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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayZackary Turgeon, 17 ans, s'entraîne six fois par semaine depuis plusieurs mois. « Ça me tente tout le temps d'aller au gym, confie cet adepte de musculation et autres exercices. C'est 100 % de ma journée qui y est dédiée. »
S'il utilise lui-même le mot addiction pour décrire son comportement, Zackary juge que ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose.
C'est une histoire différente que nous raconte Pierre-Luc Lafontaine, comédien vu récemment dans la série STAT, où il jouait le rôle d'un patient donneur d'organe. Pendant plusieurs années, à l'adolescence, son corps était devenu pour lui une obsession.
Je suis vraiment devenu obsédé par le gym. J'ai eu un besoin inconscient de me créer une carapace physique pour me protéger, décrit l'acteur, qui a aujourd'hui 34 ans. C'est camouflé derrière le corps d'Adonis qui, souvent, part d’une grande fragilité et d'un besoin d'avoir l'air tough.

Plusieurs personnes consacrent beaucoup de temps à l'entraînement, sans que ce soit nécessairement un problème pour elles.
Photo : Radio-Canada / Ariane Emond
Ce rapport au corps plus fragile qu'il n'en a l'air peut être le symptôme d'un trouble encore peu connu : la bigorexie.
La bigorexie, c’est quand quelqu’un perçoit que son corps n’est jamais suffisamment musclé. Donc, peu importe sa composition corporelle, il va tout le temps vouloir avoir une définition musculaire qui est plus grande, décortique la diététiste-nutritionniste Karine Paiement, aussi doctorante en sciences de l'activité physique.
La bigorexie, aussi appelée « anorexie inversée » dans le langage courant et dysmorphie musculaire dans le monde scientifique, est un trouble de l'image corporelle qui, pour certains experts, peut aussi être inclus dans la catégorie des troubles alimentaires.
Ce problème d'image corporelle s'accompagne d'un entraînement intensif et de comportements obsessionnels, explique Kyle Ganson, docteur en travail social et professeur adjoint à l'Université de Toronto. Les personnes souffrant de ce trouble manipulent énormément leur alimentation, sont obsédées par leur apport, comptent les macronutriments, les calories, les grammes de protéines... tout cela dans l'intention de transformer leur corps pour qu'il devienne musclé, précise-t-il.
Un phénomène répandu?
Les données d'une étude (nouvelle fenêtre) dirigée par M. Ganson en 2023, qui a analysé des données récoltées après de jeunes Canadiens âgés de 16 à 30 ans, révèlent qu'un homme sur quatre (25,7 %) présente un risque clinique de dysmorphie musculaire.
Quant à la prévalence de dysmorphie musculaire probable, une autre étude dirigée par M. Ganson, datant de 2025 (nouvelle fenêtre) et portant sur des hommes âgés de 15 à 35 ans au Canada et aux États-Unis, l'évalue à 2,8 %, ce qui est quand même assez comparable à d’autres troubles alimentaires, par exemple l’anorexie chez les filles, selon Mme Paiement.
L'acteur Pierre-Luc Lafontaine pense pour sa part que ce phénomène est plus répandu que ne l'indiquent les statistiques. Depuis mes 18 ans, pour moi, c'était clair qu’il y avait plein d'hommes qui vivaient le même problème, mais c’est juste que c'est tabou.

Un trouble de l'image corporelle peut s'accompagner d'un entraînement intensif.
Photo : Radio-Canada / Ariane Emond
Protéines et réseaux sociaux : le carburant de l’obsession
Bien que les habitudes alimentaires ne soient pas des caractéristiques reconnues de dysmorphie musculaire, des chercheurs considèrent que cet aspect est un élément clé, voire un aspect fondamental à la base de ce trouble, explique Eva Pila, directrice du laboratoire de recherche sur l'image corporelle et la santé et professeure associée à l'École de kinésiologie de l'Université Western.
Dans une étude dirigée par Kyle Ganson en 2022 (nouvelle fenêtre), près de la moitié des hommes de 16 à 30 ans interrogés ont déclaré avoir suivi au moins un cycle de « bulk » et « cut » dans les 12 mois précédents. Ce cycle consiste à prendre du muscle avec une alimentation riche en protéines (bulk) et à perdre du gras en jeûnant pendant de courtes périodes (cut), précise l'étude.

Certains adoptent une alimentation très concentrée en protéines.
Photo : Radio-Canada / Ariane Emond
De nombreux adeptes de gym consomment des suppléments, ce qui profite à une industrie lucrative : le marché des protéines. Les produits qui vont mettre des protéines ou nutriments de l'avant, c'est vraiment du marketing, mais ça ne veut pas dire qu'il faut suivre ça, indique la responsable de l'éducation et de la prévention au sein de l'organisme Anorexie et boulimie Québec (ANEB), Lise-Andrée Massé.
De cette consommation peuvent découler des troubles alimentaires. C’est tellement valorisé, les poudres de protéines, en ce moment. J'ai eu un client qui prenait trois shakes de protéines par jour pour remplacer ses repas, témoigne la nutritionniste du sport Karina Amyot.
Chez les garçons du secondaire au Québec, l'utilisation de poudres ou de boissons protéinées dans le but d'augmenter la masse musculaire a presque doublé en quelques années, selon une enquête réalisée par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ).
Or, la prise de poudres ou de boissons protéinées, ce n'est pas une solution miracle, affirme Mme Massé. Il faut varier notre alimentation afin d'avoir de tout.

La chaîne de magasins Shop Santé est l'un des plus grands détaillants de suppléments alimentaires au Québec.
Photo : Radio-Canada / Ariane Emond
On n’a pas besoin de ces produits-là, généralement. Les gens vont en manger au-delà de leurs besoins, ajoute la nutritionniste spécialisée en troubles alimentaires. Et il y a des risques, notamment de problèmes rénaux, signale Mme Massé.
Le corps, sa job, c'est de métaboliser ce qu'on lui donne. Si on lui en donne trop, ce n'est pas infini et ça cause des problèmes.
La diététiste-nutritionniste Karine Paiement est d'avis que l'abondance de produits enrichis de protéines sur le marché est directement liée au fait qu’on s’intéresse de plus en plus à notre image corporelle avec les réseaux sociaux.
Des algorithmes qui renforcent ce trouble
Pour le chercheur Kyle Ganson, les phénomènes d'entraînement intensif et de consommation de suppléments protéinés ne sont pas sans lien avec la prolifération de la culture masculiniste en ligne. Oui, je pense que c'est en quelque sorte entrelacé, dit-il.
Dans les espaces où des conversations plus extrémistes ou de type "manosphère" ont lieu, il y a beaucoup de promotion du développement musculaire, des compléments alimentaires, etc., souligne M. Ganson.

L'influenceur masculiniste Andrew Tate fait la promotion d'une poudre protéinée sur son compte X.
Photo : @Cobratate / X
La psychologue Annie Aimé, professeure titulaire à l'Université du Québec en Outaouais, campus Saint-Jérôme, abonde dans le même sens et dit voir dans la littérature une augmentation des taux en lien avec une augmentation de l'exposition aux médias sociaux depuis la pandémie.
Zackary Turgeon constate lui-même que les réseaux sociaux ont une influence sur la perception qu'il a de son corps. Tu vois les physiques sur les réseaux sociaux et tu es jaloux. Tu vas aller au gym pour l'obtenir. Tu commences le gym parce que t’es insécure, témoigne-t-il.
Pierre-Luc Lafontaine, pour sa part, a vécu ses gros troubles d'estime personnelle bien avant l'omniprésence de TikTok et d'Instagram. Je ne peux pas imaginer, ça doit être complètement dégueulasse d'être ado [maintenant]. J’ai beaucoup d’empathie pour ce qu’ils vivent, parce que c’est sûr que c’est pire que moi quand j'avais 20 ans.

L'exposition aux médias sociaux depuis la pandémie a accentué le phénomène de l'entraînement intensif, constatent des experts.
Photo : Radio-Canada / Ariane Emond
Sur les réseaux sociaux, les discours peuvent être culpabilisants, du genre : "Tu ne le fais pas, t’es pas capable", fait remarquer la nutritionniste Karina Amyot.
Quand t'es tout seul chez toi, c'est pire, selon Zackary Turgeon, qui consulte régulièrement des pages d'influenceurs fitness pour s'y comparer.
Quand tu fais, par exemple, 15 répétitions et que tu vas après sur les réseaux sociaux et que quelqu'un est capable d’en faire 20, tu te dis : "Ah, OK, j’étais content", mais là, t’es déçu et ça te donne encore plus le goût d’aller au gym.
Eva Pila ajoute que les hommes de la génération Z sont exposés à des algorithmes de contenus très spécifiques et individualisés. Ce mécanisme crée un cycle de renforcement où l'intérêt pour la musculation génère du contenu ciblé que les générations précédentes ne recevaient peut-être pas.

L'influenceur Andrew Tate promeut une vision idéalisée du corps masculin musclé sur ses plateformes.
Photo : @Cobratate / X
La figure emblématique du mouvement masculiniste, l'influenceur Andrew Tate, y joue un rôle, lui qui promeut une vision idéalisée du corps masculin sur les réseaux sociaux.
Le corps devient simplement un canal facile pour exprimer la masculinité.
Le chercheur Kyle Ganson se réjouit que l'on ouvre enfin des conversations sur l'image corporelle masculine que nous n'avions pas il y a 10 ou 20 ans. Cependant, il estime que les réseaux sociaux ne sont que la pointe de l'iceberg du problème.
Besoin d’aide?
Si vous ou un proche présentez des signes de troubles alimentaires, des intervenants sont disponibles pour vous aider.
- Au Québec
Téléphone (Montréal) : 514 630-0907
Téléphone (ailleurs au Québec) :1 800 630-0907
Texto : 1 800 630-0907
Vous pouvez également clavarder en ligne de façon confidentielle et anonyme : anebados.com (nouvelle fenêtre)
- Au Canada (anglais seulement)
Téléphone : 1 866 633-4220
Clavardage, informations et outils : nedic.ca (nouvelle fenêtre)


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