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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayJDEIDEH, Liban - C’est tout le village d’Alma Al-Chaeb qui était réuni, mardi, dans l’église Saint-Antoine-le-Grand, à Jdeideh, dans le nord de Beyrouth. Les quelque 80 habitants de cette localité, située à moins de deux kilomètres de la frontière israélienne, ont été forcés de partir, sous la menace des frappes.
D’abord réticents, ils se sont résignés à partir après la mort d’un des leurs, tué par un drone israélien pendant qu’il arrosait son jardin. Il s’appelait Sami Ghafari. Il avait 70 ans.
C’était un homme courageux, raconte Chadi Sayyah, le maire du village. Un drone est arrivé et l'a réduit en miettes sous mes yeux. Il était à une quarantaine de mètres de moi.
Assise au premier rang dans l’église, la famille de la victime est inconsolable. Sa sœur, son épouse, ses enfants et ses petits-enfants ont les yeux rougis par le chagrin.

Des évacués du village d'Alma Al-Chaeb prenant part à une messe en hommage à l'un des leurs, tué dans une attaque israélienne, le 10 mars 2026.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Souad Ghafari, l'une de ses proches, a du mal à y croire. Cette enseignante du primaire a quitté Alma Al-Chaeb à bord d’un premier convoi, formé d’une vingtaine de voitures, parti il y a deux jours.
Ce n’est pas facile pour moi d’abandonner mon village, là où j’ai grandi et vécu toute ma vie.
Elle pense surtout à ses 28 élèves, âgés de 6 à 9 ans, qui ont eux aussi été évacués avec leur famille vers Beyrouth. Je ne sais pas comment on va faire pour poursuivre leur enseignement, se désole-t-elle. On va peut-être devoir donner des cours en ligne, même si je sais que ce n’est pas l’idéal, mais on n’a peut-être pas le choix pour le moment.
Elle soupire longuement avant d’ajouter : Je sens que celle-ci va être longue.

Les proches de Sami Ghafari, tué il y a quelques jours par un drone israélien, pleurent sa mort dans une église de Jdeideh, dans le nord de Beyrouth.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Une trêve ignorée qui a volé en éclats
Une première escalade militaire a opposé le Hezbollah à l’armée israélienne en novembre 2024, après que le parti chiite libanais a ouvert un front avec l’État hébreu pour soutenir son allié palestinien, le Hamas, dans la bande de Gaza.
Une trêve a été conclue deux mois plus tard, mais les deux parties l’ont largement ignorée : Israël a poursuivi ses frappes contre le pays, de manière sporadique, disant viser des cibles du Hezbollah, tandis que ce dernier a toujours refusé de rendre ses armes.
Cette trêve, déjà volatile, a fini par voler en éclats, la semaine dernière, après une attaque du Hezbollah en riposte à la guerre israélo-américaine contre l’Iran, son parrain.

De la fumée s'élève après une attaque israélienne visant la banlieue sud de Beyrouth, au Liban.
Photo : Getty Images / Daniel Carde
Depuis, Israël a intensifié ses frappes contre le Liban et a entamé une incursion militaire dans le sud du pays dans le but de créer une zone tampon à sa frontière. Des dizaines de localités ont ainsi été appelées à être évacuées, y compris Alma Al-Chaeb.
On ne voulait pas partir, assure le maire du village, mais il n’y avait plus personne qui pouvait garantir notre sécurité si on décidait de rester.
J’étais le dernier à partir. J’ai fait le tour de toutes les maisons pour m’assurer qu’on n’avait laissé personne derrière.
Il y avait une femme âgée qui voulait rester chez elle, mais je l’ai pris de force en lui disant qu’on ne voulait pas la perdre, raconte-t-il, ému.
Quand j'ai tout fermé, je me suis retourné et j’ai fait l’adieu à notre village. Je ne sais pas si je vais le revoir de nouveau.

Le maire d'Alma Al-Chaeb, Chadi Sayyah
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
« C'est vraiment dur de voir en ruines l'endroit où j'ai grandi »
Escortés par des blindés des Casques bleus de l’ONU jusqu’à la capitale, Beyrouth, les habitants d’Alma Al-Chaeb sont arrivés directement dans l’église de Jdeideh pour pleurer la mort de Sami, mais aussi pleurer la perte de leur village.
Sarah Zourob, qui a passé toute son enfance là-bas, les attendait de pied ferme. Elle non plus ne sait pas si elle pourra y retourner un jour.
Honnêtement, je pleure depuis hier, dit cette femme de 32 ans. C'est vraiment dur de voir en ruines l'endroit où j'ai grandi.
Je devais me marier bientôt et je rêvais de pouvoir un jour emmener mes enfants dans mon village natal, mais je pense que ce ne sera pas possible. C'est vraiment triste de voir les gens partir; c'est comme si une partie de votre cœur s'en allait avec eux.

Sarah Zourob assiste à la messe en hommage à Sami Ghafari dans une église de Jdeideh, le 10 mars 2026.
Photo : Radio-Canada / Rania Massoud
Comme tous les habitants d’Alma Al-Chaeb interrogés par Radio-Canada, Sarah Zourob dément toute présence du Hezbollah dans son village. C’est de la propagande, assure-t-elle.
Le maire Chadi Sayyah préfère quant à lui ne pas parler de politique. Je veux la paix, lâche-t-il.
En colère, mais tenaillé par un sentiment d’impuissance, il dit qu’il serait resté chez lui si ce n’était des menaces israéliennes.
Je ne suis pas parti de mon plein gré. Ils m'ont forcé à partir. Ils m'ont mis face à un choix impossible : mourir ou partir.
Il s’inquiète du sort des autres villages frontaliers. J’espère qu’ils ne connaîtront pas tous le même sort que nous!

Capture d'écran d'une vidéo montrant des blindés des Casques bleus de l'ONU peu avant d'escorter les convois d'évacuation d'Alma Al-Chaeb, le 10 mars 2026.
Photo : Capture d'écran
Un village résiste
À quelque 20 kilomètres d’Alma Al-Chaeb, le village de Rmeich, un autre village chrétien situé à un jet de pierre d’Israël, refuse quant à lui de céder.
Ses quelque 6500 habitants refusent de se plier à l’ordre d’évacuation israélien.
On ne saurait pas où aller même si on voulait partir, fait valoir le père Najib Amil, le prêtre du village. Qui a les moyens de nous accueillir? Nous sommes beaucoup trop nombreux!

Le prêtre du village de Rmeich, le père Najib Amil, célébrant une messe dans l'Église Saint-Georges, le 12 novembre 2025.
Photo : Reuters / Aziz Taher
Il affirme que, par la grâce de Dieu, on a tout ce dont nous avons besoin pour survivre. Nous cultivons nos terres pour manger et nous parvenons à nous alimenter en électricité grâce aux panneaux solaires, ajoute le prêtre.
On a décidé de rester quoi qu’il arrive. Que peuvent-ils faire [les Israéliens]? Nous chasser par la force? On ne partira pas! On ne partira pas!
C’est vrai qu’il y a des bombardements tout autour de nous, tous les jours, constate-t-il. C’est vrai que nous avons peur et que nous sursautons chaque fois qu’il y a une frappe, mais nous nous en remettons à Dieu. Nous devons patienter; nous n’avons pas le choix.


2 months ago
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