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Anaïs Barbeau-Lavalette insuffle la fougue de Pauline Julien au grand écran

3 hours ago 1

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Icône de la chanson québécoise et grande voix de la Révolution tranquille, Pauline Julien revit, sous les traits de Suzanne Clément, dans le film Pauline Julien : Femme pays, à l’affiche ce vendredi. Un film que sa réalisatrice et coscénariste Anaïs Barbeau-Lavalette a voulu à l’image de l’artiste : vibrant, éclaté et authentique.

Liberté, amour, désir, souveraineté… Les mots se bousculent quand on demande à Anaïs Barbeau-Lavalette ce qu’elle a voulu mettre en scène du moteur qui animait Pauline Julien, dont l’épitaphe La vie à mort orne la tombe.

Ses idées étaient distillées dans toute sa façon d'être, de parler, d'aimer… On oublie que ce passage est très court, la vie passe vraiment vite, explique la cinéaste. Je trouve qu'elle avait une façon très noble, avec toute sa fougue et sa ferveur, de traverser sa vie.

Il y avait aussi ce désir de ne pas faire le portrait d'une statue, mais vraiment de rencontrer la vivante, ajoute la comédienne, dramaturge et metteuse en scène Véronique Côté, qui a coécrit le film avec Anaïs Barbeau-Lavalette.

C’est la première fois que les deux femmes écrivent ensemble, elles qui ont bloqué un train à Rouyn-Noranda avec le mouvement Mères au front pour dénoncer la pollution émise par la Fonderie Horne.

On a aussi tenté de mettre en scène cette dualité profonde en Pauline Julien, [soit] le doute abyssal – elle vomissait avant de monter sur scène parce qu'elle était terrorisée – puis elle devenait cette lionne qu'on connaît, explique Véronique Côté. C'est beau aussi de raconter que la puissance est toujours liée à la vulnérabilité.

Un film non chronologique

Pauline Julien : Femme pays ne prend pas la forme linéaire traditionnelle des films biographiques.

Le biopic classique ne collait pas du tout avec l’idée de faire le portrait de Pauline Julien, une femme absolument libre, souligne Anaïs Barbeau-Lavalette.

On voulait donc une forme plus éclatée, pas si logique. On a vraiment plus obéi à la continuité de plusieurs désirs et de récits, comme des taches de peinture sur une toile automatiste.

Les évènements marquants – son refus de chanter pour la reine Élisabeth II lors de sa visite au Canada en 1964, la crise d’Octobre, le référendum de 1980 ou sa mort par suicide en 1998 pour rester maîtresse de son destin face à l’aphasie dégénérative dont elle souffrait – côtoient ainsi des moments du quotidien de la chanteuse, avec son grand amour, Gérald Godin, ou encore ses enfants.

Deux femmes sourient.

Véronique Côté et Anaïs Barbeau-Lavalette ont coécrit le scénario de « Pauline Julien : Femme pays ».

Photo : Radio-Canada

Raconter une femme, et non un mythe

Pauline Julien : Femme pays raconte également la chanteuse dans ses imperfections et l’envers d’un parcours libre et engagé, souvent passé loin de ses enfants chez qui ces absences ont laissé des traces.

Le courage aussi que ça demande d'être entier, de faire les choix qu'on a envie de faire pleinement, et d'assumer qui on est tant en amour, en art, avec ses enfants, politiquement… vient évidemment avec des deuils et avec des pertes, explique Alexa-Jeanne Dubé, qui incarne Pascale, la fille de Pauline Julien. On ne peut pas être tout à la fois, mais on peut être pleinement soi.

Pauline Julien chante au micro.

La chanteuse québécoise Pauline Julien en 1979

Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty

Déconstruire le mythe, c'est le rapprocher de nous aussi. Il y avait mille réussites et mille sommets, mais aussi mille précipices dans les trajectoires de vie [de Pauline Julien et de Gérald Godin], ajoute Anaïs Barbeau-Lavalette.

Les aspérités de Pauline Julien et de Gérald Godin, qui est joué par Patrice Dubois, relatent aussi une époque plus audacieuse que la nôtre, freinée par son aversion au risque. Ces deux êtres n’ont jamais tenté d’être irréprochables, observe Véronique Côté. Ils se mouillaient littéralement, ils allaient au combat et ils construisaient.

Nous sommes Pauline

En descendant le monument Pauline Julien de son piédestal pour la montrer dans toute son humanité, Pauline Julien : Femme pays, qui devait s’intituler au départ Nous sommes Pauline, tend aux spectateurs un miroir dans lequel beaucoup d’entre eux se reconnaîtront, pensent ses coscénaristes.

Je pense que les gens qui vont voir le film vont faire : "mais oui, je suis fait de ça, je suis fabriquée de cette femme-là", assure Véronique Côté.

On avait envie qu'elle nous ressemble, on avait envie que toutes les portes d'entrée qui nous connectent à elle s'ouvrent, parce qu'elle est infiniment moderne cette femme et je pense qu'on a besoin de ce souffle-là aujourd'hui plus que jamais, complète Anaïs Barbeau-Lavalette.

Un homme et une femme se regardent.

Patrice Dubois et Suzanne Clément dans le film « Pauline Julien : Femme pays »

Photo : Axia Films

Même après plusieurs années à cohabiter mentalement avec Pauline Julien pour réaliser son cinquième film après La Déesse des mouches à feu et Chien blanc, entre autres, la cinéaste continue d’être inspirée par l’interprète de L'âme à la tendresse.

C'est une réelle défricheuse : une défricheuse de la chanson, une défricheuse de la parole politique, une défricheuse féministe, une défricheuse des relations intimes… On n'en a pas tant des grandes défricheuses, estime Anaïs Barbeau-Lavalette. Cette icône est à nous et peut guider tous les défrichages à venir.

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