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À bord du bateau du capitaine

17 hours ago 6

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Martin St-Louis a hésité, s’est tourné vers Chantal Machabée, la vice-présidente aux communications du Canadien, sa bouée de secours habituelle.

Il était question de son capitaine, Nick Suzuki, de retour au jeu après une absence de 16 jours. L’entraîneur souhaitait une précision.

Il a joué un excellent match pour un gars qui n’a pas joué, ça fait quoi, deux semaines? a demandé l’entraîneur.

Seize jours, pour être exact. Pour ce qui est de l’excellent match, toutefois, il n’y a aucun doute. Le capitaine a été une source d’inspiration pour son équipe tout au long de cette rencontre spectaculaire, qui s'est disputée à une cadence par moments infernale, une cadence de jeunes, que le CH s’est appropriée 5-4 en prolongation contre le Mammoth de l’Utah, après être venu de l’arrière à trois reprises.

Le prodige de London a semblé piaffer d’impatience toute la semaine. Il survolait la glace lors des entraînements à Brossard lundi et mercredi, ne retenait en rien ses coups dans ses batailles à un contre un et pilotait son trio avec ce rare alliage de flegme et d’intelligence. Un pur-sang dans son enclos attendant que la barrière s’abaisse.

Ça s’est produit jeudi soir, à point nommé après la déconfiture complète de mardi soir face aux Jets, un effondrement historique qui aurait pu laisser des traces. D’autant que le Mammoth a amorcé la rencontre sur les chapeaux de roue pour prendre l’avance 2-0. Le CH venait donc de concéder sept buts dans ses quinze dernières minutes de jeu, échelonnés sur deux matchs, certes, mais l’entaille était profonde, la blessure, vive.

Il fallait bien que quelqu’un calme le jeu.

[C’était important] de l’avoir sur le banc, surtout avec notre départ. On se fait marquer deux buts rapidement et il est un des premiers à calmer le groupe. Il ne fait pas juste calmer le groupe, il prend les choses en main. Pour un gars qui n’a pas joué depuis deux semaines, il apporte beaucoup.

Six minutes après le deuxième but de la visite, c’est le capitaine lui-même qui a réduit l’écart, acceptant une superbe remise de Juraj Slafkovsky, qui venait de se distancer de ses deux couvreurs. Le bal était lancé. Et que dire de cette passe d’une si belle poésie en prolongation pour lancer un deux contre un inattendu, laissant les joueurs du Mammoth pris à contre-pied.

C’était bon de retrouver Nick Suzuki, ont dit à l’unisson tous les joueurs croisés dans le vestiaire, comme il fallait s’y attendre.

C’est immense, c’est notre meneur. Ça ne paraît peut-être pas, mais il parle beaucoup, il contrôle la température du vestiaire et du banc, il fait des jeux importants, il comprend quels sont les moments clés. C’était difficile de jouer sans lui. On a serré les rangs et on a gagné des matchs, mais ça fait du bien de le retrouver, a laissé tomber Kirby Dach, auteur de son premier but de la campagne après une absence de deux matchs.

On le croit sur parole. Non pas que le Canadien a eu le temps de trop s’ennuyer de Suzuki. Du moins, si ce fut le cas, ça n’a pas paru dans les résultats, le CH ayant récolté 11 points sur une possibilité de 12 pendant sa blessure.

Mais l’aura de l’équipe n’était pas la même. Et pour Cole Caufield et Slafkovsky, ses ailiers, la perte se faisait sentir.

En son absence, les deux comparses ont contrôlé 44,4 % des tentatives de tirs et, surtout, ont accordé le double de chances de marquer à l’adversaire de celles qu’ils ont obtenues (20 contre 11). Jeudi soir, Suzuki a transporté la rondelle, facilité les entrées de zone, et les a repérés avec une telle aisance que tout s’est mis en place pour le trio.

Et, donc, le capitaine menant la charge, le Canadien a été en mesure de chasser rapidement le petit traumatisme survenu 48 heures plus tôt, en dépit du fait que Logan Cooley a servi sa meilleure imitation de Connor McDavid.

Ça semble peut-être anodin pour une équipe qui présentait tout de même un joli dossier de 9-3-3 avant ce duel contre l’Utah; la réaction de Martin St-Louis après le match a prouvé que ce ne l’était pas.

J’ai aimé la réponse des joueurs dans ce match. Tu commences, tu ne joues pas mal, mais tu perds 2-0. Un peu de malchance, des bâtons brisés, on a eu à écouler des punitions contre un des meilleurs avantages numériques. On a continué, on a joué un bon match et c’est le fun de voir ça après la déception du dernier match, a-t-il fait valoir.

Des fois, les choses n’arrivent pas par hasard. Je ne sais pas si on joue aussi bien aujourd’hui, si on ne vit pas cette déception mardi. Je suis fier du groupe.

La perfection n’est pas de ce monde

Aussi bien, aussi bien…permettez-nous tout de même d’apporter quelques bémols.

En matinée, St-Louis a insisté sur l’importance d’un jeu défensif structuré face à une attaque aussi explosive et sur la nécessité d’éviter les revirements pour ne pas donner trop de surnombres au Mammoth, spécialiste en la matière en raison de Cooley, Clayton Keller, Dylan Guenther et autres Nick Schmaltz.

Si tu fais ça, tu roules les dés, avait-il affirmé.

Des dés furent roulés. Même si l’on ne tient pas compte du dynamisme hors norme de cet avantage numérique qui a marqué trois fois en cinq occasions. Cooley sortant du coin de la patinoire, Anders Lee seul dans le haut de l’enclave, Andrew Peeke sur l’aile lors d’un trois contre deux, etc. Le CH a plié par moments.

Un joueur déjoue un gardien.

Logan Cooley (92) a réussi un tour du chapeau face au Canadien, jeudi, au Centre Bell.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Quand on lui a demandé quel était son niveau de satisfaction par rapport aux fameux détails que doit appliquer son équipe, ce thème générique pour parler de la rigueur du groupe, St-Louis a offert une de ses réponses classiques lorsqu’il sait bien que ça n’a pas été à la hauteur.

Je ne sais pas encore, il va falloir que je regarde le match, a-t-il lancé.

Avant de passer son message, ce qu’il juge important de retenir.

Côté intentions, combativité, on était là. C’est sûr que, j’ai des jeux en tête où on a manqué de détails. Mais l’intensité avec laquelle on a joué, le vouloir…j’ai vraiment aimé comment mon groupe s’est comporté en général ce soir, a enchaîné le pilote.

Voici une équipe éprouvée par les blessures à des joueurs importants depuis le début de la saison, qui a connu toutes sortes de déboires à ses premiers matchs, qui s’en est remise rapidement à son troisième gardien, qui, lui, en est rapidement devenu le premier, étant donné les mésaventures de celui qui aurait dû l’être. Une équipe qui prend de la maturité malgré ses passages à vide et ce chantier toujours en cours en défense.

Et voilà que cette équipe présente une fiche de 10-3-3 après 16 matchs. Franchement, il faut bien l’admettre, jusqu’ici, c’est du joli travail.

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