La réponse aux frasques du président américain Donald Trump semble ainsi accaparer une grande partie de l’attention du public.
Pour l'instant, Mark Carney laisse son député exprimer ses préoccupations sur la place publique, probablement parce que l’écarter de son caucus serait dommageable politiquement au Québec, compte tenu de la crédibilité de l’ex-ministre.
Pour sa part, Steven Guilbeault juge encore que son pouvoir d’influence sur les politiques libérales est plus grand s’il demeure au sein du parti.
Cet arrangement tient le coup pour l’instant.
Ce pourrait être une autre paire de manches quand les consultations pour le document de travail seront terminées, et qu’on verra si le projet de loi déposé tient compte ou non des préoccupations de M. Guilbeault.
* Méthodologie du sondage
Ce sondage a été réalisé par Angus Reid auprès de 2360 Canadiens, du 24 au 28 avril 2026, à l’aide d’un questionnaire en ligne. À titre indicatif, un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de +/- 2 points de pourcentage, 19 fois sur 20.


3 weeks ago
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