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À la recherche du Québec : « On est-tu ben chez nous! »

2 hours ago 2

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« Quand j’ai découvert la poutine, le fromage qui fait skouic-skouic, je me suis dit : c’est ça, la vie! C’est tellement réconfortant, la poutine », me dit Michel Nguyen, que tout le monde appelle Mitch, pour le distinguer de son vieil ami, complice et partenaire d'affaires, Michel Lim, dit Boom, qui s’amuse de cette accumulation de Michel.

Michel du quartier Saint-Michel! Je suis né à l’hôpital Saint-Michel et le docteur qui a accouché ma mère se prénommait Michel!

Quand j’étais adolescent, je ne connaissais pas beaucoup d’Asiatiques, raconte Mitch. Alors, je suis allé sur Internet pour trouver des gens qui me ressemblaient et Michel (Boom) faisait du breakdance et je voulais être cool et faire du breakdance moi aussi, alors nous sommes entrés en contact et c’est comme cela que ça a commencé. Et Mitch est tout sourire, assis à côté de cet ami précieux à la table à pique-nique devant leur restaurant, en face du vieil hôpital Jean-Talon.

L’histoire des deux Michel est réconfortante comme une bouchée de poutine quand elle est bien faite. De passage à Montréal, nous nous sommes arrêtés dans leur casse-croûte qui attire des gourmands de partout pour y manger un des meilleurs burgers du monde et une poutine qui vaut le détour.

Comme on pourrait le faire dans un scénario de film, commençons donc par la fin.

 Marco Bergevin savoure son Smashburger.

Marco Bergevin savoure son Smashburger.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Scène d’ouverture. Au printemps dernier, le magazine londonien Time out, une référence internationale de la culture gastronomique urbaine, décerne la 5e place à Mange dans mon Hood, le casse-croûte des deux Michel, dans son palmarès des meilleurs burgers au monde!

Ensuite, retour en arrière, avant la naissance des deux Michel. On voit d’abord une scène où les parents de Mitch fuient un Vietnam dévasté par la guerre sur une embarcation de fortune. Puis une autre scène, où les parents de Boom rassemblent leurs affaires pour fuir le Cambodge alors que sévit une guerre civile sur les cendres d’un génocide à glacer le sang. Entre 1975 et 1979, le régime des Khmers rouges a causé la mort d'environ 1,7 million de Cambodgiens, soit près d'un cinquième de la population.

La prochaine séquence se déroule à Montréal à la fin des années 1980. Les deux Michel sont tout petits. Et ils ont ceci en commun d’être nés de parents qui ont connu l’horreur et les restrictions qui viennent avec la guerre.

Quand je me lavais, mes parents me faisaient remplir un seau d’eau pour ne pas faire couler la douche trop longtemps, histoire de ne pas gaspiller l’eau, dit Mitch. Tu mets de l'eau sur toi une fois que tu as terminé de te savonner! Pis t’as froid!, il ajoute, souriant à ce souvenir d’enfance. Boom renchérit : C’était la même chose chez nous. Dans le bain, il y avait toujours un seau rempli d’eau au cas où il y aurait un problème, et si le riz était en solde, on en achetait 50 poches au cas où.

Les deux Michel grandissent. Ils écoutent Passe-Partout à la télévision.

Aperçu du décor dans le Casse-Croûte Mange dans mon Hood.

Aperçu du décor dans le Casse-Croûte Mange dans mon Hood.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À l’école secondaire, Mitch côtoie surtout des enfants d’origine haïtienne. Je me souviens qu’à l’Académie Roberval, 7 élèves sur 10 étaient d’origine haïtienne. Il y avait un Blanc par classe. Les Blancs étaient minoritaires. Quand je suis arrivé au cégep Maisonneuve, j’ai eu un choc! Je ne pensais pas qu’il y avait autant de Blancs que ça à Montréal, raconte Mitch, hilare.

Boom, lui, tombe en amour avec les danses de rue, alors qu’il fréquente une polyvalente dans Saint-Michel. Jusque dans la vingtaine, il se consacre à cet art où se rencontrent toutes sortes d’influences culturelles. J’aimais tellement ça que je me suis intéressé aux danses latino-américaines et afro-américaines, j’ai appris à danser le swing, le jazz.

Mais la danse ne nourrit pas son homme. Boom décide d’étudier la cuisine.

Les deux Michel sont maintenant de jeunes adultes. La scène suivante se déroule dans le garage de Boom. Nous sommes en 2014. Le jeune décide de convier ses amis et ses connaissances à un évènement culinaire qu’il baptise Mange dans mon Hood, où il leur sert un plat qui goûte son quartier.

Cette journée-là, j’ai créé un sandwich en hommage à la bouffe haïtienne que j’ai découverte petit, chez un ami de l’école, et qui a éveillé ma curiosité culinaire. Dans un pain portugais, une banane pesée, du griot, laitue, oignons, poivrons et mayonnaise au pikliz et sauce pwa.

 Des burgers qui sortent tout juste de la cuisine.

Des burgers qui sortent tout juste de la cuisine.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Après, ça déboule. Les deux comparses se lancent en affaires et reprennent le restaurant vietnamien de la mère de Mitch. Ils se rendent vite compte que leur identité culinaire, et celle qu’ils ont envie d’offrir, est la saveur du métissage.

Boom, après la cuisine haïtienne et la cuisine de ses voisins italiens, a découvert le pâté chinois, puis la poutine. À la Belle Tonki, il crée un plat signature, une poutine passée au filtre de l’Asie du Sud-Est : frites et fromage en grains nappés d’un gravy au bouillon de phở, auxquels s’ajoutent bœuf, sauce hoisin, herbes fraîches, oignons marinés et piment.

Suit la pandémie, ils ouvrent Mange dans mon Hood qui, depuis la sortie du palmarès Time Out, est littéralement envahi de curieux et d’amateurs de bouffe de rue.

Mais la saveur du succès pour les deux Michel se situe ailleurs que dans un magazine branché. Il est dans une grosse bouchée de joie, comme un remède au cynisme.

Notre mission, c’est de bâtir un meilleur monde pour Montréal. On veut faire sourire les employés de l’hôpital en face. Partager le bonheur. On prend soin de nos employés à qui on offre maintenant des assurances santé, raconte en souriant Boom, qui ne sait toujours pas pour qui il va voter.

Michel Nguyen et Michel Lim devant pancartes devant l'hôpital Jean-Talon.

Michel Nguyen et Michel Lim devant pancartes devant l'hôpital Jean-Talon.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

J’ai vécu du racisme, me dit Mitch. Des fois, on me dit, étonné : "Tu parles bien français!" Je leur réponds : "Ben oui! Je suis né ici". Les Québécois sont des gens accueillants. Ils ont accueilli beaucoup de Vietnamiens! Mais il y a des gens chiants, et eux, on les entend beaucoup trop.

Mitch aussi ne sait pas encore pour qui voter, mais il sait qu’il n’aime pas les chialeux. Quand je pense aux Palestiniens, à tous ceux qui vivent des guerres, je me dis : on est ben icitte!, conclut-il. L’autre Michel hoche la tête : Ouin. on est ben chez nous.

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