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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDes milliers d'élèves québécois, surtout des garçons, sont évalués chaque année selon un bulletin « modifié ». Il s’agit d’une mesure d'adaptation scolaire qui doit être de dernier recours. Or, ce n'est pas toujours le cas.
Parfois, on utilise trop rapidement la modification, alors qu'on aurait pu mettre des adaptations ou des services en place, affirme Mélanie Paré, professeure au Département de psychopédagogie et d'andragogie de l'Université de Montréal.
C'est ce que Véronique Drolet, une résidente de Trois-Rivières, dit avoir vécu avec son fils Hugo âgé de 14 ans.

Véronique Drolet et son fils Hugo.
Photo : Radio-Canada / Cédrick Tremblay
Le diagnostic d'Hugo est tombé à l’âge de 7 ans : un trouble développemental du langage affectant son expression orale et écrite, de même que sa compréhension en lecture.
Son école primaire a tenté en vain d’obtenir des ressources supplémentaires, selon Véronique Drolet. Toutes les demandes d’aide ont été refusées. On me disait que mon fils ne codait pas, selon les critères établis pour l’obtention de ces ressources supplémentaires, déplore-t-elle.
Dès la cinquième année du primaire, la direction de l’école a proposé qu’Hugo poursuive un parcours modifié dans une classe de pré-adaptation au secondaire.
Un élève qui est en modification des attentes n’a plus à répondre aux exigences du programme. Il est plutôt évalué selon des attentes réduites, déterminées dans son plan d’intervention. Un commentaire à cet effet est indiqué dans le bulletin, précise le ministère de l’Éducation.
Véronique Drolet a signé le plan d’intervention proposé, se sentant en confiance. Puis, ce fut le choc. Mon fils a régressé sur le plan académique. Je n'avais aucune communication claire sur les objectifs pédagogiques, dit-elle.
Le Centre de services scolaire du Chemin-du-Roy assure que tous les plans d'interventions sont faits en collaboration avec les parents et que les bulletins modifiés visent à soutenir les élèves dans leur cheminement scolaire.
Je ne veux pas envoyer mon enfant dans un service de garde, je veux l'envoyer à l'école.
C’en était trop. En plein traitements contre le cancer du sein, cette mère monoparentale de trois enfants a décidé de retirer Hugo de l’école pour lui enseigner à la maison afin qu’il progresse sur le plan scolaire.

Hugo en entraînement de boxe avec son cousin Antoine.
Photo : Radio-Canada / Mathieu Bolduc
Mon garçon, il ne pourra peut-être pas faire l'université, mais je vise au moins pour lui un cours professionnel (DEP) , explique Véronique Drolet.
Hugo, qui est un passionné de boxe, rêve de faire un métier de la construction. Il aimerait bien être maçon, opérateur de machinerie lourde ou soudeur, nous a-t-il raconté en plein entraînement.
Des milliers d’élèves dans un cul-de-sac
Au Québec, au moins 18 000 élèves en moyenne sont évalués chaque année selon une modification des attentes, d’après une demande d’accès à l’information effectuée par Radio-Canada dans les centres de services scolaires, qui visait à obtenir des données pour les cinq dernières années.
Ce nombre est vraisemblablement plus élevé en réalité, puisqu’une cinquantaine de centres de services ont répondu à cette requête, sur un total de 72.
Les élèves qui sont évalués selon un bulletin modifié, qu'ils soient en classe régulière ou spécialisée, sont exclus des résultats des épreuves ministérielles.
À la fin des études secondaires, l’obtention du diplôme peut être compromise, reconnaît le ministère de l’Éducation dans un document transmis récemment au réseau scolaire.
Nous, on appelle ça non seulement un cul-de-sac, mais une voie de garage, parce que ça ne mène à aucun diplôme reconnu, dénonce Bianca Nugent, présidente fondatrice de la Coalition de parents d'enfants à besoins particuliers.
Dans bien des cas, un programme modifié sert à déguiser un bris de scolarité : on nivelle les attentes par le bas plutôt que d’offrir les services et les soutiens requis , ajoute-t-elle.

Bianca Nugent, au centre de l'image, est la présidente de la Coalition des parents d’enfants à besoins particuliers du Québec.
Photo : Radio-Canada / Ici Première
Trop de parents qui ne sont pas au courant
La Fédération des comités de parents du Québec donne chaque année des services-conseils. Parmi les questions soulevées, de nombreuses concernent les bulletins modifiés.
Trop de parents ignorent les implications de ce parcours sur la réussite de leur enfant, dénonce son président Jimmy Meunier.
La Fédération des comités de parents du Québec estime que le bulletin modifié doit vraiment être une solution de dernier recours.
Selon notre expérience, la modification de programme est une mesure pertinente si les autres options, soit la flexibilité et l’adaptation pédagogique, ont déjà été explorées sans succès ou ne sont pas envisageables en raison du handicap ou des défis de l’enfant, explique Jimmy Meunier, président de la FCPQ.
Isabelle Archambault, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, abonde dans le même sens.
Si c'est bien fait, avec un bon accompagnement, que la famille est utilisée comme partenaire et qu'elle comprend bien pourquoi, ça peut donner un coup de pouce à un enfant ayant d'importantes difficultés de comportement, mais ça devrait être une initiative temporaire, explique Isabelle Archambault.
Le personnel scolaire utilise parfois des modèles de plans d'interventions déjà établis, plutôt qu'un plan personnalisé à l'enfant. Ces plans doivent être complétés chaque année avant le 30 septembre alors que la rentrée est une période déjà très occupée.
Dans beaucoup d’écoles, les choses sont bien faites. Le problème, c'est que dans un contexte de surcharge où les professionnels courent après leur temp, il y a des milieux où le plan d'intervention est déjà fait. Les parents arrivent et signent, mais ils ne savent pas trop ce qu'ils signent, explique Isabelle Archambault.
Plus de garçons que de filles
Dans 60 % des cas, les élèves avec des bulletins modifiés sont des garçons. Cette proportion atteint même 70 % dans certaines régions, comme à Montréal et dans le Bas-St-Laurent.
Le recours à cette pratique fluctue énormément d'une région à l'autre.
Au Centre de services scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais, le nombre d’élèves évalués avec un bulletin modifié a doublé depuis cinq ans, pour atteindre une proportion de 7 %.
Au Centre de services scolaire de Montréal, leur nombre a plutôt diminué de moitié au cours de la même période, ce qui représente une proportion de près de 2 %.
Le ministère de l’Éducation dans le brouillard
Il est par ailleurs impossible de savoir ce qu’il advient de ces élèves. Le ministère de l’Éducation a été incapable de nous fournir des données sur le nombre d’élèves en modification des attentes qui se sont minimalement qualifiés pour entreprendre un diplôme d’études professionnelles (DEP).
Ça n’a pas de bon sens, lance Jimmy Meunier. Le ministère devrait avoir des informations sur la réussite des élèves. Ce sont habituellement des élèves avec d’immenses défis.
Ce n’est pas une très bonne nouvelle [...] Il faut pouvoir suivre l’évolution de tous les cheminements scolaires, qu’ils soient ou pas modifiés, estime pour sa part Mélanie Paré, professeure au Département de psychopédagogie et d’andragogie à l'Université de Montréal.
Ce printemps, une vingtaine de parents membres du Collectif pour le droit à la scolarisation, dont Véronique Drolet, se sont rendus à l'Assemblée nationale avec leurs enfants pour dénoncer le sort réservé aux élèves à besoins particuliers, soit ceux, comme Hugo, qui ont des difficultés d'apprentissage, mais aussi ceux qui ont des troubles de comportement, un trouble du spectre de l'autisme ou un handicap.
En plus de milliers d'élèves placés dans des programmes modifiés, 4000 enfants ont vécu des ruptures de scolarisation en 2026, soit près de trois fois plus qu'il y a 5 ans.

En attendant de rencontrer le cabinet de la ministre de l'Éducation, Véronique Drolet discute avec Patrice Lemieux Breton, le coordonnateur du Collectif pour le droit à la scolarisation, qui pilotait cette journée de sensibilisation avec les élus.
Photo : Radio-Canada / Mathieu Bolduc
Selon Mme Drolet, l'école a en quelque sorte « abandonné » son fils dans un programme modifié, faute de ressources pour l'accompagner, affirme-t-elle.
Près de 200 témoignages de parents ont été remis ce printemps à chaque formation politique. Aucune n'a pris d'engagement clair sur les élèves à besoins particuliers.
Au Québec, près d'un élève sur quatre a un trouble du comportement, des difficultés d'apprentissage ou un handicap, ce qui représente 287 000 enfants, selon les derniers chiffres ministériels.
Le taux de diplomation pour tous ces élèves stagne depuis 2018 à environ 60 %.
Une cure de jeunesse pour la politique de l'adaptation scolaire?
Plusieurs spécialistes à qui Radio-Canada a parlé réclament une mise à jour de la politique de l’adaptation scolaire au Québec, qui définit les orientations pour favoriser la réussite des élèves à besoins particuliers.
Cette politique a besoin d'une révision. Elle date de plus de 25 ans!, s'exclame la professeure Mélanie Paré, de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal.
La politique de l’adaptation scolaire vise à aider l’élève à besoins particuliers à réussir sur les plans de l’instruction, de la socialisation et de la qualification. Afin d’y parvenir, il faut accepter que cette réussite éducative puisse se traduire différemment selon les capacités et les besoins des élèves, se donner les moyens qui favorisent cette réussite et en assurer la reconnaissance, peut-on y lire.
Pendant ce temps, des parents se démènent pour que leur enfant continue de progresser, malgré les défis.
Au cours de l'été, Véronique Drolet a trouvé une école privée qui a accepté d'accompagner Hugo afin qu'il obtienne ses acquis pour espérer faire un jour un métier de la construction. Cette école est située à Québec, à 130 kilomètres de Trois-Rivières.
Mais elle souhaite que son histoire soit rendue publique pour éclairer d'autres familles.
Je suis certaine que beaucoup de parents sont dans ma situation, mais que ça passe sous silence. Les ressources ne sont pas là pour des enfants comme Hugo, laisse-t-elle tomber.

3:18
Les explications de Julie Marceau


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